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30/09/2020 16:11 EDT

Pourquoi des gens sont-ils moins malades que d'autres de la COVID-19?

Les scientifiques commencent à percer l'un des grands mystères de cette maladie.

Halfpoint via Getty Images
Chez certaines personnes, le corps devient délinquant et attaque l’une de ses propres défenses immunitaires clés.

Pourquoi certaines personnes sont légèrement malades de la COVID-19 ou ne présentent aucun symptôme, alors que d’autres en meurent rapidement? Voilà l’un des grands mystères de cette maladie infectieuse, que les scientifiques commencent toutefois à percer.

Une équipe internationale de chercheurs a découvert que chez certaines personnes atteintes de COVID-19 sévère, le corps devient délinquant et attaque l’une de ses propres défenses immunitaires clés, au lieu de lutter contre le coronavirus. La plupart des victimes étaient des hommes, ce qui explique pourquoi le virus frappe plus durement les hommes que les femmes.

Par ailleurs, des recherches distinctes suggèrent que les enfants s’en sortent mieux que les adultes grâce à de solides et rapides cellules immunitaires de «premier répondant», qui diminuent avec l’âge.

Il s’agit là des plus récentes études à révéler les multiples facettes de ce système immunitaire très complexe, qui peuvent faire la différence entre un bon ou un mauvais pronostic. Il s’agira maintenant de déterminer si tous ces nouveaux indices peuvent offrir des moyens d’intervention qui seraient bienvenus en ces temps de pandémie.

Des anticorps qui attaquent les soldats

Habituellement, lorsqu’un virus envahit une cellule, des protéines appelées «interférons de type I» entrent en action pour défendre la cellule en interférant, justement, avec la croissance de l’intrus.

Mais de nouvelles recherches montrent que ces molécules cruciales étaient essentiellement absentes chez certaines personnes atteintes de COVID-19 sévère. Un projet international, l’Effort génétique humain COVID, a révélé deux facteurs.

Dans le sang de près de 1000 patients atteints de COVID-19 sévère, les chercheurs ont découvert qu’un patient sur 10 avait ce qu’on appelle des «auto-anticorps» — des anticorps qui attaquent par erreur ces interférons, les combattants du virus. Particulièrement surprenant, les maladies auto-immunes ont tendance à être plus fréquentes chez les femmes; or, 95 % de ces patients COVID-19 étaient des hommes.

Les chercheurs n’ont pas trouvé ces auto-anticorps nocifs chez les patients atteints de COVID-19 légère ou asymptomatique. Par ailleurs, chez 660 autres patients gravement malades, la même équipe a découvert que 3,5 % d’entre eux ne produisaient pas d’interférons de type I, à cause de mutations génétiques.

Chacune de ces «vulnérabilités silencieuses» suffisait à donner un avantage au virus dès la ligne de départ, explique le docteur Jean-Laurent Casanova, généticien des maladies infectieuses à l’Université Rockefeller de New York, qui codirige l’Effort génétique humain COVID.

Certains interférons sont déjà utilisés comme médicaments et sont à l’étude en tant que traitement possible contre la COVID-19; la découverte de ces auto-anticorps qui s’attaquent aux interférons ajoute un autre facteur à considérer dans ces recherches.

Les enfants moins malades

On ne sait pas pourquoi les enfants semblent moins à risque. Ils sont quand même parfois suffisamment malades pour être hospitalisés, ce qui a permis à l’équipe de la docteure Betsy Herold de comparer 60 adultes et 65 enfants et adolescents dans le système de santé Montefiore de New York.

Les enfants ont produit des niveaux beaucoup plus élevés de certaines cytokines, qui sont parmi les premiers intervenants du système immunitaire inné.

Lorsque s’amorce la prochaine étape du système immunitaire — la défense «adaptative», plus lente —, les adultes et les enfants fabriquent des anticorps qui ciblent le coronavirus. Mais cette réponse immunitaire adaptative des adultes avait plus tendance à déclencher une réaction inflammatoire excessive.

Les résultats suggèrent que la réaction précoce et robuste des enfants permet à leur système immunitaire de devancer le virus, ce qui rend moins probable une réaction inflammatoire excessive, ce qui les protège, a déclaré la professeure Herold.

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