POLITIQUE
15/09/2019 17:33 EDT

L'histoire se répétera-t-elle pour un (autre) Trudeau?

Le Trudeau de 1972 se prénommait Pierre Elliot. Il venait de terminer son premier mandat. Quarante-sept ans plus tard, un autre Trudeau, Justin celui-là, achève lui aussi un premier mandat.

Sean Kilpatrick /La Presse Canadienne via Associated Press
Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, est accompagné de la candidate libéral Kim Rudd, à Cobourg, en Ontario, le dimanche 15 septembre 2019.

Un premier ministre charismatique nommé Trudeau. Un chef conservateur sous-estimé, mais pas vraiment excitant. Un leader néo-démocrate qui dénonce la grande proximité du gouvernement aux grandes entreprises.

Voici le scénario électoral qui se présentait en... 1972.

Le Trudeau de 1972 se prénommait Pierre Elliot. Il venait de terminer son premier mandat. Quarante-sept ans plus tard, un autre Trudeau, Justin celui-là, achève lui aussi un premier mandat.

«Les deux ont été élus en faisant beaucoup de promesses et en bénéficiant du soutien des jeunes et des femmes. Dès la première année au pouvoir de Pierre Trudeau, cet espoir en une politique progressiste s’était envolé. Il semble que cela soit aussi le cas pour Justin Trudeau», mentionne un historien, David Blocker.

Tous deux ont promis de faire de la politique de façon différente. Toutefois, à la fin de son premier mandat, Pierre Trudeau se faisait reprocher d’être distant, de gouverner avec un cercle restreint de conseillers non élus, rappelle John English, son biographe officiel.

Empêtré dans le scandale entourant SNC-Lavalin, Justin Trudeau, qui a rompu sa promesse de réformer le système électoral, est soumis au même examen minutieux.

Toutefois, il existe une grande différence entre le père et le fils. En 1972, les libéraux détenaient une avance de 10 points dans les sondages. Les libéraux d’aujourd’hui sont au coude à coude avec les conservateurs.

Comme en 1972, la campagne aura une importance capitale. Et selon M. English, Justin est supérieur à son père dans ce domaine.

«Il est très bien renseigné. Il possède une empathie que Pierre n’avait pas, dit-il. Le caractère glacial légendaire de Pierre lui nuisait.»

L’ancienne sénatrice conservatrice Marjory LeBreton, qui travaillait au quartier général du Parti progressiste-conservateur à l’époque, tisse également un parallèle entre les deux campagnes.

En 1972, le chef Robert Stanfield était souvent décrit comme une personne affable, aimable, mais ennuyeuse. C’était son deuxième duel contre Pierre Trudeau.

Aujourd’hui, le chef conservateur Andrew Scheer dirige sa première campagne électorale. Il est beaucoup plus jeune et moins expérimenté que M. Stanfield, qui avait été premier ministre de la Nouvelle-Écosse avant de se lancer sur la scène fédérale.

Mais les raisons pour les appuyer sont semblables, juge Mme LeBreton.

«M. Stanfield, tout comme Andrew Scheer, était intelligent, intègre, positif, décent et poli», décrit-elle. Ces qualités contrastaient avec la puissante personnalité de Trudeau en 1972.

«Les gens las de tout ce toc se sont tournés vers quelqu’un comme M. Stanfield qui était nettement très sérieux au sujet de gouverner le pays et le parti.»

Et il y avait le NPD.

En 1972, son chef était David Lewis. Il a martelé un message qui a trouvé une forte résonance parmi l’électorat au cours des premiers jours de la campagne: les grandes entreprises sont trop proches du gouvernement. Il les traitait même de «sociétés parasitaires».

M. Blocker voit l’actuel du NPD, Jagmeet Singh, suivre le même chemin.

«Jagmeet tente d’adopter la stratégie qui avait réussi à David Lewis en 1972 en véhiculant une sorte de message populiste du type le-peuple-contre-les-puissants.»

D’autres ressemblances?

Le protectionnisme américain représentait une menace en 1972, comme c’est le cas aujourd’hui.

Les débats sur le bilinguisme et le multiculturalisme officiels avaient mis en péril le soutien des libéraux en Ontario et dans l’Ouest. Aujourd’hui, les débats sur la diversité pourraient coûter cher aux libéraux, souligne M. English.

Et contrairement à l’époque, le menu électoral est plus complet en 2019. En 1972, il n’y avait pas de Parti vert, il n’y avait de Bloc québécois et il n’y avait pas de Parti populaire, mais il y avait le Crédit social, particulièrement puissant dans le Québec rural.

Les partis peuvent aussi compter sur des moyens techniques qui n’existaient pas à l’époque.

Par exemple: les progressistes-conservateurs de 1972, qui ne pouvait pas profiter des sondages quotidiens comme ceux réalisés par les partis aujourd’hui, ignoraient qu’ils avaient le vent dans les voiles, rappelle Mme LeBreton. Ce n’est que pendant la dernière semaine de la campagne qu’ils ont réalisé qu’ils avaient une chance de gagner.

Finalement, les libéraux avaient finalement pu s’accrocher au pouvoir, n’obtenant que deux sièges de plus que les progressistes-conservateurs.

La campagne de 2019 se terminera-t-elle de la même manière ? Les sondages laissent prévoir qu’un gouvernement minoritaire pourrait être élu le 21 octobre.

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