TÉMOIGNAGES
18/01/2021 12:43 EST | Actualisé 18/01/2021 13:06 EST

Là, j'suis tannée!

Tout ce qu’on demande, de la part du gouvernement ET des Québécois, c’est un peu de reconnaissance pour le travail monumental qu’on fait, jour après jour, et qui est devenu colossal avec la pandémie.

Andrey Zhuravlev via Getty Images

Après près de 25 années en enseignement, j’en ai vu passer des choses, mais là, j’suis tannée!

Tannée que mes collègues enseignants et moi nous fassions traîner dans la boue!

Tannée de lire des articles, d’entendre des entrevues qui nous dénigrent.

Tannée d’entendre qu’on se plaint la bouche pleine.

Tannée d’entendre et de lire qu’on ne fait rien depuis un an.

Tannée de ne pas savoir si je vais devoir changer toute ma planification une 1098e fois!

Tannée que ma profession soit dénigrée partout et par tous.

Tannée qu’on nous compare sans cesse aux infirmières. NON! On ne fait pas la même job! Rien à voir! Donc arrêtons de comparer des pommes pis des oranges!

On ne veut pas des fleurs, ni un voyage dans le Sud! Juste.... un peu de reconnaissance. De respect.

Tannée de me sentir non respectée par une société pour laquelle je me donne corps et âme depuis près de 25 ans.

Tannée de voir des collègues lâcher ou se faire mettre en arrêt de travail pour épuisement professionnel.

Tannée de me faire dire d’aller enseigner durant la semaine de relâche sans être payée parce que je dois bien ça à la société!

Tannée d’expliquer aux gens que l’école à distance, c’est BEAUCOUP de travail pour les profs!

Tannée d’être obligée d’expliquer que non, l’été, je ne suis pas en vacances payées!

Tannée de me faire juger parce que les écoles sont fermées l’été... ce n’est toujours pas moi qui ai décidé ça...

izusek via Getty Images

Le gouvernement a décidé d’ouvrir les écoles... même s’il y avait encore beaucoup de cas. Même si les enfants ne respectent pas les consignes. Même s’il y a eu plusieurs éclosions dans les écoles. Même si ce n’est pas ventilé.  Même si on sait que certains d’entre nous vont encore le pogner, le maudit virus.

Pis savez-vous quoi? On va y aller quand même, prendre soin de vos enfants et de leur avenir. On va y aller, comme on y va depuis des années. Parce que vos enfants, on les aime pis qu’on veut leur bien. C’est pour ça qu’on est profs pis qu’on est encore là.

Tout ce qu’on demande, de la part du gouvernement ET des Québécois, c’est un peu de reconnaissance pour le travail monumental qu’on fait, jour après jour, et qui est devenu colossal avec la pandémie. On ne veut pas des fleurs, ni un voyage dans le Sud! Juste.... un peu de reconnaissance. De respect.

Une chance qu’à travers tout ça, on reçoit de temps en temps des messages de parents reconnaissants ou d’élèves qui nous disent merci. Grâce à eux, on arrive à se lever le lendemain.

Depuis plusieurs années, le Québec néglige ses écoles et ceux qui y travaillent.  Avant la pandémie, l’éducation était déjà sur les rotules. Depuis la COVID, on n’est même plus capables de remplacer les profs absents, tellement les rangs sont désertés. C’est clair que si ça continue comme ça, le réseau va s’effondrer. Pis ça, ça ne rendra service à personne. Ni au gouvernement, ni aux parents et surtout pas aux enfants.

Pis ce jour-là, on blâmera encore les profs...