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15/11/2019 11:12 EST

La culture du régime m'a fait détester mon corps. L’alimentation intuitive m'a sauvée.

Écouter ce que mon corps veut, sans l'insulter, m’a ouvert à la possibilité de le percevoir autrement.

draganab via Getty Images

Je me souviens avoir replié le sac de chips vide pour le cacher derrière mon lit, espérant que ma mère ne le trouverait jamais. Quelques minutes plus tôt, j’avais discrètement descendu les escaliers, ouvert le placard de la cuisine et pris délicatement les chips, en prenant soin de ne pas laisser le paquet faire un seul bruit.

J’étais juste une enfant mais je croyais que je devais être accro à la nourriture. Sinon, pourquoi y penser constamment, pourquoi la cacher et la chérir? Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que mon comportement était tout à fait normal. Je n’étais pas dépendante à la nourriture - c’était ma relation avec la nourriture qui était désordonnée.

À l’âge de dix ans, je ne suivais peut-être pas encore de régime de manière chronique, mais j’avais appris toutes les règles de vie que suivent les personnes à la diète: les chips sont mauvaises et malsaines. Personne n’aime vraiment le manger, mais manger du brocoli, c’est bon. Ne mangez pas après 19h. Le chocolat est une récompense pour quand on se comporte bien. Avoir un corps plus petit vous rend désirable, sain et digne. Être gros est un échec personnel.

Quand j’ai grandi, ma famille était très pauvre - nous n’avions pas accès à une abondance de nourriture, surtout pas à la délicieuse variété qu’on m’avait dit de ne pas trop manger, de peur d’être étiquetée gourmande, ou pire, de devenir grosse - mais nous étions aussi de fidèles abonnés à la culture du régime, comme plusieurs, sinon la plupart des familles du pays.

Pour mon esprit naïf, mon corps plus gros que les autres était une preuve évidente que quelque chose n’allait vraiment pas chez moi. Il m’aura fallu des années pour désapprendre tous les messages inutiles de la culture du régime. J’ai suivi religieusement les régimes alimentaires, dont une fois où j’ai perdu tellement de poids que j’ai commencé à faire partie des fidèles lors de la réunion hebdomadaire du club de diète, donnant des conseils et des encouragements en fonction du chiffre sur la balance.

Lors des périodes où je réussissais à maigrir, je jubilais, jugeant ceux qui ne suivaient pas un régime comme étant fainéants et pas assez dévoués. Si seulement ils essayaient, ils pourraient être comme moi: mince et digne.

Même lorsque j’avais un corps plus mince, je ne me sentais toujours pas attirante ni aimable. Je n’étais toujours pas confiante et heureuse.

La triste vérité était que peu importait la volonté, le dévouement et le désespoir dont je disposais; il n’est pas possible de modifier de manière significative votre poids corporel pour 95 à 97% de la population, c’est le taux d’échec des régimes amaigrissants.

L’autre triste vérité est que même lorsque j’avais un corps plus mince, je ne me sentais toujours pas attirante ni aimable. Je n’étais toujours pas confiante et heureuse. Ma dignité réelle n’avait pas changé du tout. J’avais également découvert une tonne de nouvelles façons d’être désorganisée autour de la nourriture et finalement, j’ai repris mon poids (et même plus), comme c’est le cas pour les deux tiers des personnes à la diète.

Plus grosse que jamais, ressentant une profonde honte face à mon incapacité à contrôler mon corps, je me suis tournée vers Internet pour trouver une solution. Je pensais qu’il me fallait un autre nouveau régime dernier cri qui fonctionnerait réellement cette fois, mais heureusement, au lieu de tomber sur la nouvelle mode qui propose de ne manger que du céleri et de la poussière, je suis tombée sur quelque chose d’incroyable: l’alimentation intuitive.

Inventée par Elyse Resch et Evelyn Tribole dans les années 1990, l’alimentation intuitive enseigne aux personnes au régime de manière chronique à faire la paix avec la nourriture. Ce n’est que lorsque j’ai appris à manger intuitivement que j’ai réalisé à quel point notre perception de la consommation et de la taille de notre corps était problématique en tant que société.

La vérité est que nous pouvons nous faire confiance. Notre corps a juste besoin de savoir qu'il peut avoir tout ce qu'il veut

Pour moi, manger intuitivement, c’est comme de ne jamais avoir été dérangée par la culture du régime. Nous sommes tous naturellement des mangeurs intuitifs lorsque nous naissons, mais la société nous prive de cette capacité, nous apprenant plutôt à nous méfier et à régner dans nos régimes «incontrôlables».

Nous insultons et imposons des standards à nos corps alors que nous devrions les écouter, honorer ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin. Nos corps sont incroyablement intelligents et nous donneront l’information sur ce dont nous avons besoin - nous devons juste les laisser tranquilles.

La vérité est que nous pouvons nous faire confiance. Notre corps a juste besoin de savoir qu’il peut avoir tout ce qu’il veut et ce, en abondance, et que nous pouvons alors cesser d’avoir une fixation sur certains aliments.

Alors maintenant, je mange ce que je veux quand je veux. Lorsque les gens entendent ça, ils deviennent nerveux à cette idée, présumant que s’ils essaient, ils ne feront que manger tous les «mauvais» aliments pour toujours, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, deviendront vraiment gros, tomberont malades et mourront. 

En réalité, ça ne marche pas comme ça. Imaginez plutôt que votre aliment «méchant» préféré est le chocolat. Vous vous réveillez un matin et retrouvez vos armoires de cuisine remplies de chocolat: toutes les sortes, tous vos préférés et tous ceux que vous n’avez jamais essayés. Vous ouvrez le réfrigérateur et vous y trouverez également de délicieux gâteaux au chocolat, des mousses au chocolat, des viennoiseries au chocolat, des éclairs au chocolat. Vous faites tourner le robinet et vous obtenez une quantité infinie de lait au chocolat.

Et chaque fois que vous mangez du chocolat, il réapparaît comme par magie, l’offre ne diminue jamais. Vous mangez du chocolat pour le déjeuner, le dîner et le souper. En fait, si vous ne mangez pas de chocolat, on vous insulte et on vous dit de vous en tenir à votre régime au chocolat.

L’excitation disparaît bientôt et vous commencez à appréhender votre prochain repas. Vous remarquez que vous avez envie d’autres aliments, mais vous mangez du chocolat parce que c’est ce que vous devriez faire.

Vous feriez n’importe quoi pour une salade fraîche et croquante à ce stade, mais tout le monde vous dit que vous êtes une mauvaise personne si vous mangez des légumes, alors vous vous faufilez au bar à salade et obtenez un grand bol rempli de tomates, de carottes et de concombres interdits. Vous mangez vite, cachez les preuves et vous sentez coupable. Demain, vous ferez mieux et vous mangerez plus de chocolat pour compenser la rechute.

Ça peut sembler ridicule, mais c’est exactement ce que nous nous faisons à nous-mêmes en nous refusant certains aliments. Si seulement nous nous permettions des quantités illimitées de chocolat ET de salades ET de n’importe quel aliment du monde, peut-être que nous ne voudrions pas tant de «mauvais» aliments, que nous n’en rêverions pas, et que nous ne serions pas en train de fantasmer sur le moment où nous les retrouverions. C’est l’alimentation intuitive.

Je demande à mon corps: «Qu’est-ce que tu veux pour dîner aujourd’hui?» et il me dira peut-être qu’il faut du vert, ou peut-être un bol de soupe chaude. Je fais des choses maintenant que l’accro de la nourriture que j’étais n’aurait jamais cru possible, comme manger une bouchée de beigne et me sentir satisfaite et être contente de ne pas sentir le besoin de le finir. Ou peut-être que je finis le beigne parce que c’est vraiment bon. Mais je ne me réprimande pas après. 

Mon corps n’est pas une chose bête et indisciplinée après tout - il était là avec moi et me maintenait en vie malgré ma profonde haine envers lui.

Une alimentation intuitive a de nombreux autres effets secondaires positifs en plus d’améliorer votre relation avec la nourriture. Ça augmente votre estime de soi et votre satisfaction face à votre corps. Ça améliore votre santé globale et votre santé mentale. Pour n’en nommer que quelques-uns: une diminution de la pression artérielle, du cholestérol, des comportements alimentaires désordonnés, une amélioration de la satisfaction corporelle, une diminution de la dépression et une augmentation de l’estime de soi et et de l’activité physique.

Pour moi, ne plus avoir cette relation déséquilibrée avec la nourriture m’a ouvert à la possibilité de le percevoir autrement. Mon corps n’est pas une chose bête et indisciplinée après tout - il était là avec moi et me maintenait en vie malgré ma profonde haine envers lui. Même si je l’affamais et le punissais avec des routines d’exercices brutaux et dangereux, même lorsque je le faisais rentrer dans des vêtements qui me rendaient embarrassées par mes formes et que je ne pouvais supporter de le voir dans le miroir. Il était là, me gardant en vie.

Avoir une relation saine avec la nourriture m’a aidée à avoir une relation saine avec mon corps et je remercierai toujours l’alimentation intuitive de m’avoir guidée sur le chemin de l’acceptation de mon corps et de l’amour de soi.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.