OPINION
08/07/2019 11:02 EDT | Actualisé 08/07/2019 13:33 EDT

L’inclusion trans ne peut se faire en se positionnant contre l’industrie du sexe

Les organismes trans disent « non » aux CALACS. D’abord parce que leurs principes fondamentaux et politiques rejettent automatiquement les femmes trans en s’opposant au travail du sexe. Ce qui est un problème.

Courtoisie
Inclure les femmes trans dans les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuelle (CALACS) est problématique.

Plusieurs Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuelle (CALACS), comme d’autres organismes qui œuvrent auprès des femmes, veulent enfin devenir trans-inclusifs en étendant leurs services aux femmes transgenres.

Ceci est, à priori, une très bonne nouvelle, surtout qu’il y a urgence à appliquer un féminisme égalitaire et intersectionnel en acceptant toutes les femmes, et non pas une partie seulement.

Pourtant, cette volonté d’inclure les femmes trans dans les CALACS reste très problématique.

Pourquoi?

De prime abord, les principes fondamentaux et politiques des CALACS rejettent automatiquement les femmes trans en s’opposant au travail du sexe.

L’histoire des populations trans étant indissociable de l’histoire du travail et des travailleuses du sexe, une telle position abolitioniste de l’industrie du sexe constitue un obstacle à l’inclusion des femmes trans.

En effet, il y a déjà plus d’un demi-siècle, la première génération de femmes trans au Québec était majoritairement composée de travailleuses du sexe.

Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes trans exercent cette profession. 

Chaque année, parmi les centaines de femmes trans assassinées à travers le monde, la majorité étaient des travailleuses du sexe.

Les organismes féministes doivent comprendre qu’on ne peut pas inclure des femmes et, au même temps, s’opposer à leur travail, voire à leur histoire et à celle de leurs ancêtres.

De ce fait, les CALACS doivent reconsidérer l’impact de leur position abolitionniste de l’industrie du sexe s’ils veulent que l’inclusion des femmes trans dans leurs services soit réussie et respectueuse du vécu des personnes trans.

Des organismes déconnectés  

Ce que je trouve désolant et regrettable, c’est que souvent les projets qui centrent les populations trans et non binaires et qui sont créés par des organismes non-trans sont déconnectés de l’histoire de ces communautés.

Pire, ces projets sont même déconnectés des revendications politiques de ces communautés.

Pourtant, certaines revendications trans existent depuis des décennies et font toujours partie des luttes que mènent inlassablement les organismes et les militant.e.s trans. La décriminalisation du travail du sexe en est une.

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Beaucoup de personnes trans sont des travailleuses du sexe. 

La reconnaissance de ce travail comme étant une forme légitime de travail est en effet une des principales revendications depuis au moins les années 80.

D’ailleurs, l’activisme trans au Canada, lui-même, a été initié et porté par des travailleuses du sexe trans.

Que ce soit le High Risk Project fondé à Vancouver dans les années 90, ou ASTTeQ fondé à Montréal en 1998 par une travailleuse du sexe trans, les deux organismes étaient les premiers à accueillir les travailleuses du sexe et à revendiquer pour leur dignité professionnelle.

Les CALACS doivent se rappeler que les revendications pro-travail du sexe au sein de la militance trans sont des faits historiques indéniables et que l’inclusion trans ne peut se faire en se positionnant contre l’industrie du sexe.

Ainsi, tout partenariat avec les CALACS pour développer des outils d’intervention féministe en violence sexuelle et qui soient adaptés aux réalités des femmes trans est voué à l’échec vu la discordance entre le positionnement idéologique des CALACS et les revendications trans d’un côté, et la discordance entre les services qu’offrent les CALACS et les besoins des femmes trans d’un autre.

Mieux écouter les militant.e.s trans

Au nom d’organismes trans, dont plusieurs affichent fièrement le principe «par et pour (les personnes trans)», nous invitons les CALACS et tout organisme féministe et LGBT à mieuxécouter les organismes et les militant.e.s trans, à ne pas trahir l’histoire de cette population pour plus de financement ou par envie (à la mode?) de se pencher sur la question trans.

L’inclusion des personnes trans passe d’abord par une réelle implication dans les luttes trans, incluant celles qui peuvent nous paraître épineuses ou étrangères à nos luttes.

La décriminalisation du travail du sexe, la lutte antiraciste, la lutte contre les discriminations basées sur le statut d’immigration, entre autres, sont toutes des luttes intimement liées à la lutte pour la reconnaissance des personnes trans. Et cela ne date pas d’aujourd’hui.

Organismes signataires : Le Centre de lutte contre l’oppression des genres, Action Santé avec travesti.e.s et transsexuel.le.s du Québec (ASTTeQ), Fierté trans – Euphorie dans le genre, Aide aux Trans du Québec (ATQ), Project 10 / Projet 10 et Enfants transgenres Canada.