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31/10/2019 10:19 EDT | Actualisé 31/10/2019 10:19 EDT

Ma maladie m'a obligée à arrêter de boire. Voici pourquoi je suis reconnaissante.

Être sobre à 26 ans était décourageant. Mais je ne réalisais pas à quel point me sortir de l’alcool m’ouvrirait à un autre monde.

Aleksandra Golubtsova via Getty Images

La lumière matinale traversait les fenêtres de ma chambre. C’était l’hiver, lors de ma dernière année d’études supérieures dans un petit collège du Midwest, et je me suis réveillée de la même façon que la plupart des matins cette année-là: entièrement habillée avec mes vêtements de la nuit précédente, mon tablier de serveuse drapé entre mes jambes, et une nausée s’installant au fond de ma gorge.

Je me suis roulée hors du lit et j’ai touché le sol. Mon corps tremblait, mon dos était trempé de sueur, un poids lourd reposait sur ma poitrine. Je me suis dirigée vers le placard et j’ai pris la bouteille de vodka que je gardais cachée dans une paire de bottes d’hiver. J’ai avalé difficilement, je voulais que ça fasse effet. J’ai vomi. J’ai bu encore. Éventuellement, les tremblements se sont calmés, ma respiration s’est stabilisée et la transpiration a cessé.

J’avais 22 ans. Et j’étais physiquement dépendante à l’alcool.

Je savais que ma relation avec l’alcool était malsaine et ce, depuis longtemps. Je savais que mes colocataires et mes amis proches ne buvaient pas seuls dans leur garde-robe le matin. Je savais que je ne pouvais pas me brosser les dents, consulter mon courrier, sortir de mon appartement ou même prendre une profonde respiration sans que mon taux d’alcoolémie atteigne un certain chiffre. Je savais tout cela et je ne savais toujours pas comment m’arrêter.

Je me sentais tellement honteuse qu’on découvre ma réalité et d’être étiquetée comme une alcoolique.

Les années suivantes, j’ai été incapable de me souvenir de plusieurs moments de ma vie. Pas seulement quelques heures à la fin d’une longue nuit, mais les conversations que j’avais en milieu d’après-midi, les vacances en famille, les obsèques de mon grand-père et un voyage particulièrement regrettable à San Francisco.

Tout cela a changé la nuit après la célébration de mon diplôme universitaire. Je me suis réveillée avec une douleur sourde dans l’estomac qui s’est étendue à mon dos. La douleur était subtile au début; il y avait une pression dans le haut de mon abdomen et la nausée que je connaissais intimement après tant de nuits de forte consommation d’alcool. J’ai haussé les épaules et j’ai continué à ranger mon appartement, pliant des chandails entre des gorgées d’alcool.

Je me préparais à déménager sur la côte est, mais lorsque j’ai lancé des chaussures dans des valises et jeté de vieux papiers, la douleur est devenue plus vive. Je me suis couchée sur le dos, mais ça n’a fait qu’empirer les choses. Juste glisser  ma main sur mon ventre était douloureux.

Mes parents m’ont emmenée à l’hôpital. Je suis restée là pendant une semaine. Les médecins enchaînaient les tests, espérant que le problème était lié aux calculs biliaires, parce qu’«elle serait si jeune pour avoir une pancréatite». J’ai entendu l’un d’eux en parler à ma mère. Je me sentais tellement honteuse qu’on découvre ma réalité et d’être étiquetée comme une alcoolique.

Je ne pouvais pas imaginer ma vie sans alcool. Alors, j’ai gardé le secret. Même quand les médecins m’ont demandée à quel point j’avais bu, j’ai menti. J’ai menti à mes parents qui étaient inquiets et à mes amis qui venaient tous les jours. Surtout, je me suis mentie à moi-même.

On m’a diagnostiquée une pancréatite aiguë, une condition, selon les médecins, qui pourrait s’améliorer avec de bons changements dans mon mode de vie ou qui s’aggraverait si ces changements n’étaient pas apportés. Le principal coupable était l’alcool, suivi assez loin par les épices, les aliments frits et une alimentation riche en matières grasses.

Je ne pouvais pas imaginer ma vie sans vodka le matin pour mettre fin aux tremblements et, en plus, je me sentais tellement honteuse d’être considérée comme une alcoolique. Alors j’ai continué à boire, mais j’ai gardé le secret encore. Même quand les médecins m’ont demandé ce que j’avais bu, j’ai menti. J’ai menti à mes parents qui étaient inquiets et à mes amis qui venaient tous les jours. Et surtout, je me suis mentie à moi-même.

Courtoisie/Lexi Weber
Lexi Weber

Je ne savais pas que m’éloigner de l’alcool signifierait que mon monde s’ouvrirait, alors j’ai gardé mon monde très petit. J’ai continué à boire beaucoup pendant les deux années suivantes. Ma pancréatite a éclaté si souvent que l’hôpital a commencé à me mettre en garde face au suicide lorsque j’ai été admise - le personnel médical croyait que quiconque buvait si lourdement dans mon état voulait certainement se faire du mal. Je ne pouvais pas argumenter avec eux.

Le bas-fond est arrivé un mois après un accident de voiture qui a détruit ma décapotable Volkswagen et m’a fait atterrir en prison. Je me suis réveillée avec suffisamment de douleur émotionnelle pour essayer quelque chose de différent. J’ai pris une décision qui tracerait un nouveau cap dans ma vie: je me suis lancée en cure de désintoxication. C’est là que j’ai été initiée à un programme en 12 étapes qui m’a appris à aborder mon alcoolisme en tant que maladie traitable à long terme qui affecte mon corps et mes choix de vie.

Après avoir adopté et suivi ces étapes, les symptômes de sevrage liés à l’alcool sont devenus moins graves: le tremblement constant de mes mains s’est atténué, les sueurs nocturnes se sont arrêtées et je pouvais tolérer des aliments solides.

Alors que mon corps commençait à se recalibrer, je me sentais mieux et, alors que j’en savais de plus en plus sur l’impact négatif de la consommation de boisson sur ma vie, j’ai examiné de plus près mes autres comportements autodestructeurs qu’il fallait changer: un régime qui consistait en aliments transformés et en sucre raffiné, mon besoin constant de validation externe et de mauvais choix de partenaires romantiques, pour n’en nommer que quelques-uns.

Pendant longtemps, je ne faisais que survivre. Maintenant, j'ai la chance de vivre.

Être sobre à 26 ans était, honnêtement, décourageant. Dans une culture où boire est plus profondément enraciné dans notre vie sociale que nous ne le réalisons peut-être, je me suis souvent sentie exclue. Mes amitiés avec les personnes qui buvaient changeaient et je me sentais incroyablement gênée face à presque chaque engagement social auquel je participais.

Mais les avantages de ce genre de solitude? Plus je m’assoyais dedans et travaillais, plus je devenais résistante. Alors que je continuais d’avancer et de découvrir qui je suis, je grandissais petit à petit. J’ai été capable de comprendre qui je suis et ce dont je suis capable - parce que je ne me cache plus derrière une substance.

Pendant longtemps, je ne faisais que survivre. Maintenant, j’ai la chance de vivre. Parfois, je suis tellement occupée à vivre ma vie que je ne me souviens plus de ma pancréatite, devenue chronique, quand elle me fait un peu mal après une très longue course ou un repas trop épicé. Le rétablissement a été un processus humiliant consistant à rassembler tous les morceaux de ma vie et de moi-même qui étaient éparpillés autour de moi.

Le résultat final est une mosaïque assez intéressante de ce que je suis vraiment et de ce que je peux être.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.