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07/10/2019 12:04 EDT | Actualisé 07/10/2019 12:04 EDT

Le jour où j'ai accepté l’invitation d’un homme qui avait vingt ans de moins que moi

Je n’apprécie pas et je ne me reconnais pas dans le terme «cougar» mais j’aime l'esprit et l'attitude qu'il représente.

CourtoisieBeverly Willett
L’autrice, Beverly Willett.

“Tu es une vraie cougar, dis donc!” s’est exclamée une amie lorsque je lui ai raconté mon rendez-vous amoureux avec un homme assez jeune pour être mon fils. Elle plaisantait, bien sûr, mais l’utilisation de ce terme péjoratif désignant les femmes qui font ce que les hommes sont encouragés à faire depuis longtemps m’agace profondément.

J’ai vécu un divorce horrible après vingt ans de mariage. Quand j’ai été à nouveau prête à faire des rencontres, j’ai constaté que les hommes libres de mon âge (la cinquantaine) ne couraient pas les rues.

Les chants nuptiaux entonnés par les hommes rencontrés par amis interposés n’avaient rien de romantique: ils me proposaient de me cuisiner un plat de pâtes chez eux ou d’apporter une bouteille de vin chez moi. Sans parler du riche propriétaire d’un yacht qui, après m’avoir invitée au restaurant, m’a fait promettre de lui préparer à dîner – et de faire beaucoup plus – le lendemain soir.

Les hommes rencontrés sur des sites étaient pires. Certains mentaient effrontément sur leur situation amoureuse ou prétendaient ne pas avoir d’enfants. La plupart cherchaient des femmes beaucoup plus jeunes que moi et je me souviendrai du misogyne qui, dès que nous avons commandé un verre, a commencé à tenir des propos orduriers à l’égard de sa supérieure hiérarchique.

Je voulais un hétéro, gentil et généreux. Était-ce trop demander?

C’est à ce moment-là qu’un jeune pilote, que je prénommerai Ahmed, est entré en scène à l’aéroport de Dulles, à Washington. Notre vol à destination de Savannah, en Géorgie, était retardé, et lorsque je suis allée m’informer au comptoir, Ahmed – un grand brun ténébreux – s’est approché de moi et m’a demandé ce qu’on m’avait dit.

“Incident technique”, ai-je répondu.

“Mon alerte parlait d’un problème météo”, m’a-t-il dit en me montrant le message de la compagnie aérienne.

“Alors, ils ont menti”, ai-je ajouté.

Ahmed m’a souri et nous avons regagné nos places. Il avait peut-être 30 ans. En tout cas, beaucoup plus proche, en âge, de mes filles de 20 ans que de moi.

C’était le soir, j’avais passé toute une journée en famille avant de faire deux heures de route, sous une pluie battante et dans une circulation dense, jusqu’à l’aéroport. Je n’avais pas eu le temps de me laver les cheveux ni de me maquiller et je portais des leggings et une tunique informe. La tenue que je portais depuis deux ans (quand j’avais pris dix kilos). Je me sentais affreuse.

Ahmed, en revanche, avait clairement l’air athlétique sous son jean et son t-shirt serrés, et il était frais comme un gardon malgré les différents avions qu’il dit avoir pris ce jour-là. J’ai essayé de ne pas fixer ses bras musclés et de ne pas penser à la graisse qui enrobait les miens. Et puis je l’ai vu approuver de la tête lorsqu’il a remarqué le tatouage sur mon épaule.

“Vous habitez à Savannah?”, lui ai-je demandé pour faire diversion.

“Non, dit-il. “Je viens d’Arabie Saoudite.”

Il rejoignait une ville proche de Savannah pour son entraînement de vol annuel. Je lui ai dit que je venais de rendre visite à ma mère.

Juste avant l’embarquement, il m’a dit qu’il aimerait beaucoup m’emmener dîner au restaurant Olde Pink House. Sa proposition m’a surprise mais j’ai accepté.

Compte tenu de mon expérience désastreuse avec des hommes qui auraient dû mieux connaître les femmes, et mieux se comporter, quelles étaient les chances pour qu'un jeune de la génération habituée aux coups d’un soir me rappelle?

Nous avons échangé nos numéros, même si je ne croyais pas vraiment à cette invitation dans l’un des restaurants les plus chers et les plus romantiques de Savannah, par un homme de vingt ans mon cadet, beau comme un dieu. Compte tenu de mon expérience désastreuse avec des hommes qui auraient dû mieux connaître les femmes, et mieux se comporter, quelles étaient les chances pour qu’un jeune de la génération habituée aux coups d’un soir me rappelle?

Je trouvais cela d’ailleurs bizarre qu’il m’ait proposé de passer par la case dîner. Je pensais que les jeunes de son âge faisaient l’impasse sur les rendez-vous amoureux, commençaient la soirée par le sexe et finissaient, dans quelques cas, pas cohabiter. Mais, même si le divorce m’avait dévastée, je croyais toujours à l’amour et au jeu de la séduction. Alors je me suis dit: pourquoi pas?

Nous avons embarqué et nous sommes dirigés vers nos sièges, situés aux extrémités opposées de l’avion. Après l’atterrissage, je me suis rendu compte de ce que j’avais fait et je me suis précipitée vers ma voiture.

Qu’est-ce qui m’avait prise de lui donner mon numéro? Vu mon âge et mon look débraillé, il n’allait jamais appeler. Pourquoi continuer à me bercer d’illusions alors qu’à chaque fois cela finissait mal? Pourtant, plus tard dans la nuit, il m’a envoyé un texto pour savoir si j’étais bien rentrée.

Bien décidée à ne pas céder aux fantasmes, j’ai sauté dans ma voiture le lendemain matin et suivi mon programme, c’est-à-dire assister à une retraite silencieuse hors de la ville.

À mon retour, j’ai trouvé ce message sur mon portable: “J’espère que tout va bien. J’attends ton retour pour qu’on puisse se voir.”

Il m’a aussi demandé une photo de moi (houlà!) et m’a envoyé plusieurs photos de lui que j’ai fait défiler lentement, de peur de tomber sur quelque chose de déplacé. Fort heureusement, il n’était pas adepte du sexting.

Ahmed a proposé une date pour notre dîner. Ce soir-là, nous avons longuement parlé au téléphone, chose que je croyais désuète, encore plus chez les jeunes.

“Quand tu m’as dit que tu étais allée voir l’hôtesse à la porte d’embarquement, je me suis dit: ‘Cette femme a des principes, et j’aime ça chez une femme.’”

Je me considère comme une femme forte et dynamique qui refuse d’accepter les mensonges d’une employée d’une compagnie aérienne, d’un rencard potentiel ou de toute autre personne. Il a donc immédiatement marqué des points pour la rapidité avec laquelle il l’avait compris. 

Deux jours plus tard, nous nous sommes retrouvés en début de soirée au Olde Pink House. Ahmed avait réservé une table et m’a demandé si cela ne me dérangeait pas de repousser l’heure de notre rendez-vous afin qu’il ait le temps de prendre une douche après le travail. J’ai trouvé cela tellement mignon qu’il se donne du mal pour faire bonne impression que je me suis dit que je devais faire pareil. J’ai donc passé plusieurs heures à me coiffer, me maquiller et choisir la robe et les boucles d’oreilles adéquates.

Il est arrivé au restaurant à l’heure convenue. Il a passé sa main douce sur la mienne tandis que nous suivions le serveur jusqu’à notre table, il est resté debout pendant que celui-ci tirait ma chaise, et il s’est assis après moi.

Le serveur est venu plusieurs fois pour prendre nos commandes, mais nous étions tellement absorbés par notre conversation que nous avions oublié de consulter le menu.

Même si le divorce m'avait dévastée, je croyais toujours à l'amour et au jeu de la séduction. Alors je me suis dit: pourquoi pas?

Nous avons parlé de nos métiers, de ce que j’écris et de sa carrière de pilote-médecin chargé d’emmener des patients aux quatre coins du monde dans des hôpitaux spécialisés.

Il m’a dit qu’il avait 36 ​​ans. Je ne lui ai pas donné mon âge, mais il était clair qu’il y avait un grand écart entre nous. De toute évidence, il s’en moquait. Il voyageait souvent et m’a raconté plusieurs aventures qu’il avait eu avec des femmes “immatures” qui l’avaient dragué. Il disait les trouver ennuyeuses.

Nous étions tous deux divorcés avec des enfants. Je lui ai parlé de ma mère vieillissante et il m’a parlé de la sienne. Il a ajouté qu’il avait récemment emménagé avec elle, après la mort de son père et de son frère. Il sentait qu’elle avait besoin de son aide et de son soutien affectif et parlait d’elle avec beaucoup de respect, comme jamais je n’avais entendu un homme parler d’une femme, à l’exception peut-être de feus mon père et mon grand-père.

“Le restaurant va bientôt fermer.” Ce sont les mots que nous avons entendus quelques heures plus tard. La salle s’était vidée sans que l’on s’en aperçoive.

J’ai remercié Ahmed, qui avait dégainé sa carte de crédit si rapidement que l’addition n’avait même pas eu la chance d’atterrir sur la table.

“C’est normal”, m’a-t-il répondu d’un air étonné.

Avec un homme de mon âge, je me sens toujours gênée lorsque l’addition arrive. Dans ce monde de rencontres entre divorcés, je ne suis jamais sûre de ce que je suis censée faire. Compte tenu des combats gagnés par les femmes et de l’époque dans laquelle nous vivons, une partie de moi a envie d’attraper l’addition et de proposer que chacun paie sa part, tandis que l’autre a envie de ne pas bouger et d’arrêter de chercher des justifications au fait de le laisser payer.

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Pour être claire, je n’ai pas besoin qu’un homme prenne soin de moi, mais j’avoue avoir un faible pour la romance à l’ancienne et les hommes qui prennent l’initiative.

Une fois dehors, Ahmed et moi nous sommes assis sur un banc et nous nous sommes embrassés.

Un peu avant minuit, il a pris ma main et m’a accompagnée jusqu’à ma voiture. Je suis rentrée chez moi, abasourdie par le rêve que je venais de vivre.

Le lendemain, nous avons parlé, par textos, de cette soirée “merveilleuse” que nous avions passée ensemble.

Je ne m’attendais pas à ce qu’un homme plus jeune que moi se comporte aussi bien quand tant d’hommes de mon âge — presque tous, à vrai dire —, y compris mon mari, avaient été si décevants.

Mon divorce avait fait de l’avocate, mère de deux enfants, forte et sûre d’elle que j’étais une femme envahie par la peur et le doute. Pendant des années, j’ai été incapable de fixer mon reflet dans le miroir lorsque je me maquillais, tant je ne m’aimais plus.

J’avais vieilli. Mes enfants avaient grandi. Suite à mon divorce, j’ai vidé la maison de Brooklyn que je ne pouvais plus me permettre de garder. Au milieu des cartons et après l’ouragan que je venais de traverser, je me suis étonnée de découvrir la femme que j’avais été, celle que ses amis avaient exhortée à retrouver.

J’avais passé tant d’années écrasée par l’opinion que mon ex-mari avait de moi que j’avais mis de côté l’opinion que j’avais de moi-même. Cette rencontre avec un jeune pilote m’offrait une chance supplémentaire de me voir telle que j’étais: une femme attirante, intéressante et digne de passer du temps avec lui.

J’avais passé tant d’années écrasée par l’opinion que mon ex-mari avait de moi que j’avais mis de côté l’opinion que j’avais de moi-même. Cette rencontre avec un jeune pilote m’offrait une chance supplémentaire de me voir telle que j’étais.

Quelques jours après notre dîner, Ahmed est reparti chez lui. Je ne l’ai jamais revu, je n’ai plus jamais entendu parler de lui, et je le vis très bien. Je savais, lors de cette soirée magique, que cette rencontre avec un homme de vingt ans de moins que moi qui vivait à l’autre bout du monde ne mènerait probablement nulle part. Mais cela n’enlève rien à ce que nous avons vécu ensemble. Je ne sais pas si Ahmed en a conscience, mais il m’a fait un cadeau merveilleux: il m’a aidé à comprendre que je méritais d’être aimée.

Aujourd’hui, j’accepte peu de rendez-vous romantiques. J’ai fermé mes comptes sur les sites de rencontres. Je croise rarement des hommes de mon âge qui remplissent les conditions requises et méritent que je leur accorde mon temps et mon énergie. Je me suis aussi rendu compte que je n’avais pas besoin d’un homme pour être heureuse. Néanmoins, je reste ouverte à la possibilité d’une relation à long terme si ce quelqu’un – peu importe son âge – ressemble à Ahmed (sans vivre à des milliers de kilomètres).

Je n’apprécie pas et je ne me reconnais pas dans le terme “cougar” mais j’aime l’esprit et l’attitude qu’il représente. Dans un monde où l’on dit aux femmes qu’elles sont fanées après un certain âge (qui semble de plus en plus tôt), il est important de valoriser ce que nous sommes et ce que nous avons à offrir. Il est important que nous soyons appréciées des hommes avec qui nous choisissons d’être, quel que soit notre âge ou la personne qui nous invite à dîner.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Karine Degliame-O’Keeffe pour Fast ForWord pour HuffPost France.

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