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03/08/2019 14:59 EDT

Les attaques contre Obama font des remous au Parti démocrate

«Il y a peu à gagner - pour vous et pour le parti - à attaquer un président démocrate qui a bien réussi et reste très populaire», a twitté Eric Holder, ancien ministre de la Justice d'Obama.

Fabrizio Bensch / Reuters

Plusieurs candidats démocrates se sont risqués à égratigner cette semaine le bilan de Barack Obama, une stratégie jugée «périlleuse» ou carrément «suicidaire» compte tenu de l’immense popularité dont jouit l’ancien président chez les électeurs du parti.

«À mes camarades démocrates: faites attention quand vous attaquez le bilan d’Obama», a mis en garde Eric Holder, qui fut son ministre de la Justice. «Partez de ce bilan. Améliorez-le. Mais il y a peu à gagner - pour vous et pour le parti - à attaquer un président démocrate qui a bien réussi et reste très populaire», a-t-il encore tweeté jeudi.

La veille, lors d’un débat télévisé entre prétendants à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, le grand favori de la primaire, Joe Biden, avait vu son bilan passé au crible par ses rivaux qui, au passage, avaient éraflé Barack Obama, dont il fut le vice-président pendant huit ans.

L’expulsion de trois millions de sans-papiers, l’envoi de renforts en Afghanistan, sa politique de santé ou énergétique: tout a été passé en revue, avec une sévérité inédite.

Mercredi soir, lors du premier volet des débats, Barack Obama n’avait pas été directement évoqué, mais la teneur des échanges avait montré un glissement du parti vers la gauche depuis son départ de la Maison-Blanche.

Les figures progressistes Elizabeth Warren et Bernie Sanders avaient prôné l’abandon de sa réforme-phare du système de santé, «l’Obamacare», pour mettre en place une assurance maladie universelle sans aucun rôle pour les assurances privées, très largement répandues aux États-Unis.

Et la sénatrice du Massachusetts de dénoncer un système de santé «truqué et corrumpu» mis en place avant l’élection de Donald Trump, qui «profite aux riches mais ne vaut rien pour les autres.»

«Suicide politique»

David Axelrod, qui fut l’un des stratèges de la campagne victorieuse de Barack Obama, a regretté que les candidats à la primaire aient emprunté «ce chemin périlleux».

C’est du «suicide politique», a renchéri Neera Tanden, qui a également joué un rôle dans la campagne Obama et préside aujourd’hui le centre de réflexions Center for American Progress.

Les républicains n’ont pas attaqué l’ancien président Ronald Reagan ― révéré à droite pour son libéralisme économique, ses valeurs conservatrices et sa main de fer envers l’URSS ― «au contraire, ils se sont appuyés sur lui pendant des décennies», a-t-elle relevé.

L’épisode n’a pas échappé au président Trump, qui brigue un nouveau mandat en 2020. «Les démocrates ont passé plus de temps à attaquer Barack Obama qu’à m’attaquer, moi», a-t-il jubilé lors d’un meeting jeudi.

Conscients d’être allés trop loin, plusieurs candidats ont pris soin depuis de redire leur admiration pour le premier président noir des États-Unis, qui reste très apprécié des électeurs démocrates.

Le sénateur noir Cory Booker a ainsi assuré qu’il ne serait pas en lice si Barack Obama pouvait être candidat.

«Donald Trump aime se vanter sur l’économie mais les Américains savent que c’est le président Barack Obama qui a inversé la tendance», a tweeté l’ancien ministre Juan Castro, comme pour se faire pardonner de ses flèches adressées à la politique migratoire de son ancien président.

«Fier»

«Je n’ai que des louanges pour le président Obama», a également déclaré la sénatrice Kamala Harris, qui ambitionne d’être la première femme noire à la Maison-Blanche.

Quant à Joe Biden, qui a fait de sa proximité avec l’ancien président l’un de ses grands arguments de campagne, il s’est dit «fier d’avoir servi le pays avec lui».

«Je ne pense pas qu’il ait besoin de s’excuser pour quoi que ce soit», a-t-il ajouté. Pendant le débat, il avait toutefois déclaré s’être opposé à l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan et était resté flou sur les expulsions de sans-papiers.

«Vous ne pouvez pas invoquer le président Obama uniquement quand ça vous arrange», l’a relancé sur Twitter le maire de New York Bill de Blasio, qui avait été le plus féroce envers Barack Obama pendant le débat.

«Je n’attaquais pas Obama, soyons sérieux», a-t-il expliqué ensuite sur la chaîne ABC, estimant légitime de questionner le bilan de l’ancien locataire de la Maison-Blanche. “Vous croyez que ces questions ne vont pas arriver plus tard?»