POLITIQUE
21/07/2020 18:45 EDT

«Rien n'indique» que Trudeau a discuté du contrat avec UNIS, selon le greffier

M. Shugart a été interrogé au sujet des fonctionnaires chargés de l’attribution de ce contrat avant que le cabinet ne décide de confier à UNIS la gestion du nouveau programme de 900 millions $.

Justin Tang/La Presse canadienne via AP
Le premier ministre Justin Trudeau. (photo d'archives)

OTTAWA — «Rien n’indique» que le premier ministre Justin Trudeau s’est entretenu avec les dirigeants d’UNIS avant que cet organisme caritatif n’obtienne le contrat, sans appel d’offres, afin d’administrer le nouveau programme de bourses d’études pour activités bénévoles durant la pandémie, a soutenu mardi le plus haut fonctionnaire du gouvernement.

Ian Shugart, greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet, témoignait mardi matin devant le Comité des finances de la Chambre des communes, qui enquête sur le contrat conclu entre le gouvernement libéral et l’organisme UNIS («WE Charity», en anglais), avec lequel le premier ministre entretient des liens étroits. Sa mère et son frère ont aussi été payés pour faire des apparitions publiques lors d’activités d’UNIS.

M. Shugart a été interrogé au sujet des fonctionnaires chargés de l’attribution de ce contrat avant que le cabinet ne décide de confier à UNIS la gestion du nouveau programme de 900 millions $. Les membres du comité voulaient notamment savoir si quelqu’un, dans la haute fonction publique, avait soulevé des préoccupations sur les finances d’UNIS, que des députés de l’opposition qualifient de préoccupantes.

Le plus haut fonctionnaire du gouvernement a déclaré au comité que le premier ministre avait été informé de l’élaboration du programme, mais il a soutenu que M. Trudeau n’avait eu aucun contact avec l’organisme. «Il n’y a absolument aucune preuve, aucune suggestion dans quoi que ce soit que j’ai examiné qui suggérerait que le premier ministre ait eu une quelconque interaction avec UNIS concernant ce programme», a assuré M. Shugart. «Absolument aucune»

Le contrat, maintenant annulé, aurait pu rapporter à l’organisme à but non lucratif jusqu’à 43,5 millions $.

L’opposition souhaite que M. Trudeau comparaisse devant le même comité, mais lors de la période de questions aux Communes, mardi, il n’a pas voulu préciser s’il accepterait l’invitation.

EN VIDÉO: la période des questions

Corruption «grossière et dégoûtante»

Le premier ministre et certains de ses ministres ont par ailleurs été bombardés de questions sur cette affaire, mardi après-midi aux Communes. Le chef conservateur, Andrew Scheer, a notamment accusé M. Trudeau d’utiliser la pandémie comme excuse pour une manoeuvre de corruption «grossière et dégoûtante».

Au début de la pandémie, les libéraux ont cherché à se donner de vastes pouvoirs de dépenser, sans trop devoir rendre des comptes au Parlement. Ils ont reculé là-dessus depuis, mais M. Scheer a soutenu mardi que les Canadiens savent maintenant pourquoi. «Ils ont voulu s’arrêter et prendre le temps de récompenser leurs amis: c’est l’essence même de ce Parti libéral, dirigé par ce premier ministre libéral. Je n’ai même pas de question: c’est simplement dégoûtant», a laissé tomber M. Scheer.

En réponse à des questions directes sur UNIS, M. Trudeau a réitéré qu’il regrettait de ne pas s’être retiré des délibérations. Mais il a répété que le Cabinet avait suivi les recommandations de hauts fonctionnaires non partisans, pour qui «l’organisme UNIS était le seul à pouvoir offrir cet été un programme aussi ambitieux».

«J’aurais dû me récuser à cause du lien avec (...) ma famille, mais cela n’enlève rien au fait que la fonction publique a recommandé cet organisme», a-t-il répété.

Une chronologie de l’affaire

Le témoignage de M. Shugart a par ailleurs fourni plus de détails sur la chronologie de toute cette affaire.

L’organisme UNIS avait envoyé une proposition non sollicitée à la ministre de la Jeunesse, Bardish Chagger, et à la ministre de la Petite Entreprise, Mary Ng, au début du mois d’avril, pour un programme visant à aider les jeunes à devenir entrepreneurs, qui devait coûter entre 6 et 14 millions $.

Or, le gouvernement fédéral songeait déjà à des moyens d’aider les étudiants incapables de travailler cet été en raison de la pandémie, avec l’intention d’annoncer quelque chose d’ici la mi-mai. La participation éventuelle d’UNIS a été soulevée lors de conversations entre le ministère des Finances et celui d’Emploi et Développement social, qui supervise les programmes destinés aux étudiants.

Rachel Wernick, une haute fonctionnaire d’Emploi et Développement, a appelé le cofondateur d’UNIS Craig Kielburger, le 19 avril, date à laquelle elle aurait appris l’existence de la proposition originale. Selon M. Shugart, c’est aussi là que le Bureau du Conseil privé a été mis au courant.

Trois jours plus tard, le 22 avril, M. Trudeau a annoncé un bouquet d’aide financière aux étudiants, de 9 milliards $, qui évoquait déjà les grandes lignes d’un programme de bourse aux étudiants bénévoles. Le même jour, Craig Kielburger a envoyé à Mme Wernick une proposition mise à jour, qui reflétait l’annonce de M. Trudeau. La décision a finalement été prise de confier le programme à UNIS.

M. Shugart a assuré mardi que le Bureau du Conseil privé avait soulevé la possibilité d’un appel d’offres et des ministres ont demandé si UNIS pouvait assumer ce mandat. Selon lui, tous ont ensuite conclu que cette solution était la bonne.

À la suite de la controverse, l’organisme a remis les rênes du programme aux fonctionnaires du gouvernement, au début de juillet. M. Shugart a déclaré mardi que le programme serait tout de même déployé, mais qu’il offrirait beaucoup moins de soutien aux étudiants.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, doit lui aussi comparaître devant le comité mercredi après-midi.

Trudeau «devrait se tasser»

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet a encore demandé mardi à M. Trudeau de se retirer «momentanément», le temps que toute la lumière soit faite.

«Je réitère la suggestion du Bloc québécois - afin que le gouvernement canadien continue de bien fonctionner: que le premier ministre Trudeau se tasse, momentanément, et laisse les rênes de l’État à la vice-première ministre (Chrystia Freeland), dont c’est, le cas échéant, une des tâches», a-t-il répété mardi matin.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a déploré que «ce scandale remette en question la confiance dans le gouvernement», dont les Canadiens ont bien besoin en cette période d’incertitude économique et sanitaire. M. Singh demande aussi à M. Trudeau de déroger à la confidentialité des délibérations au Cabinet et de déposer tous les documents qui concernent ce contrat.

Avis: l’ancien propriétaire de HuffPost, AOL, a commandité et participé aux événements de charité WE et aux voyages de bénévolat de Free The Children.

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