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20/09/2019 13:51 EDT | Actualisé 20/09/2019 14:01 EDT

Je n'ai pas perdu d'amis après avoir eu des enfants, je suis juste passée à autre chose

Si avoir du plaisir, pour vous, ce n'est pas de profiter d'un parc avec des jeux d'eau, il se peut qu'on se fréquente moins souvent.

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Désolée, mais je ne suis pas désolée d'emmener mon enfant jouer au parc au lieu de sortir danser.

La dernière fois que je suis sortie avec un groupe d’amis sans enfants, je me suis presque disputée avec une autre femme à propos de ses opinions sur le brunch. 

Bon, nous n’en sommes pas venues aux coups. Après tout, je tente rigoureusement d’enseigner à mon fils de trois ans qu’il ne faut jamais frapper Papa, même quand on est très fâché de devoir aller au lit. Quel genre de modèle je serais si je giflais quelqu’un simplement à cause de ses réflexions sur l’heure appropriée pour avaler des oeufs bénédictine et des mimosas?

Mais j’ai dû me mordre la langue assez fort pour ne pas exploser, quand une ancienne compagne de beuverie (plus l’amie d’une amie) s’est mise à se plaindre – fort – qu’elle n’arrivait jamais à se trouver quelqu’un pour aller bruncher, parce que tout le monde a des enfants et veut donc bruncher à une heure impensable, comme 10h, ou même plus tôt.

«Manger à 10h, ce n’est pas un brunch, s’est-elle plaint, alors qu’un autre ami hochait la tête de façon enthousiaste. C’est un déjeuner.»

«FAUX», aurait répliqué une version plus effrontée de moi, avec peut-être quelques verres de plus derrière la cravate.  

«Un repas à 10h, c’est un deuxième dîner pour quelqu’un qui a poursuivi des petits monstres depuis le lever du soleil! Tu es chanceuse que tes amis parents t’accompagnent dans un restaurant, point! Les enfants sont épouvantables, au restaurant! TU DEVRAIS APPORTER DES MUFFINS À TES AMIS PARENTS ET LES AIDER DANS LA MAISON, BORDEL! TU N’ES PAS ENCORE AU COURANT QUE ÇA PREND UN VILLAGE??!»

Bon, cela dit, cet exemple n’est absolument pas représentatif de l’attitude de mes amis qui n’ont pas d’enfants.

Tout de même, cette femme et moi ne nous sommes plus revues depuis.

 

On nous prévient qu’après avoir eu des enfants, il se peut qu’on perde des amis. Les articles à propos des amitiés qui déraillent après la venue d’un bébé, de comment il peut être gênant d’essayer de se faire de nouvelles amies mamans et de la solitude qu’amène parfois la parentalité abondent.

Tout cela est vrai, selon mon expérience. Mais ce n’est pas aussi simple que ça. En fait, je n’ai pas perdu d’amis: je suis juste passée à autre chose. 

Je ne regrette rien

J’étais la première dans mon cercle d’amis à avoir un bébé, ce qui n’a pas été facile, en terme de soutien. Mais plusieurs d’entre eux ont fait un effort. Six semaines après que mon fils est né, par exemple, mon mari m’a organisé une fête surprise. Douze de mes amis sans enfants – des gens avec qui j’allais prendre un verre, partais dans un chalet ou assistais à un concert – se sont tous présentés dans un restaurant aléatoire de banlieue que mon mari avait choisi parce qu’il se trouvait à trois minutes de la maison en voiture (et de mon bébé, que ma mère gardait).

Ils ont écouté attentivement et patiemment l’histoire de mon accouchement, et se sont extasiés devant les photos de mon nouveau-né tout ridé et rouge, jusqu’à ce que mes seins soient gonflés comme des boulets de canon et que je doive rentrer à la maison pour allaiter.

Je suis encore émue qu’autant d’entre eux soient venus, et même s’il s’agit de la dernière fois que j’ai vu certains d’entre eux, je n’en ressens aucune amertume.

Ce n’est pas vous, c’est moi

J’ai changé, après avoir eu un bébé, et il en va de même pour mes amitiés. Je ne peux plus veiller tard pour boire, et je n’en ai même plus envie. Le manque de sommeil me donne déjà l’impression d’être en lendemain de veille tous les jours, sans que je ne consomme d’alcool. En plus, j’ai besoin de toute ma présence d’esprit pour empêcher mon jeune garçon d’enfourcher son petit vélo d’équilibre dans le trafic/mettre ses doigts dans les prises de courant/se lancer du haut des marches comme Superman en criant «JE VOLE!».

Mais si vous voulez siroter un verre de vin sur mon sofa en banlieue, éclairés par la lumière du moniteur, et quitter à 21h30 pour me permettre d’aller me coucher, je suis votre femme!

Et vous savez quoi? Quelques-uns de mes chers amis ont fait cela à de nombreuses occasions. Je remercie encore ceux qui ont passé la veille du Jour de l’An à manger tranquillement de la nourriture chinoise dans notre salon, sans faire trop de bruit, pendant que notre fils dormait en haut. Un autre de mes amis sans enfants a récemment accepté de venir chez moi pour un souper fondue à 17h, sans compter le petit groupe qui m’a accompagnée avec mon fils chez la coiffeuse.

Parfois, c’est la seule manière dont je suis disponible. Et je comprends que ce ne soit pas pour tout le monde la définition d’une soirée amusante. 

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«C'était super! Maintenant, peux-tu t'en aller que j'aille me coucher?»

J’aime aussi passer du temps avec mon enfant, et je ne m’en excuserai pas. Alors si aller profiter des jeux d’eau dans un parc, visiter une ferme ou aller dans une aire de jeux intérieure qui garantit pratiquement de vous transmettre le pied-main-bouche ne représente pas vraiment la façon dont vous avez envie de passer votre fin de semaine, il se peut qu’on ne se fréquente pas souvent. 

Je n’aime plus vraiment les partys, non plus, probablement parce qu’à part parler des succès de mon enfant sur la toilette, je n’ai rien d’autre à dire, que je suis habillée comme si je venais de quitter une activité avec mon enfant et que je suis fatiguée à 21h15. Aussi, ce n’est pas facile pour moi de m’éclipser dans un chalet, je risque de ne pas pouvoir assister à un concert (même si j’ai réussi à avoir des billets pour «Pat’Patrouille – Le Spectacle!» cet automne), et les gardiennes responsables ne volent pas jusqu’à moi comme Mary Poppins chaque fois que j’en voudrais une.

Sortir n’est plus aussi simple que d’enfiler des chaussures et d’appeler un Uber. Disons que je veux aller souper avec vous. Pour moi, ça implique de me coordonner avec mon mari des jours d’avance pour trouver un soir qui nous convient, de préparer un repas pour mon tout-petit qu’il pourra réchauffer et d’expliquer à mon fils que Maman ne sera pas là pour le border. Si, dix minutes avant notre rendez-vous, vous me demandez par message texte de changer de date pour aucune bonne raison, ma réponse sera probablement «non» et «bye!».

Je chéris ceux qui sont restés

Je chéris mes amis qui sont encore là, qui me soutiennent et qui comprennent qu’être parent, ce n’est pas simplement quelque chose qu’on peut mettre sur pause pour pouvoir sortir. Une de mes amies sans enfant, éducatrice en garderie, m’envoie régulièrement des articles qui s’adressent aux parents et qui pourraient m’intéresser, et elle a même organisé la salle de jeux de mon fils. Ces personnes sont des perles rares, mais comme le nom le dit, elles sont rares. (Et cette amie a récemment déménagé dans une autre province, merde.)

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«Merci de venir bruncher avec moi à 7h!»

Je n’ai donc pas vraiment de ce que plusieurs appellent une «vie sociale». Et j’imagine qu’on peut dire que, oui, j’ai perdu des amis depuis que j’ai un enfant. Mais ce que j’ai gagné est tellement plus précieux.

(Et non, je ne parlais pas de mon enfant. Désolée. Ceci n’est pas une carte de chez Hallmark. Mais il est super et je l’aime profondément.)

J’ai perdu des amis, mais j’ai gagné de la perspective (et des nouveaux amis)

Ce dont je parle, c’est de la perspective. J’apprécie les amitiés que j’ai pour ce qu’elles m’apportent maintenant, tout comme j’apprécie les amitiés que j’ai perdues pour ce qu’elles m’ont apporté pendant ma vingtaine et ma jeune trentaine. Je continue d’«aimer» leurs photos de voyage sur Instagram, tout comme ils «aiment» les photos de mon enfant couvert de gâteau de fête, et si nous ne sommes plus à l’ère de nos soirées arrosées sur une terrasse, eh bien, je suis heureuse de me rappeler ces moments avec le sourire.

J’apprécie que mes collègues plus jeunes me demandent des nouvelles de mon fils, et j’apprécie aussi qu’ils prévoient en une fin de semaine plus d’activités que je risque d’expérimenter dans une année.

Échanger par message texte avec une amie qui se trouve dans une autre ville à propos des singeries de nos adolescents de trois ans pendant que je mange du fromage, en joggings, écrasée sur mon divan est une activité tout à fait réjouissante pour moi, un vendredi soir. Revoir mes amis d’université à peu près tous les 18 mois parce que c’est tout ce qu’on arrive à faire avec nos horaires ridiculement chargés ne me semble pas pathétique – c’est un événement auquel j’ai hâte.

Il y a aussi les amis que j’ai gagnés depuis que je suis maman. Ce n’était pas évident, forger de nouvelles amitiés dans les tranchées, mais je suis très heureuse d’avoir mon groupe d’amies mamans, même si je les vois trop peu souvent, parce qu’un de leurs enfants est toujours malade ou parce qu’il vit une régression du sommeil, ou qu’il s’entraîne à faire pipi sur le pot et ne peut pas quitter la maison, ou qu’il fait ses dents ou qu’il vit une phase de développement intense (par exemple: celle du monstre qui hurle tout le temps), ou alors parce que nous sommes simplement toutes trop exténuées pour faire autre chose que de se plaindre à propos des raisons sus-mentionnées dans un groupe de clavardage. 

Il y a quelques nuits, lorsque mon enfant propre-mais-pas-à-100% a déchiré sa couche dans son sommeil, saturant son lit d’urine, une amie maman vivant sur la rue d’à côté m’a immédiatement offert son matelas supplémentaire, pendant que nous lavions le nôtre.

Ça – l’offre d’un matelas pour enfant alors que ma vie est envahie par le pipi –, c’est un exemple de ce que j’apprécie dans mes amitiés, maintenant. 

Et j’irais bruncher pour entretenir cette amitié n’importe quand.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.