DIVERTISSEMENT
20/09/2019 16:51 EDT

«Knock» au TNM: quand la médecine en prend pour son rhume

C’est Alexis Martin qui incarne le personnage sans scrupule du Dr Knock, et il y prend visiblement plaisir (comme tout le reste de la solide brochette d’acteurs, d’ailleurs).

Yves Renaud
Alexis Martin et Évelyne de la Chenelière dans «Knock ou le triomphe de la médecine», présenté au TNM

«Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent.» Voilà la réplique la plus célèbre du Dr Knock, prêt à inventer n’importe quel syndrome pour s’enrichir auprès de ses patients clients.

La pièce Knock ou le triomphe de la médecine, dont la plus récente mouture est présentée au TNM, a été écrite par le Français Jules Romain dans les années 1920, mais elle aurait pu être l’œuvre de Molière. C’est Alexis Martin qui incarne le personnage sans scrupule du Dr Knock, et il y prend visiblement plaisir (comme tout le reste de la solide brochette d’acteurs, d’ailleurs). Le comédien a d’ailleurs déjà confié qu’il rêvait depuis son enfance d’interpréter ce rôle, dont le grand acteur Louis Jouvet a été le premier à prendre les traits du personnage.

Le Dr Knock débarque dans le petit village de Saint-Maurice, pour reprendre la clientèle du Dr Parpalaid (Pierre Lebeau, très efficace). On pourrait y voir une sorte de Grande séduction... mais à l’envers.

Yves Renaud
Pierre Lebeau, Sylvie Moreau et Alexis Martin dans «Knock ou le triomphe de la médecine»

Le Dr Knock utilisera de nombreuses tactiques toutes plus épouvantables que les autres pour faire mousser son affaire et multiplier les visites de ses clients. Il s’associera au pharmacien (Didier Lucien, toujours aussi drôle), en lui promettant des profits faramineux, et à l’instructeur de la ville (méconnaissable Marie-Thérèse Fortin), pour faire connaître les dangers des bactéries à la population, et à l’hôtelière (encore Marie-Thérèse Fortin, un peu moins méconnaissable), qui transformera son commerce en clinique... Mais surtout, il inventera toutes sortes de maux à ceux qui viennent le consulter gratuitement (seulement la première fois!).

Cette pièce dénonce, vous l’aurez compris, le pouvoir que peuvent avoir les médecins sur leurs malades, le tout sur un ton humoristique. Même si l’oeuvre a été écrite il y a près de 100 ans, son propos reste assez actuel. On peut y voir, en 2019, une critique du statut de quasi-dieu qu’on accorde encore aux médecins... et même un clin d’oeil à la rémunération des médecins spécialistes, qui a souvent fait la une dans les derniers mois. 

Une mise en scène ingénieuse; un ton léger

Daniel Brière – collègue de longue date d’Alexis Martin, avec qui il est co-directeur du Nouveau théâtre expérimental (NTE) – signe une mise en scène inventive et amusante. Bien sûr, le budget du TNM, qu’on peut ressentir dans les décors impressionnants, les projections et les costumes flamboyants, aide à donner un lustre grandiose à cette création. Toutefois, presque toutes les scènes auraient gagné à être resserrées.

Malgré la réflexion que pourraient entraîner les propos de la pièce, le ton est assez léger. En ce sens, il vaudrait mieux vous attendre à un simple divertissement. Certes, les créateurs de cette nouvelle mouture ont voulu essayer d’aller un peu plus loin en apportant des nuances plus actuelles, dans une finale dont nous ne vous dévoilerons pas la nature... mais disons simplement que nous ne sommes pas convaincus de la pertinence de ce segment informatif, servant à ramener les pendules à l’heure.

Au final, Knock ou le triomphe de la médecine fait passer un bon moment, ponctué de nombreux éclats de rire, mais vous ne resterez pas empreints de cette oeuvre pendant longtemps – du moins, à notre humble avis. Le spectacle vaut tout de même le déplacement, ne serait-ce que pour les personnages plus grands que nature, les métamorphoses hilarantes de Marie-Thérèse Fortin et d’Évelyne de la Chenelière et le plaisir authentique et contagieux de toute cette belle bande... qui se sent même depuis le balcon.

Knock ou le triomphe de la médecine, de Jules Romain
Mise en scène: Daniel Brière

Jusqu’au 12 octobre au TNM

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