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12/11/2020 14:58 EST | Actualisé 12/11/2020 14:58 EST

Renseignements: Trump ne suit pas l'exemple de Clinton

M. Trump n’a pas autorisé le président élu Joe Biden à jeter un oeil sur le dossier des renseignements les plus délicats du pays.

Demetrius Freeman/The Washington Post via Getty Images
Joe Biden a tenté de minimiser l’importance de l’accès à ces documents pour le moment.

WASHINGTON — La course présidentielle était dans les limbes en 2000 lorsque le président sortant Bill Clinton a décidé de laisser George W. Bush lire le résumé quotidien ultrasecret des renseignements les plus délicats du pays.

M. Clinton était un démocrate et son vice-président, Al Gore, se présentait contre M. Bush, un républicain. M. Gore lisait ces documents depuis huit ans, et le président Clinton a décidé d’ouvrir les livres à M. Bush au cas où il gagnerait — ce qui est arrivé.

Le président Donald Trump n’a pas suivi l’exemple de Bill Clinton. Alors qu’il conteste les résultats des récentes élections, M. Trump n’a pas autorisé le président élu Joe Biden à jeter un oeil le dossier.

Les experts en sécurité nationale et en renseignement espèrent que le président Trump changera d’avis, invoquant la nécessité pour un nouveau président d’être pleinement préparé à affronter tous les problèmes de sécurité nationale dès le premier jour.

«Nos adversaires n’attendent pas que la transition ait lieu», a souligné l’ancien représentant républicain du Michigan, Mike Rogers, qui était président du Comité du renseignement de la Chambre.

«Joe Biden devrait recevoir le bulletin quotidien du président dès aujourd’hui. Il doit savoir quelles sont les dernières menaces et commencer à planifier en conséquence. Ce n’est pas une question de politique; c’est une question de sécurité nationale.»

Les adversaires américains peuvent profiter de la situation pendant la transition présidentielle américaine et les principales questions étrangères pèseront sur Joe Biden au moment où il entrera dans le bureau ovale.

Plusieurs dossiers à suivre

Parmi eux: à moins que Donald Trump ne prolonge ou ne négocie un nouvel accord sur les armes nucléaires avec la Russie avant le Jour d’investiture, Joe Biden n’aura que 16 jours pour agir avant l’expiration du dernier traité qui régit les deux plus grands arsenaux nucléaires du monde. Peut-être que les espions américains ont relevé des informations sur les lignes rouges des Russes dans les négociations, ou sur les armes qu’ils veulent vraiment exclure du traité.

C’est le type d’informations qui pourraient figurer dans le «President Daily Brief» (PDB), un résumé quotidien d’informations classifiées de haut niveau et d’analyses sur les questions de sécurité nationale qui sont proposés aux présidents depuis 1946. Il est coordonné et diffusé par le Bureau du directeur du renseignement national, avec la contribution de la CIA et d’autres agences. Il est adapté à chaque président, selon ses préférences: des mémoires oraux ou écrits ou les deux, de courts résumés ou de longs rapports sur papier ou par voie électronique.

Avoir accès au PDB pourrait également aider M. Biden à élaborer une réponse possible à la Corée du Nord, qui a l’habitude d’effectuer des tirs de missiles ou des essais nucléaires  peu de temps avant ou après l’entrée en fonction de nouveaux présidents.

Joe Biden a des décennies d’expérience dans les affaires étrangères et la sécurité nationale, mais il n’est probablement pas au courant des derniers détails sur le retour à l’enrichissement de l’uranium en Iran ou sur les opérations de cyberattaques actives de la Russie, de la Chine et de l’Iran. La répression de la Chine contre Hong Kong s’intensifie. Et la menace des extrémistes islamiques, bien que maîtrisée, demeure.

«Utile, mais pas nécessaire»

Le président désigné a tenté de minimiser l’importance de l’accès à ces documents pour le moment.

«De toute évidence, le PDB serait utile, mais ce n’est pas nécessaire. Je ne suis pas le président en exercice maintenant», a expliqué M. Biden, mardi.

Il n’a pas répondu lorsqu’il s’est fait demander s’il avait tenté de contacter M. Trump pour lui parler entre autres de cet enjeu.

«Monsieur le président, j’ai hâte de parler avec vous», a-t-il simplement dit.

On lui a également demandé s’il devrait avoir accès à ces documents dès que possible si Donald Trump ne concédait pas sa défaite.

«L’accès aux informations classifiées est utile. Mais, de toute façon, je ne suis pas en mesure de prendre des décisions sur ces questions, a-t-il soutenu. Comme je l’ai dit, un président à la fois. Il sera président jusqu’au 20 janvier. Ce serait bien de l’avoir, mais ce n’est pas essentiel.»

M. Biden connaît le PDB, l’ayant lu pendant ses huit années en tant que vice-président. Mais les menaces changent constamment et à l’approche du Jour d’investiture, la nécessité de consulter ces documents deviendra de plus en plus cruciale.

Le sénateur républicain de l’Oklahoma James Lankford a prédit que cette question sera réglée bientôt.

«J’ai déjà commencé à m’impliquer sur le sujet (...) Et si cela ne se produit pas d’ici vendredi, j’interviendrai, je ferai pression et je dirai que cela doit se faire afin que, quel que soit le résultat de l’élection, quelle que soit la manière dont cela se déroule, les gens puissent être prêts pour cette tâche réelle», a déclaré M. Lankford à la station de radio locale KRMG, mercredi.

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Il a déclaré que la vice-présidente élue Kamala Harris devrait également recevoir les informations, ce qui ne devrait pas poser problème car elle a déjà des autorisations de sécurité en tant que membre du Comité du renseignement du Sénat.

Des coûts à une transition lente

Alors que l’équipe de George W. Bush avait accès au dossier de renseignements en 2000, un recomptage des élections a retardé son accès aux agences gouvernementales et aux ressources pendant plus de cinq semaines. Joe Biden, lui, n’a accès à rien, plus d’une semaine après le début de sa transition. Le démocrate ne peut pas lire le PDB et il n’a pas accès aux agences ou aux ressources gouvernementales pour l’aider à se préparer à prendre les rênes du pays.

«Le président élu Joe Biden et son équipe de transition ne devraient pas subir de tels retards», ont écrit John Podesta, qui a été chef de cabinet de la Maison Blanche sous Bill Clinton, et le chef de cabinet de George W. Bush, Andrew Card, dans un éditorial commun publié cette semaine dans le «Washington Post».

«Depuis, nous avons appris les coûts importants d’une transition retardée», ont-ils rappelé. «Moins de huit mois après l’investiture de Bush, deux avions ont heurté le World Trade Center, tuant près de 3000 Américains.»

Le rapport de la commission sur les attentats du 11 septembre 2001 a d’ailleurs signalé le danger que représente une transition présidentielle lente.

Pour l’instant, le Bureau du directeur national du renseignement, John Ratcliffe, a déclaré qu’il ne pouvait pas commencer à parler avec l’équipe de transition de Joe Biden tant qu’une agence fédérale n’a pas entamé le processus de transition, que l’administration Trump retarde.

Le bureau, qui supervise plus d’une douzaine d’agences de renseignement américaines, a plaidé qu’il devait suivre la Presidential Transition Act, qui oblige l’Administration des services généraux (GSA) à déterminer d’abord le vainqueur de l’élection, que Donald Trump conteste. L’administratrice de la GSA, Emily Murphy, qui a été nommée par M. Trump, n’a pas encore officiellement désigné Joe Biden comme président élu.

Les candidats informés

Les agences de renseignement donnent des séances d’informations sur les renseignements aux candidats à la présidence depuis 1952 — elles omettent toutefois de parler des opérations secrètes, des sources et des méthodes. C’est le président Harry S. Truman qui avait instauré cette pratique parce qu’il avait été contrarié d’avoir appris seulement 12 jours après être entré en fonction que les États-Unis menaient des efforts pour développer la bombe atomique.

«C’est une tradition importante et significative, et je crains qu’elle ne se poursuive pas», a déploré Denis McDonough, ancien chef de cabinet de la Maison Blanche sous l’administration Obama qui a supervisé la transition de 2017.

Joe Biden a commencé à recevoir ces informations de sécurité plus générales après être devenu le candidat démocrate à la présidence, mais on ne sait pas s’il les reçoit toujours. Un porte-parole de l’équipe de transition de M. Biden a refusé de commenter.