NOUVELLES
22/07/2019 21:48 EDT | Actualisé 22/07/2019 22:08 EDT

«Cher Patrick, je le sais à quel point tu avais mal»

Une ex-policière réagit au décès de Patrick Bigras, le policier ayant découvert le corps des enfants de Guy Turcotte.

Evgen_Prozhyrko via Getty Images

«Cher Patrick, je le sais à quel point tu avais mal, je le sais que tu ne voyais plus d’issue. Que ton beau sourire était parti tout comme le mien l’a été pendant longtemps. Que ces images devaient te revenir et revenir sans cesse.».

Ces mots déchirants ont été écrits par une ex-policière, Josée Querry, qui a connu une descente aux enfers à la suite d’un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT). Elle s’adresse au policier Patrick Bigras, qui a mis fin à ses jours vendredi dernier, lui qui souffrait depuis la terrible découverte des corps des deux jeunes enfants de l’ancien cardiologue Guy Turcotte, en 2009. Une scène de crime à glacer le sang.

Selon des sources policières, l’agent Bigras avait un mal de vivre depuis son intervention à la résidence de celui qui a été reconnu coupable du meurtre non prémédité de ses deux enfants. La preuve a démontré que les enfants avaient notamment été poignardés de plusieurs coups de couteaux par leur père.

«En apprenant son décès ce matin (lundi), j’étais dévastée», lance Josée Querry, ex-policière de la Gendarmerie royale du Canada qui est passée par le même chemin dévastateur, allant jusqu’à planifier un scénario suicidaire qu’elle n’a jamais mis à exécution.

«Je me suis levée un matin et j’étais démolie. Ma vie venait de basculer. Je venais de plonger dans une noirceur inimaginable. Jamais j’aurais pu croire que la vie soit si terne et noire. Qu’est-ce qui m’arrivait? Trouble de stress post-traumatique sévère.

La souffrance était de plus en plus présente et destructrice. «Tout mon corps faisait mal, respirer était difficile. Les flashbacks envahissaient mes journées. Je devais donc lutter pour la plus grosse épreuve de ma vie: rester en vie.»

 

Pour celle qu’on surnommait «super woman», c’est un combat de toute une vie. 

«Je suis passée par-dessus, mais non sans difficulté, raconte Mme Querry. Il y a deux ans à peine, je ne pensais plus jamais être heureuse et aujourd’hui je suis plus heureuse que jamais. Je retourne sur le marché du travail sous peu, j’ai un livre qui sortira en octobre et j’ai donné plus d’une cinquantaine de conférences gratuites et ça continue avec mon blogue.»

La femme de 46 ans rappelle avoir eu besoin d’aide de professionnels pour ne pas y laisser sa vie. «Je suis encore médicamentée et je suis suivie par mon psychiatre», précise-t-elle.

Les policiers, surtout les jeunes, ne doivent pas avoir peur d'en parler. Ce n'est pas tabou. Et ce n'est pas un manque de courage de dire "j'ai mal à l'intérieur et aidez-moi, svp".Josée Querry, ex-policière

 Mme Querry souhaite s’adresser aux gens aux prises avec des idées noires: «Tous ceux qui luttent, tous ceux qui n’ont plus le goût de vivre. J’ai envie de vous dire qu’au dessus des nuages se retrouve toujours le soleil. Moi, j’ai retrouvé mon soleil et il brille plus que jamais. Je vous promets qu’il est là aussi pour vous. Bon courage!»

Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d’aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

Des interventions téléphoniques sont accessibles 24/24, 7 jours sur 7: Prévention du suicide 1-866-APPELLE (277-3553) ou Jeunesse, j’écoute 1-800-668-6868.