TÉMOIGNAGES
20/02/2020 14:15 EST

Voici ce que ma femme et moi ferons plutôt que de lutter contre les changements climatiques

Nous laisserons à d'autres le soin d'éviter le désastre... nous avons décidé que d'ici à notre mort, tant qu'ils pourront reporter l'effondrement, ça ira.

C’est l’année dernière, lors des feux de forêt sans fin en Australie, que ma femme Susan et moi avons été convaincus que les changements climatiques étaient irréversibles. Nous avons aussi réalisé que nous éviterons probablement de voir le pire de l’urgence climatique.

Courtoisie/BARRY RUEGER
Barry Rueger regarde l'océan Pacifique sur l'île de Vancouver à Ucluelet, en Colombie-Britannique.

À 64 et 74 ans, ma femme et moi croyons qu’il y a de fortes chances que nous soyons partis avant que les villes côtières ne soient inondées, que les calottes glaciaires aient fondu et que la planète ne sombre dans une dystopie à la «Mad Max». Nous aimerions penser que ce n’est pas ce que l’avenir nous réserve, mais l’intransigeance de presque tous les gouvernements pour ralentir réellement les émissions de carbone laisse croire qu’il est peu probable que la situation prenne une autre tournure. 

L’une des choses que l’âge vous donne est un sens de l’histoire, un sentiment que vous avez vu des schémas se répéter et que vous pouvez voir où les choses se dirigent dans un avenir rapproché. À maintes reprises, nous avons vu des entreprises et des gouvernements ignorer les personnes qu’ils devaient protéger pour plutôt se remplir les poches.

Ce qui a changé, maintenant, c’est qu’ils sacrifient une planète entière au lieu d’une ville ou d’un pays. J’aimerais croire que les plus jeunes qui marchent avec Greta Thunberg pourraient changer ça, mais honnêtement, je ne vois pas ça se produire.

Ma femme et moi sommes à l’âge où nous nous préparons pour la retraite. Au lieu de rester dans notre maison à Vancouver, nous réfléchissons à un endroit pour déménager dans le but de nous isoler des catastrophes climatiques qui se produiront assurément.

Nous aimerions déménager ailleurs au pays, cultiver des tomates et des raisins, et nous entourer de choses qui feront en sorte qu’on sera en sécurité et confortables pendant que le monde brûlera autour de nous. Nous vieillirons paisiblement et laisserons à d’autres le soin d’éviter le désastre. À ce stade, nous avons décidé que d’ici à notre mort, tant qu’ils pourront reporter l’effondrement, ça ira.

Nous choisirons une maison dans un endroit relativement frais et où les tsunamis et les tornades seront sans doute évités.

Nous faisons de l’exercice et mangeons sainement pour rester en bonne santé afin d’éviter d’être confronté à un système de santé qui s’effondre.

Cela fait maintenant partie de notre plan pour la catastrophe climatique d’accepter que notre maison devienne un refuge pour certaines de ces personnes.

Nous investirons dans des choses comme l’énergie solaire, parce qu’elle nous protégera contre les défaillances de l’infrastructure qui alimente notre maison, et non parce que nous espérons réduire les émissions.

Et, dans une certaine mesure, nous accueillerons des amis qui seront forcés de quitter leur maison lorsqu’ils seront inondés ou que leur maison aura brûlé. Cela fait maintenant partie de notre plan pour la catastrophe climatique d’accepter que notre maison devienne un refuge pour certaines de ces personnes.

Ce qui nous frustre, c’est que nous faisons partie de la génération qui a vu tout ça arriver. Dans les années 60 et 70, les gouvernements que nous avons élus ont plus ou moins inventé le recyclage municipal, et dans les années 80, beaucoup d’entre nous ont commencé à traîner des sacs réutilisables.

Nous avons connu l’introduction de contrôles stricts de la pollution et bon nombre d’entre nous ont choisi de remplacer nos fournaises, chauffe-eau et appareils électroménagers par des modèles à faible consommation d’énergie plus récents et plus chers.

Chacun de nous peut créer sa propre communauté locale et faire de son mieux pour se préparer aux jours sombres inévitables.

Comme beaucoup de gens, nous avons essayé de passer à une alimentation plus végétale, qui évite les additifs chimiques et les engrais, et nous sommes en train de stimuler le marché des voitures électriques.

Nous devrions nous sentir vertueux, mais il est devenu évident que toutes ces actions représentent une goutte d’eau dans l’océan. Si les personnes en position de pouvoir qui peuvent réduire considérablement les émissions de carbone en un seul coup de crayon n’agissent pas pour nous sauver, perdons-nous notre temps?

Je pense que Susan et moi avons du mal, par moments, à voir un avenir positif pour notre planète, mais nous savons également que nous prenons des mesures pour rendre notre propre avenir aussi heureux et sécuritaire que possible. Peut-être que la solution pratique à notre urgence climatique n’est pas d’attendre que les politiciens arrêtent l’industrie des combustibles fossiles. Au lieu de ça, chacun de nous peut créer sa propre communauté locale et faire de son mieux pour se préparer aux jours sombres inévitables.

Que nous montrions l’exemple ou que fuyions l’inévitable peut être débattu, mais c’est ainsi que nous reprendrons le contrôle de nos vies.

Nous espérons construire un lieu sûr et durable pour vivre nos dernières décennies et en faire un endroit où l’art, la musique et la littérature jouent un rôle central dans nos vies. Nous avons toujours été des citadins, nous sommes donc aussi surpris que tout le monde d’en venir à adopter les anciennes philosophies des années 60 du «retour à la terre». La différence maintenant - à part le désastre imminent - est que des choses comme l’énergie solaire bon marché et internet rendent ça beaucoup plus pratique et agréable.

Que nous montrions l’exemple ou que fuyions l’inévitable peut être débattu, mais c’est ainsi que nous reprendrons le contrôle de nos vies. Pendant ce temps, alors que je regarde le niveau de la mer monter et l’Australie brûler, je ne peux m’empêcher de me souvenir des paroles de «Mary Don’t You Weep»: «Dieu a donné à Noé le signe arc-en-ciel / Il n’y aura plus d’eau, la prochaine fois, le feu».

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost États-Unis, a été traduit de l’anglais.