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07/05/2019 12:10 EDT | Actualisé 07/05/2019 12:10 EDT

BLOGUE Si tu penses comme moi, dis-le; sinon, tais-toi!

Pauvre liberté d’expression, tu es chaque jour de plus en plus faible face aux dictateurs de la pensée correcte et unique.

Thomas Barwick via Getty Images

Nous vivons une époque étrange, bipolaire et n’ayant pas le courage de la discussion contradictoire. Nous entendons sans cesse les revendications concernant le droit, pour tous, sans exception, de pouvoir recourir à la liberté d’expression. Ainsi, des militants réclament que les musulmans, les sikhs, les juifs puissent porter leurs signes religieux sous le droit à la liberté d’expression et de croyance.

Après tout, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies l’énonce clairement dans son article 19 comme suit:

«Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.»

Nous pouvons compter sur les doigts de la main, ces individus qui seraient contre ce principe. Nous devons pouvoir exprimer nos opinions, et ce, sans avoir peur pour notre vie.

Néanmoins, face à ces mouvements militants en faveur de la liberté d’expression, nous avons des militants, des énergumènes qui vocifèrent et veulent interdire tel ou tel individu, car ce dernier pense différemment. Nous ne parlons pas d’interdire des leaders, des chefs de tribus demandant la mise à mort de tel ou tel groupe, tel ou tel individu. Non, il s’agit de faire taire, d’occulter, d’évincer du débat et du paysage médiatique des gens qui pensent différemment.

Ainsi, au Québec, nous avons eu récemment le cas du sociologue et intellectuel Mathieu Bock-Côté. Alors qu’il devait s’exprimer dans une librairie en vue de la sortie de son nouveau livre, des militants et des individus ont proféré des menaces entraînant l’annulation de la conférence-débat. Une bien triste histoire. En France, il s’agit de boycotter et de vouloir interdire l’intervention du philosophe Alain Finkielkraut au sein de la renommée Université de Science-Po. Encore une bien triste histoire.

Alors que la liberté d’expression devrait être un principe universel, elle devient un principe sectaire et restreint. Chacun devrait pouvoir dire, énoncer, éructer parfois ce qu’il désire. Nous ne devons pas nécessairement, obligatoirement être d’accord avec les propos ou les idées, mais nous devons y laisser une place pour les énoncer.

Ces divergences de points de vue, de pensées permettront de créer un débat, une discussion et l’intelligence collective s’en trouvera enrichie. L’intelligence n’est pas d’accumuler des tonnes et des tonnes de connaissances empiriques. Il s’agit de mettre en pratique, en contradiction des connaissances avec autrui. Imagineriez-vous discuter d’un sujet avec des personnes qui pensent et vivent comme vous? Quels en seraient la magie, le but et le gain? Aucun.

Nos sociétés deviennent intolérantes et allergiques aux débats, aux discussions parfois houleuses, mais respectueuses. Il faudrait penser à l’unisson de la même manière. Il faudrait penser et agir comme des petits biscuits (tous les mêmes, sinon nous sommes bons à être jetés).

Il appartient aux écoles de développer cette tolérance envers l’opinion d’autrui. Il appartient aux parents de sensibiliser leurs enfants aux différences de la vie réelle. Nous vivons dans un monde de plus en plus ouvert sur l’extérieur. Certes, nous ne serons pas toujours d’accord avec tel ou tel individu, telle ou telle idée. Mais tant mieux, car le monde serait insipide et ennuyeux si nous étions tous identiques.

Même si je ne partage pas les idées de Mathieu Bock-Côté ou d’Alain Finkielkraut, il n’en reste pas moins qu’ils sont des intellectuels assumant leurs pensées, vivant leurs pensées et pouvant éclairer parfois sur une facette de la réalité et de la vie.

Aujourd’hui, malheureusement, nous vivons une époque où la liberté d’expression n’est possible qu’à partir du moment où l’autre pense comme soi, et ce, dans d’autres termes. Exprime-toi, montre-toi, parle librement à condition que tu demeures dans ma zone de confort et d’acceptabilité. Une zone bien trop étroite. Mais le débat n’est-il pas justement l’opposé? Je le crois.

Pauvre liberté d’expression, tu es chaque jour de plus en plus faible face aux dictateurs de la pensée correcte et unique.

Comme le disait le philosophe belge, Raoul Vaneigem (1934-): «Il n’y a ni bon ni mauvais usage de la liberté d’expression, il n’en existe qu’un usage insuffisant.»

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