POLITIQUE
04/06/2019 13:12 EDT

Le ras-le-bol des libéraux à propos de Simon Jolin-Barrette

«On a un tiers de ministre. Un tiers de ministre en immigration, un tiers sur la laïcité, un tiers leader», a lancé Dominique Anglade.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion Simon Jolin-Barrette, lors de l'étude du projet de loi sur la laïcité, le 7 mai dernier.

QUÉBEC — Toutes les flèches de l’opposition libérale convergent désormais vers le ministre Simon Jolin-Barrette, à qui on reproche de mépriser l’institution parlementaire, en voulant forcer l’adoption à tout prix des projets de loi 9 sur l’immigration et 21 sur la laïcité, sans égard aux règles en vigueur.

Manque de planification des travaux parlementaires, manque de collaboration avec l’opposition, manque de respect, absence du ministre lors de l’étude des projets de loi, refus de répondre aux questions, arrogance, la liste des griefs exprimés à l’endroit du ministre de l’Immigration s’allonge un peu plus chaque jour, en cette fin de session.

Le fait que le ministre Jolin-Barrette soit également responsable de la laïcité, donc du projet de loi 21, en plus d’assumer son rôle de leader parlementaire, constitue une source d’irritation croissante pour l’opposition libérale, qui estime que ses droits sont lésés.

«On a un tiers de ministre. Un tiers de ministre en immigration, un tiers sur la laïcité, un tiers leader», a dénoncé mardi en mêlée de presse la porte-parole libérale en matière d’immigration, Dominique Anglade, convaincue que le ministre Jolin-Barrette veut voir l’opposition signer «un chèque en blanc».

 

Le projet de loi 9

Le controversé projet de loi 9 inclut une refonte des critères de sélection des immigrants, davantage axés désormais sur les habiletés professionnelles. On vise aussi à éliminer 18 000 dossiers pendants de candidats à l’immigration déposés selon le système actuel. On prévoit de plus imposer par règlement des tests de français et de valeurs.

C’est sur ce point que l’étude du projet de loi bloque actuellement, après cinq heures de travaux, le ministre refusant de préciser ses intentions reliées aux conditions d’obtention du statut de résident permanent, selon Mme Anglade.

«Quand les tests vont être appliqués? À quel moment? Est-ce que les gens à l’étranger vont devoir faire des tests?», s’est interrogée la députée, qui veut «au minimum» des «indications» sur les intentions du gouvernement.

Le projet de loi 21

On s’inquiète aussi du fait que l’étude article par article du projet de loi 21, une des deux pièces législatives, avec le projet de loi 9, que le gouvernement Legault veut absolument faire adopter avant l’ajournement des travaux, n’avait toujours pas débuté mardi matin.

Le projet de loi 21 vise à interdire à certains employés de l’État, dont les enseignants, de porter des signes religieux.

Le leader parlementaire de l’opposition libérale, Sébastien Proulx, s’est livré lui aussi à une sortie en règle mardi, indiquant clairement qu’il n’entend pas s’en laisser imposer d’ici la fin des travaux, prévue le 14 juin.

«C’est pas vrai qu’on va laisser passer des projets de loi mal préparés, mal ficelés, qui n’auront pas les effets que l’on recherche sans dire un seul mot», a-t-il commenté en mêlée de presse, qualifiant la situation actuelle de «très mauvais spectacle». 

Selon lui, la façon de faire du gouvernement montre qu’il considère l’Assemblée nationale comme un «accessoire», au service de l’exécutif.

«Il y a un manque de respect évident pour notre institution et pour les collègues de l’opposition», voire «un certain mépris de l’institution» elle-même, selon sa lecture des événements récents et de l’attitude gouvernementale.

Il dénonce aussi le fait que lundi soir, en Chambre, lors de l’étude du principe du projet de loi 21, les députés caquistes sont restés muets, renonçant à intervenir. Seul le ministre a parlé et seulement pendant 14 minutes, une aberration, selon M. Proulx.  

Malgré tout, les libéraux se disent prêts, au besoin, à siéger après le 14 juin, pour faire valoir leurs positions et présenter leurs amendements.

L’éventualité de voir le gouvernement imposer des bâillons ajoute aussi de la pression sur l’opposition.

Jolin-Barrette réagit

Le ministre Simon Jolin-Barrette n’a pas tardé à rejeter du revers de la main les critiques à son endroit, en mêlée de presse.

Il a fait un lien entre la sortie de Mme Anglade et le fait qu’elle pourrait être candidate au leadership de son parti.

Il a aussi nié le fait qu’il puisse être surchargé, au point d’avoir de la difficulté à remplir ses nombreuses fonctions.

Si le projet de loi 9, qui contient une vingtaine d’articles, n’est toujours pas adopté après une quarantaine d’heures d’étude, c’est la faute des libéraux, qui prennent tout leur temps pour ralentir les travaux et maintenir «le statu quo», selon lui.

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