OPINION
31/07/2019 14:29 EDT

La droite chrétienne américaine cherche (aussi) à s’implanter au Canada

Elle donnera vraisemblablement son appui au parti d’Andrew Scheer, le candidat qui représente le mieux ses propres valeurs socio-conservatrices.

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«Andrew Scheer est actuellement dans une meilleure posture que Stephen Harper.»

La bataille qui fait maintenant rage dans plusieurs états américains concernant les droits reproductifs des femmes est le résultat direct des efforts de la droite chrétienne pour imposer ses valeurs religieuses dans les sphères de la famille et de la politique.

La polarisation autour de l’avortement aux États-Unis est à un niveau tel que certains des dirigeants de ces groupes religieux intégristes nourrissent l’idée de l’avènement prochain d’une seconde guerre civile américaine!

Il ne faut pas penser que certains des débats générés par la droite chrétienne aux États-Unis n’auront pas d’incidences au Canada. En effet, la sortie récente du film « Unplanned » montre bien que cette coalition politico-religieuse « cherche à changer » les mentalités même au Canada.

C’est pourquoi il importe de prendre garde au combat que se livrent certains lobbies anti-avortement au pays. Des groupes tels Campaign Life Coalition (avec ses 200 000 membres) et RightNow travaillent d’arrache-pied à faire élire des candidats pro-vie. Ils ont gagné leur pari en soutenant les candidatures des partis conservateurs provinciaux de l’Ontario et de l’Alberta.

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Certains débats générés par la droite chrétienne aux États-Unis auront des incidences au Canada. 

Pour eux, le débat sur l’avortement est un débat sur les droits humains. À l’instar de Sam Oosterhoff, député conservateur du gouvernement Ford pour la région de Niagara-Ouest et âgé de 21 ans, plusieurs veulent rendre impensable l’idée même d’avoir un avortement d’ici une trentaine d’années au Canada. Or, si criminaliser l’avortement au pays est difficile à faire, il est néanmoins possible pour un gouvernement provincial d’éliminer le financement destiné aux établissements offrant aux femmes le choix d’obtenir un avortement.

Trump a l'appui des évangéliques

L’influence politique de la droite chrétienne s’est bien fait ressentir lors l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2016.

En effet, l’ascension au pouvoir du président américain vient du fait que 81 pour cent des évangéliques « blancs », dits « nés de nouveau » (born again) ont voté pour Trump. Ils constituent 61 pour cent des 62 millions d’évangéliques aux États-Unis. Selon la firme de sondage Pew Research, Trump obtient encore son plus grand appui des personnes religieuses blanches à deux ans des élections de 2020, soit 69 pour cent d’évangéliques, 48 pour cent de ceux des grandes traditions protestantes, et 44 pour cent de catholiques, comparativement au faible pourcentage de protestants noirs, à 12 pour cent, et de catholiques non blancs, à 26 pour cent.

Les commentaires racistes du président américain sur Twitter ces derniers jours contribueront davantage à la polarisation de cet électorat religieux aux États-Unis.

Opérer une transformation sociale

Mais qu’est-ce que la droite chrétienne?

C’est une coalition religieuse aux visées politiques qui est composée principalement d’évangéliques, de catholiques et protestants intégristes. Ils obtiennent aussi parfois l’appui des mormons et de certains groupes juifs fondamentalistes.

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La droite se fédère autour de causes communes telles que l’activisme anti-avortement. 

Cette coalition se fédère autour de causes communes telles que l’activisme anti-avortement, l’opposition aux droits des personnes LGBTQ et des cours d’éducation sexuelle, la promotion de la prière à l’école et de l’enseignement du créationnisme (ou du dessein intelligent), la lutte contre l’euthanasie, et la sauvegarde de la liberté religieuse. L’ordre du jour de la droite chrétienne se résume essentiellement à ceci : l’idée d’un nationalisme chrétien où l’établissement des « valeurs » judéo-chrétiennes est le fondement de la loi du pays.

Pour accomplir ses objectifs, la droite chrétienne adopte une stratégie que l’on appelle « dominioniste », où les chrétiens sont appelés à exercer le pouvoir et à dominer le monde, selon leur interprétation d’une citation du livre de la Genèse (1,26-28).

La représentation la plus commune de cette tactique est celle de la conquête des sept montagnes ou sphères de la culture (Seven Mountains Mandate ou Seven Moulders of Culture), en vue d’opérer la transformation sociale voulue.

Ils visent donc à « changer les mentalités » et la société en influençant les sphères de la religion, de l’éducation, de l’économie, de la politique, des arts, des médias et de la famille. Mais pourquoi vouloir « changer les mentalités » et transformer la société? C’est afin de réaliser l’établissement du Royaume de Dieu sur terre; c’est de vivre l’expérience de la prière du Notre Père : « Que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite sur LA TERRE comme au ciel » (Mathieu 6,10).

Des appuis à Andrew Sheer

Ce projet sociopolitique nécessite la mobilisation des gens appartenant à des groupes ralliés aux causes de la droite chrétienne. Par exemple, les groupes dominionistes de tendance charismatique réussissent une telle mobilisation en formant ce qu’ils appellent des « apôtres au travail »; des gens qui ont pour objectif de pénétrer les sept sphères de la culture en vue d’effectuer le changement escompté.

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«Cette coalition politico-religieuse « cherche à changer » les mentalités même au Canada.»

Alors que nous sommes à l’aube de l’élection fédérale au Canada, les groupes associés à la droite chrétienne cherchent aussi à « changer les mentalités » en s’introduisant progressivement dans les différentes « sphères de la culture » au pays.

Ils donneront vraisemblablement leurs appuis au parti d’Andrew Scheer, le candidat qui représente le mieux ses propres valeurs socio-conservatrices. En fait, Andrew Scheer est actuellement dans une meilleure posture que Stephen Harper, puisqu’il y a à ce jour six gouvernements provinciaux conservateurs ou de tendances conservatrices.

Même si Andrew Scheer dit ne pas vouloir ouvrir à nouveau le débat sur cette question, dit-il vrai? Nous le saurons peut-être dans un avenir rapproché. La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.