POLITIQUE
29/09/2019 16:25 EDT | Actualisé 04/10/2019 13:59 EDT

Les libéraux anticipent un déficit de 21 milliards $ au bout d'un second mandat

Le pourcentage de la dette fédérale serait alors de 30,2 pour cent du PIB (produit intérieur brut).

THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz
Le chef libéral brandit le programme de son parti lors d'une campagne à Mississauga, en Ontario, le dimanche 29 septembre 2019.

Les libéraux ont dévoilé l’ensemble de leurs promesses dimanche et selon leurs calculs, un second mandat Trudeau continuerait à enregistrer des déficits budgétaires.

Un déficit de plus de 27 milliards $ est prévu pour la première année d’un nouveau gouvernement libéral. À la quatrième année, en 2023-2024, ce déficit descendrait à 21 milliards $. Le pourcentage de la dette fédérale serait alors de 30,2 pour cent du PIB (produit intérieur brut).

Toutes les promesses de la plateforme ne sont pas chiffrées. Mais les libéraux comptent 56 milliards $ de dépenses en quatre ans et espèrent 25 milliards $ de nouveaux revenus.

«Les chiffres dans le document de la plateforme sont raisonnables», a soutenu Ralph Goodale, ministre et coprésident du Comité national de la plateforme libérale, lors d’un point de presse à Ottawa où il a dû, à répétitions, justifier l’absence de plan pour un retour à l’équilibre budgétaire.

«Nous allons continuer d’investir (dans nos communautés) parce que ça a fonctionné. Mais nous comprenons à quel point c’est important de demeurer responsable dans nos investissements. C’est pour ça que, chaque année, la taille de notre dette en proportion à la taille de l’économie va continuer de diminuer», a argué à son tour Justin Trudeau lorsqu’il s’est présenté devant les journalistes, dimanche après-midi.

Le ton général du document de la plateforme libérale semble viser d’abord les électeurs ontariens. Plusieurs promesses libérales sont là pour attaquer les compressions du gouvernement de Doug Ford et, par ricochet, les conservateurs d’Andrew Scheer.

M. Trudeau en a fait encore la démonstration à Mississauga devant un public étudiant et ontarien, tapant sur le clou Doug Ford à toute les occasions.

Un certain nombre de projets demeurent flous pour les électeurs québécois, qui devront attendre des négociations séparées entre un gouvernement Trudeau et un gouvernement Legault pour en connaître les retombées concrètes.

Il en va ainsi pour les nouvelles places en garderie, pour l’accès plus rapide à un médecin de famille, pour le remboursement plus facile d’une dette étudiante ou pour le droit des municipalités de parrainer directement des immigrants permanents dans le but de pallier la pénurie de main-d’oeuvre.

«Il va y avoir [...] des ententes asymétriques et on va travailler avec le Québec pour qu’il ait sa juste part», a déclaré Mona Fortier, l’autre co-présidente du comité de la plateforme libérale.

Elle n’a pas pu expliquer comment ces éventuelles négociations entre un Ottawa libéral et un Québec caquiste tiendraient compte de la demande de François Legault de contrôler le nombre de nouveaux arrivants dans sa province.

Les nouvelles promesses

En plus des engagements déjà annoncés depuis le 11 septembre, comme l’ambition d’arriver à un Canada carboneutre en 2050, le Parti libéral du Canada (PLC) présente dans son document «Avancer: un plan concret pour la classe moyenne» une série de nouvelles mesures à livrer.

Le PLC promet une «prestation d’assurance-carrière». Un travailleur qui aura passé au moins cinq ans dans une entreprise avant que celle-ci ferme ses portes aura accès à un montant pouvant aller jusqu’à 15 900$ sur deux ans, de l’argent qui sera accessible après la fin de ses prestations d’assurance-emploi.

Il promet un salaire minimum de 15 $ pour les employés d’entreprises de juridiction fédérale. Un nouveau gouvernement libéral installerait 5 000 bornes de recharge supplémentaires à travers le pays pour les voitures électriques. Il construirait des logements abordables destinés aux anciens combattants. Il imposerait une taxe de vente de 10 pour cent sur les avions privés, les bateaux et les voitures de luxe payés plus de 100 000 $.

S’il est réélu, Justin Trudeau offrirait aussi un cadeau de 250 $ à chaque enfant de 12 ans pour des sorties au théâtre ou au musée. Il mettrait également en place un nouveau congé pour tous: une journée canadienne de la Famille.

Et puis, un gouvernement libéral n’attendrait pas les autres pays de l’OCDE pour imposer un impôt sur les recettes des GAFA - Google, Facebook et autres géants du web - au Canada.

Dans l'attente d'un consensus avec l'OCDE sur un mécanisme différent, nous allons créer un impôt de trois pour cent sur les recettes générées par la vente de publicité en ligne et les données des utilisateurs par les sociétés. C'est ce qu'on va mettre en oeuvre dès 2020.Mona Fortier, co-présidente du comité de la plateforme libérale

Le Canada imiterait ainsi une démarche de la France. Cet impôt serait là en attendant un plan pour forcer les géants du web à récolter une taxe sur les services qu’ils vendent dans tous les pays. Au sommet du G7 de l’été dernier, on s’est entendu sur le principe de pareil plan et on prévoit le pondre avant la fin de l’année.

«Avec l’arrivée de plus en plus de géants mondiaux (...) comme Disney et autres qui vont commencer à offrir du streaming au Canada, c’est important d’assurer que les compagnies canadiennes puissent bénéficier des mêmes avantages que les compagnies internationales», a ajouté M. Trudeau.

Réactions prévisibles

Les conservateurs se sont empressés de critiquer l’accumulation de déficits prévus.

«Justin Trudeau est prêt à dire ou à faire n’importe quoi pour être réélu. S’il est réélu pour quatre autres années, Trudeau va augmenter vos impôts pour financer ses dépenses hors de contrôle», a lancé Pierre Poilievre dans un communiqué diffusé par le Parti conservateur.

De leur côté, les néo-démocrates ont noté l’absence de chiffres précis pour l’assurance-médicament nationale promise. «La plateforme n’a aucun détail sur comment financer les belles paroles de Justin Trudeau», a clamé le communiqué des troupes de Jagmeet Singh.

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