POLITIQUE
22/10/2019 15:05 EDT | Actualisé 22/10/2019 15:32 EDT

Laïcité de l'État: Legault exhorte Trudeau à respecter la loi 21

Le premier ministre du Québec n’a pas perdu de temps pour rappeler à Justin Trudeau sa priorité.

THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot
Le premier ministre Francois Legault réagit à l'élection d'un gouvernement libéral minoritaire à l'Assemblée nationale, à Québec, le mardi 22 octobre 2019. 

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault n’a pas perdu de temps pour rappeler à Justin Trudeau sa priorité: ne pas voir Ottawa contester en cour la loi 21 sur la laïcité de l’État.

Quelques heures seulement après la réélection des libéraux fédéraux, qui formeront un gouvernement minoritaire, M. Legault s’entretenait déjà au téléphone avec M. Trudeau pour l’exhorter à respecter le voeu d’une majorité de Québécois de proclamer la laïcité de l’État, incluant l’interdiction faite à certaines catégories d’employés, dont les enseignants, de porter des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions.

Durant la campagne électorale, M. Trudeau a été le seul chef politique à refuser de s’engager formellement à éviter toute contestation judiciaire de la loi 21 par le gouvernement fédéral. Il en faisait une question de protection des minorités.

En début de campagne, M. Legault avait demandé aux chefs de parti de se prononcer sur cette question, et de s’engager à respecter la loi québécoise controversée adoptée en juin. 

Au lendemain de la victoire libérale, le premier ministre Legault s’est posé en chef politique nationaliste, insistant, en conférence de presse mardi, pour dire que le gouvernement fédéral devait tenir compte des revendications identitaires et autonomistes du Québec.

«C’est important que le gouvernement fédéral respecte le Québec comme nation» et renonce d’emblée à empiéter dans ses champs de compétence, a-t-il rappelé à son homologue fédéral.

Les provinces «tiennent beaucoup à leur autonomie», a souligné M. Legault, expliquant que le gouvernement Trudeau devrait tenir compte de ce fait.

Dans les prochaines années, il entend négocier «directement» avec Justin Trudeau, sans compter sur l’appui du Bloc québécois, qui a fait campagne en relayant les revendications du gouvernement caquiste, récoltant lundi soir 32 sièges.

À Ottawa, «mon interlocuteur, ce sera Justin Trudeau», a-t-il dit, se montrant optimiste quant aux chances du Québec de faire des gains.

Il a noté que M. Trudeau, par exemple, s’était montré ouvert aux tests de valeurs proposés par le gouvernement caquiste, pour mieux contrôler l’immigration.

Il a profité de sa conversation avec son homologue fédéral pour l’inviter à venir prochainement à Québec pour une rencontre de travail.

Le chef de l’opposition officielle par intérim, le libéral Pierre Arcand, est d’avis que M. Legault aurait plutôt préféré le scénario d’un gouvernement minoritaire conservateur avec la balance du pouvoir pour le Bloc québécois, puisque le chef conservateur, Andrew Scheer, avait adhéré à presque toutes les revendications du premier ministre du Québec.

En mêlée de presse, il a dit s’attendre à la conclusion d’une entente entre les libéraux fédéraux et le NPD de Jagmeet Singh - et non avec le Bloc - pour faire fonctionner la Chambre des communes en situation de gouvernance minoritaire.

«Ce sera dossier par dossier» qu’on pourra voir dans quelle mesure l’intérêt du Québec est pris en compte par le gouvernement désigné.Pierre Arcand

La leader du deuxième groupe d’opposition, Manon Massé, qui fait de l’enjeu environnemental sa priorité, a jugé pour sa part que rien n’avait changé, malgré le scrutin de lundi, le Canada étant demeuré «un État pétrolier», un scénario «inacceptable» selon elle.

La chef souverainiste n’a pas voulu évaluer l’impact de l’élection de 32 députés bloquistes à Ottawa, contrairement au chef péquiste par intérim, Pascal Bérubé, qui se réjouissait de la soudaine renaissance du Bloc.

«C’est une bonne nouvelle et on ne va pas bouder notre plaisir», a-t-il commenté en point de presse.

«Cent pour cent des 32 députés (bloquistes) sont des indépendantistes» et aucun n’a «renoncé à ses convictions indépendantistes» avec cette élection, assure M. Bérubé.

Le bond de 10 à 32 députés effectué par le Bloc lundi est «très inspirant pour le Parti québécois», qui n’a que neuf députés à l’Assemblée nationale, a convenu M. Bérubé, qui ne cache pas espérer le même genre de «revirement de situation» pour sa formation politique.

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