POLITIQUE
18/02/2020 06:46 EST

Justin Trudeau sous pression

Énergie, environnement et questions autochtones: le premier ministre fait face à des problèmes qui sont politiquement explosifs.

Sean Kilpatrick/La Presse canadienne
Les dossiers ne manquent pas sur le bureau de Justin Trudeau alors que les travaux parlementaires reprendront mardi. (photo d'archives)

OTTAWA — Les exigences concurrentes de la mise en valeur des ressources naturelles, de la protection de l’environnement et de la réconciliation avec les Autochtones semblent sur le point d’une collision frontale à la reprise des travaux au Parlement fédéral, mardi — avec en son centre le gouvernement minoritaire du premier ministre Justin Trudeau.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) demande au président de la Chambre des communes, Anthony Rota, un débat d’urgence sur les manifestations qui ont paralysé des pans du réseau ferroviaire du pays et interrompu la circulation sur des autoroutes et des ponts depuis plus d’une semaine.

Ces gestes de perturbation visent à appuyer les chefs héréditaires Wet’suwet’en qui s’opposent à un projet de gazoduc qui traverse le territoire de la Première Nation dans le nord de la Colombie-Britannique.

M. Trudeau fait face à un blocage d’une autre nature — de la part de ses propres députés libéraux d’arrière-ban — sur un autre projet énergétique.

Plusieurs députés libéraux font ouvertement campagne contre l’approbation du projet de mine de sables bitumineux Frontier de Teck Resources, en Alberta, qu’ils considèrent comme contraire à l’engagement de M. Trudeau de lutter contre les changements climatiques.

Le Cabinet doit décider d’ici la fin du mois s’il doit approuver le projet et risquer la colère de députés libéraux et d’électeurs préoccupés par les changements climatiques, ou y mettre un terme et risquer d’amener «l’aliénation de l’Ouest à un point d’ébullition», comme l’a dit le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney.

Ces deux problèmes sont politiquement explosifs, mais la combinaison crée une sorte de tempête parfaite pour la fragile minorité du gouvernement Trudeau.

Le leader du NPD à la Chambre, Peter Julian, a écrit à M. Rota lundi pour demander un débat d’urgence sur les blocages de voies ferrées en soutien aux opposants au gazoduc en Colombie-Britannique.

«Le refus du premier ministre de prendre des mesures plus substantielles et en temps opportun a fait monter les tensions, exercé une pression considérable sur l’économie canadienne et menacé des emplois partout au pays», a écrit M. Julian.

«Il a dit qu’aucune relation n’est aussi importante pour lui que la relation du Canada avec les peuples autochtones, mais ces paroles doivent être étayées par des actions», a-t-il ajouté, appelant à «une résolution rapide et juste».

M. Trudeau, qui était à l’étranger la semaine dernière pour essayer d’obtenir des appuis à la candidature du Canada pour un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, a tenté lundi avec certains de ses ministres de trouver un moyen de mettre fin aux gestes de perturbation rapidement et pacifiquement. Il a déclaré que les gouvernements n’ordonnaient pas à la police de chasser les manifestants, mais il n’était pas clair lundi quelles autres mesures le gouvernement pourrait prendre pour mettre fin à l’impasse.

Les conservateurs, qui ont appelé à l’application par la police des injonctions judiciaires contre les manifestations, ont une journée d’opposition jeudi et pourraient profiter de cette occasion pour faire pression sur le gouvernement si le problème n’est pas résolu d’ici là.

Ils pourraient également faire pression sur le gouvernement pour qu’il approuve le projet de sables bitumineux Frontier. Les députés conservateurs ont fait écho à l’affirmation de M. Kenney selon laquelle le projet créerait des milliers d’emplois et renforcerait la situation économique difficile de l’Alberta et que le rejet serait un coup porté à l’unité nationale.

Mais de nombreux députés libéraux rejettent ces arguments.

Le député de Toronto, John McKay, affirme que les membres du caucus libéral sont «sacrément proches» de l’unanimité dans leur opposition à la mine Teck.

«Je suppose que (M. Trudeau) n’ira pas à l’encontre des vues du caucus», a-t-il affirmé, ajoutant qu’il sympathisait avec le premier ministre sur le fait qu’il doive prendre une décision «perdant-perdant».

Certains ne sont pas convaincus que le projet sera construit un jour, soulignant l’admission du chef de la direction de Teck, Don Lindsay, que le projet se concrétisera seulement si les prix du pétrole augmentent considérablement et que la société obtient des partenaires en coentreprise.

Ils rejettent aussi la vision de M. Kenney selon laquelle ce projet serait l’unique sauveur de l’économie de l’Alberta. Ils notent qu’il y a une vingtaine d’autres projets de sables bitumineux qui ont déjà une approbation, mais qui sont sur la glace parce qu’ils ne sont pas économiquement viables compte tenu des bas prix mondiaux du pétrole.

L’économiste spécialisé en environnement de l’Université de l’Alberta, Andrew Leach, affirme que certains de ces autres projets pourraient être viables à des prix du pétrole bien inférieurs que les attentes pour Teck, mais qu’ils sont suspendus en raison des limites de production imposées par le gouvernement de l’Alberta.

«Il est plus facile pour le premier ministre Kenney de dire que cela ne se produit pas à cause du processus de réglementation fédéral que pour lui de dire... que le gouvernement provincial n’a pas donné l’approbation définitive ou, de façon plus générale, que cela ne se produit pas en raison de circonstances économiques qui échappent en quelque sorte à son contrôle», a déclaré M. Leach.

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