NOUVELLES
08/07/2019 19:31 EDT

Les lignes aériennes et les aéroports canadiens parmi les pires au monde pour les retards

Avec une nouvelle «charte des passagers», les transporteurs aériens vont pouvoir laisser les passagers bloqués sur le tarmac encore plus longtemps que la norme actuelle.

jimfeng via Getty Images

Ceci est le premier article d’UNFRIENDLY SKIES, une série en trois parties présentée par le HuffPost Canada qui examine l’incidence des changements rapides du secteur du transport aérien sur les passagers canadiens. 

Les aéroports et les compagnies aériennes canadiens sont parmi les moins performants au monde en matière de retard des vols, et les nouvelles réglementations fédérales autorisant les passagers à rester plus longtemps sur le tarmac pourraient aggraver les choses encore davantage.

Toutes les grandes compagnies aériennes du Canada, à l’exception d’une seule, se classent dans la moitié inférieure quant à la ponctualité dans une nouvelle enquête réalisée par OAG, un fournisseur de données de voyage.

 La compagnie la plus performante au Canada, WestJet, occupe le 57e rang sur 125 compagnies aériennes interrogées, avec 77,1% des vols arrivant à l’heure. Sunwing, le transporteur le moins performant du pays, se classe au deuxième rang des plus mauvais au monde, au 124e rang sur 125, avec seulement 57,8% des vols à l’heure.

Sunwing a connu de nombreux problèmes par rapport à ses vols au cours des dernières années, notamment des retards importants à Toronto et à Montréal en avril 2018, pour lesquels la compagnie a dû payer une amende réclamée par l’Office des transports du Canada.

Les pourcentages de départs à l’heure des lignes aériennes canadiennes comparés à ceux de certaines lignes d’importance dans le monde, de juin 2018 à mai 2019:

OAG/HuffPost Canada

En ce qui concerne les aéroports, le Canada ne s’en tire guère mieux. Notre meilleur aéroport, à Grande Prairie, en Alberta, se classe au 108e rang sur 505 aéroports étudiés.

Les deux aéroports de passagers commerciaux de Toronto, Pearson et Billy Bishop, se classent parmi les deux pires aéroports au Canada et parmi les pires au monde - respectivement au 475e (69,1%) et 489e rang (65,5%). À 72,7 %, Montréal-Trudeau fait un peu mieux que les aéroports torontois.

Fait intéressant, il existe un fossé béant entre l’est et l’ouest, les aéroports de l’Ouest canadien étant plus performants que certains autres.

Les pourcentages des vols à l’heure dans les aéroports canadiens, de juin 2018 à mai 2019:

OAG/HuffPost Canada

Cela alors que le Canada s’apprête à lancer une nouvelle «déclaration des droits des passagers» qui, selon certains critiques, pourrait contribuer à retarder davantage les vols.

En vertu de la nouvelle réglementation, les compagnies aériennes seront en mesure de garder les passagers bloqués sur le tarmac pendant trois heures maximum, plus 45 minutes supplémentaires si la compagnie aérienne estime que le décollage est imminent.

À l’heure actuelle, le Canada n’impose pas de limites aux retards sur le tarmac, mais les compagnies aériennes ont intégré elles-mêmes des normes dans leurs tarifs. La norme de l’industrie était de 90 minutes, ce qui a également été recommandé par un comité du Sénat dans la nouvelle déclaration des droits des passagers. Le gouvernement a rejeté cette recommandation.

Les compagnies aériennes elles-mêmes ont réclamé de plus longs délais sur le tarmac. Air Canada a prolongé sa durée maximale sur le tarmac à quatre heures en 2018.

Par ailleurs, il sera très difficile d’obtenir des compensations de la part des compagnies aériennes dans la plupart des cas où les vols sont retardés ou lorsque les passagers se voient refuser l’embarquement, fait valoir Gabor Lukacs, un défenseur des droits des consommateurs qui a contesté les pratiques des compagnies aériennes devant les tribunaux.

Lukacs a déclaré qu’il s’inquiétait de la possibilité de délais plus longs en vertu des nouvelles règles, car «si quelque chose devient légal, ils vont le faire. Par contre, il est quand même dans l’intérêt de la compagnie aérienne que les passagers arrivent à destination le plus rapidement possible».

Le groupe de défense des droits de Lukacs, Air Passenger Rights, a accusé le gouvernement de laisser l’industrie du transport aérien dicter la nouvelle charte des droits des passagers.

Un porte-parole du ministre des Transports Marc Garneau a déclaré que la réglementation à propos du retard sur le tarmac avait été décidée «sur la base des réalités opérationnelles et des meilleures pratiques internationales. Par exemple, aux États-Unis, les transporteurs aériens doivent offrir la possibilité de débarquer d’un avion après un retard de trois heures sur les vols intérieurs et de quatre heures sur les vols internationaux».

Alors que les compagnies aériennes blâment souvent la météo pour les retards de leurs vols, les données du gouvernement fédéral américain montrent que moins de 5% des retards aux États-Unis sont causés par des événements météorologiques extrêmes. La raison la plus fréquente en est l’arrivée tardive des avions, c’est-à-dire que les vols sont retardés parce que les vols précédents ont pris du retard. Cela a représenté près de 42% des retards aux États-Unis. Le Canada n’a actuellement pas ce type de données entre les mains.

Comparer «des pommes et des oranges»?

Mais Lukacs souligne que les conditions météorologiques au Canada sont beaucoup plus rudes que celles de la plupart des endroits aux États-Unis, de sorte que la comparaison n’est peut-être pas juste. Et l’aéroport Billy Bishop, le pire au pays, à Toronto, doit faire face à des problématiques particulières, car il se trouve sur une île.

«C’est peut-être une comparaison entre des pommes et des oranges», a-t-il déclaré à HuffPost Canada en entrevue téléphonique.

Néanmoins, les mauvaises conditions météorologiques du Canada n’expliquent pas pourquoi Alaska Airlines affiche un pourcentage de ponctualité supérieur à celui de toute compagnie aérienne canadienne (80,7%) et se classe au troisième rang des meilleures compagnies aériennes américaines.

Lukacs soutient que ces classements sont incomplets: il n’y a pas assez de données pour déterminer, par exemple, s’il s’agit d’un aéroport ou d’une compagnie aérienne qui est responsable des retards dans un lieu donné.

Dans tous les cas, les compagnies aériennes devraient prendre en compte les intempéries lors de la planification de leurs plages horaires, a souligné Lukacs.

«Si les compagnies aériennes et les aéroports ignorent les conditions météorologiques, vous avez alors un échec garanti», a-t-il lancé.

À VOIR AUSSI: