POLITIQUE
07/10/2019 19:11 EDT | Actualisé 08/10/2019 07:16 EDT

La laïcité et SNC-Lavalin s'invitent au débat fédéral en anglais

Les chefs des partis ont croisé le fer pour une première et seule fois en anglais lors du débat organisé par la Commission des débats des chefs.

Les chefs fédéraux se sont attaqués tour à tour sur SNC-Lavalin et la laïcité dans le seul débat en anglais de la campagne électorale, lundi soir, sur une scène très encombrée qui incitait parfois à la cacophonie.

Le chef conservateur Andrew Scheer, qui avait eu une soirée difficile lors du débat en français de TVA la semaine dernière, est passé à l’attaque dès la première occasion. M. Scheer a soutenu que le chef libéral Justin Trudeau était surtout bon à porter des masques, comme celui de la “réconciliation” tout en écartant de son cabinet une femme comme Jody Wilson-Raybould. Il a aussi fait référence au “blackface”.

Lorsqu’il a eu droit à une question au chef de son choix, M. Scheer s’est, sans surprise, tout de suite tourné vers M. Trudeau pour le confronter au sujet de l’affaire SNC-Lavalin.

“M. Trudeau, vous avez enfreint à deux reprises les lois sur l’éthique, vous êtes intervenu dans des procédures criminelles, vous avez stoppé des enquêtes parlementaires sur la corruption et vous avez congédié les deux seules personnes dans votre caucus qui dénonçaient haut et fort ce que vous tentiez de faire simplement parce qu’elles ont dit la vérité. Dites-moi, à quel moment avez-vous décidé que les règles ne s’appliquaient pas à vous?”, a lancé le chef conservateur.

“M. Scheer, le rôle d’un premier ministre est de se tenir debout pour les emplois canadiens, et de se tenir debout pour l’intérêt public, et c’est ce que j’ai fait, et c’est ce que je continuerai de faire chaque jour”, a répondu le chef libéral, reprochant du même souffle à son adversaire de “réduire l’impôt des plus riches plutôt que d’aider les Canadiens qui en ont le plus besoin”.

Avec répartie, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh est entré dans le jeu en déclarant que MM. Trudeau et Scheer argumentaient “pour savoir qui serait le pire (dirigeant) entre les deux pour le Canada”. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a pour sa part dit vouloir parler pour les “3300 personnes innocentes qui n’ont rien fait de mal”, en parlant des travailleurs de SNC-Lavalin.

“Quand M. Trudeau a essayé de trouver une solution, il l’a fait de la mauvaise manière, et l’a admis. Ce que vous faites, M. Scheer, est de jouer la vieille carte de laisser entendre que le Québec est corrompu”, a lancé le bloquiste.

“M. Blanchet, il n’y a jamais une excuse pour un premier ministre d’intervenir dans une cause au criminel, et d’abuser de son pouvoir pour récompenser des amis”, a répliqué M. Scheer.

La laïcité fait débat

Même en anglais, la loi québécoise sur la laïcité a continué d’accaparer l’attention des chefs.

M. Trudeau s’est dit “surpris” que son adversaire néo-démocrate dise qu’il n’interviendrait pas dans le recours judiciaire contre la loi sur la laïcité. “Je suis le seul sur cette scène qui a dit que oui, un gouvernement fédéral pourrait devoir intervenir à ce sujet”, a lancé M. Trudeau.

À voir: la vidéo intégrale du débat des chefs en anglais

 

La réplique de M. Singh, qui porte le turban sikh, n’a pas tardé. “Soyons honnêtes pour un instant: tous les jours de ma vie, je me bats contre une loi comme la loi 21. Tous les jours de ma vie, je défie les gens qui pensent que tu ne peux pas faire quelque chose en raison de la ressemblance physique”, a-t-il déclaré.

“Le problème, c’est que - et en anglais, ce soir, c’est très clair - tout le monde ici a un problème avec la seule idée de la laïcité, mais disent, dans le meilleur des cas, qu’ils vont la tolérer. Le Québec n’a pas besoin de se faire dire ce qu’il peut faire et ce qu’il ne peut pas faire au sujet de ses propres valeurs”, s’est permis d’ajouter M. Blanchet.

“C’est une loi qui dit aux gens, qu’à cause de leur apparence, qu’ils ne peuvent pas exercer certains métiers”, a rétorqué M. Singh.

Le facteur Bernier

De vifs échanges ont eu lieu entre Maxime Bernier, le chef du Parti populaire, et les autres leaders. M. Bernier a déploré les politiques “socialistes”, selon lui, de la chef du Parti vert, Elizabeth May, et M. Singh, comparant même les idées du Parti vert au régime du Venezuela.

M. Bernier a dû répondre d’entrée de jeu à une question d’une modératrice sur ses tweets sur les immigrants et sur la militante Greta Thunberg qui alimenteraient les divisions.

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Andrew Scheer, Maxime Bernier et Yves-François Blanchet.

Les autres chefs n’ont pas non plus ménagé leurs attaques sur ce front, un premier segment comportant des débats entre chacun des chefs et M. Bernier.

M. Bernier a soutenu être le seul à vouloir discuter des niveaux d’immigration.

Le chef du Parti populaire du Canada a cependant perdu de sa verve quand il a utilisé sa seule question libre pour demander à M. Scheer s’il est réellement conservateur. M. Scheer lui a répliqué qu’il ne savait pas à quel Maxime Bernier il s’adressait avant de se tourner vers la caméra et de ramener la question au choix entre libéraux et conservateurs.

Scheer assume sa position

Contrairement au débat de TVA, le chef conservateur a assumé sa position personnelle sur le droit à l’avortement lorsqu’il a été entraîné dans le domaine des enjeux sociaux par M. Trudeau.

“Des millions de Canadiens ont une position différente sur cet enjeu et comme des millions de Canadiens, je suis personnellement pro-vie. Et c’est correct dans ce pays d’avoir une position différente, quelque chose que vous ne reconnaissez pas”, a balancé M. Scheer.

Il s’en est suivi un échange cacophonique dans lequel MM. Trudeau et Scheer se coupaient la parole, pendant que MM. Singh et Blanchet partaient un échange à côté. “Personne ne peut comprendre ce que vous dites”, a dit la modératrice.

″Ça a été vraiment intéressant pendant la majorité de cette campagne d’entendre des hommes débattre des droits des femmes”, s’est amusée Mme May, lorsque le calme est revenu.

Des flammèches vertes

Tous les chefs ont tenté de tirer leur épingle du jeu sur l’enjeu de l’environnement.

M. Singh a dénoncé “l’écart important” entre ce que M. Trudeau a dit en 2015 et ce qu’il a fait, comme acheter le pipeline Trans Mountain. M. Scheer a une fois de plus pointé du doigt les deux avions de la campagne libérale.

M. Trudeau s’est défendu en disant qu’il allait atteindre ses cibles de réduction des gaz à effet de serre et qu’il est le seul chef capable de tenir tête aux premiers ministres conservateurs des provinces qui veulent mettre fin à la taxe sur le carbone.

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Elizabeth May et Justin Trudeau.

Mme May a questionné M. Blanchet plus d’une fois sur sa position sur GNL Québec - ce gazoduc de 750 km qui transporterait du gaz naturel de l’Ouest jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay.

M. Bernier, pour sa part, a déclaré que son parti était le seul qui était réellement environnemental - ce qui a déclenché les rires de la foule.

Un débat bien rempli

Les six chefs se sont prononcés sur cinq sujets, soit la capacité financière et l’insécurité économique, les enjeux autochtones, l’environnement et l’énergie, le leadership au Canada et sur la scène internationale et, finalement, la polarisation politique, les droits de la personne et l’immigration.

Le débat en anglais était animé par cinq femmes: Rosemary Barton (CBC News), Susan Delacourt (Toronto Star), Dawna Friesen (Global News), Lisa LaFlamme (CTV News) et Althia Raj (HuffPost Canada). Chaque animatrice était responsable du bon déroulement d’un segment du débat. Il y avait également des questions du public à chaque étape.

L’autre débat organisé par la Commission des débats des chefs - en français - aura lieu jeudi soir.