DIVERTISSEMENT
25/11/2019 00:48 EST

Le beau tourbillon de Khate Lessard

«Je suis stressée de la première fois où je vais me mettre la main entre les jambes, et où je vais sentir que ce n’est pas pareil...»

Instagram/khate.od_officiel

Si Khate Lessard n’a pas peur d’être emportée par le grand tourbillon dans lequel elle se trouve depuis quelques mois, c’est en grande partie parce qu’elle reste bien «accrochée» à sa famille, son amoureux et ses amis. Parce qu’elle se trouve aussi bien entourée par l’équipe des Productions J et sa capitaine Julie Snyder, qui l’accompagneront ce lundi dans la plus grande aventure de sa vie : l’ultime chirurgie menant à son changement de genre. Nous avons discuté avec elle de ce grand moment à venir, de son parcours à Occupation Double et de sa relation privilégiée avec Julie Snyder.   

Jamais seule malgré l’angoisse

Julie Snyder la décrit comme une fille ayant un «talent de communicatrice hors pair et un véritable charisme qui attire, avec qui toute l’équipe est tombée en amour». Voilà pourquoi elle l’a approchée pour lui offrir de devenir l’une des collaboratrices de son nouveau talk-show, La semaine des 4 Julie. En plus d’y livrer des chroniques et d’y faire des entrevues, Khate a accepté d’être suivie par l’équipe lors du jour de sa tant attendue chirurgie de vaginoplastie. 

«C’est arrivé comme une surprise, je ne m’attendais pas à ça, confie-t-elle. On m’a téléphoné pour me proposer ce projet et me dire que Julie voulait collaborer avec moi et me suivre dans mon opération. Je leur ai dit que j’étais totalement partante, mais que j’avais aussi mes limites, parce que c’est tellement confidentiel et intime comme moment. Je pense qu’il y a moyen de le faire pour que ça passe bien et que ce soit fait d’une façon où je serai à l’aise.»

Celle qui se décrit comme très transparente dans la vie de tous les jours avoue que l’idée de cette opération qui approche à grands pas commence à l’angoisser.

«Mais cette opération-là me fait freaker, dit celle qui a commencé à monter son dossier de vaginoplastie il y a plus d’un an. Mais l’équipe des Productions J sont tellement nice, ils ont gagné ma confiance tout de suite. Par contre, je ne sais pas comment je vais être à mon réveil et ça me stresse. Je suis stressée de la première fois où je vais me mettre la main entre les jambes et où je vais sentir que ce n’est pas pareil. Je vais être contente, mais je ne sais pas comment je vais réagir. C’est l’inconnu.»

La journée de l’opération donc,, l’équipe des Productions J se rendra chez elle afin de la suivre jusqu’à la clinique. Ses parents seront venus de l’Abitibi, sa sœur de Québec, son amoureux y sera aussi, ainsi que Julie Snyder. L’animatrice l’accompagnera jusque dans la salle d’opération, puis la retrouvera à son réveil.  

«C’est tellement une grosse décision, et comme ce sont les derniers moments, on dirait que j’ai plein de remises en question, admet-elle. Mais je crois que c’est normal et je sais que je veux le faire, mais j’ai quand même de petites remises en question. Mais quand ça va être fait, je vais être contente.»

Pour en arriver là, Khate explique qu’il a fallu plusieurs années et un grand travail psychologique, elle pour qui la vaginoplastie n’était jadis même pas une option.  

«Mais plus le temps avançait, plus je voyais que mon corps changeait, plus psychologiquement je voyais que ça fittait de faire l’opération, ajoute-t-elle. Avec le temps, j’ai décidé de le faire.»

Elle se dit rassurée de savoir qu’il y aura des gens autour d’elle, remettant son stress sur son rapport à elle-même et comment, «elle, toute seule», réagira à ce qu’elle s’apprête à vivre.  

Une inspiration

Elle est la première personne trans à avoir participé à une émission de téléréalité québécoise, ce qui n’est pas rien et ce qu’elle attribue autant à son audace qu’à celle de la production. Si elle comprend mieux aujourd’hui pourquoi on la décrit comme une personne inspirante, c’est grâce à son entourage, qui lui a expliqué que tout était dans le message venant avec son histoire. 

«Ça m’a pris du temps à comprendre, car au début, dans ma tête je me disais : ″J’ai passé une semaine dans une maison en Afrique du Sud, je n’ai pas fait de show, je suis restée moi-même et là je reviens et c’est le déluge, il se passe mille et une chose″. On m’a expliqué que ce n’était pas tant moi, mais le message que j’amène et que je partage qui a autant fait réagir. D’ailleurs, si ç’a fait autant boule de neige, c’est qu’il était grand temps que ça sorte!»

Khate explique se trouver infiniment chanceuse d’avoir cette visibilité, ajoutant au passage qu’il y a tellement d’autres personnes trans qui auraient pu faire ce qu’elle a fait. Elle se dit aussi consciente de son talent et du fait de posséder le bagage nécessaire pour aller loin dans cette aventure.

«J’ai travaillé fort, dit-elle. J’ai travaillé très, très, fort et j’ai connu beaucoup d’embûches avant de me rendre où je suis aujourd’hui. Je suis vraiment partie de rien et j’ai fait un très grand travail psychologique sur moi pour y arriver. Je suis fière de moi et je suis contente que Julie Snyder voie que j’ai autant travaillé pour en arriver là. Julie et moi, on est dans la même vibe depuis la première fois où je l’ai vue. Je la feel comme ma petite matante Julie. C’est comme familial, on s’entend super bien!»

De ses nombreux projets à venir, celle qui se dit fière d’être restée elle-même lors de l’aventure OD ne peut rien dire, sauf qu’il y aura «même des choses qu’on ne pouvait point imaginer.»

«À OD, j’ai joué la bonne carte, dit-elle. Je suis contente d’être restée moi-même, j’aurais pu jouer une game. En fait, dans la situation où je me trouvais, c’était préférable de rester moi-même. On peut dire que ç’a changé ma vie.»

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