POLITIQUE
30/05/2019 09:20 EDT

«Je ne voulais que faire mon travail» - Jody Wilson-Raybould

L'ancienne ministre de la Justice est très confortable avec la manière dont elle a abordé le dossier SNC-Lavalin.

OTTAWA — L’ancienne ministre de la Justice et procureure générale Jody Wilson-Raybould jure qu’elle n’était pas animée par l’ambition politique en exposant au grand jour l’«affaire SNC-Lavalin», qui a plongé dans l’embarras ses ex-collègues libéraux cet hiver.

«Ce n’était pas une affaire de pouvoir: je ne voulais que faire mon travail — et le faire bien», a assuré Mme Wilson-Raybould dans une longue entrevue accordée mercredi à La Presse canadienne, à son bureau d’Ottawa.

D’anciens collègues libéraux de la députée de Vancouver Granville et certains observateurs politiques se sont demandé ce que la ministre libérale souhaitait accomplir, au fond, en révélant ainsi publiquement les pressions «inappropriées» de membres du cabinet de Justin Trudeau pour qu’elle intervienne dans la poursuite criminelle intentée contre le géant québécois de l’ingénierie SNC-Lavalin.

Certains ont suggéré que l’ex-procureure générale s’était laissée guider par une ambition politique dévorante et qu’elle avait voulu abattre aujourd’hui une carte qui s’avérerait payante plus tard. Cette idée est par ailleurs alimentée par une anecdote qui circule depuis l’hiver: en 1983, le père de Mme Wilson-Raybould, Bill, alors leader autochtone, avait déclaré à Pierre Elliott Trudeau, premier ministre de l’époque, que ses filles rêvaient d’occuper un jour son poste.

Jody Wilson-Raybould et Bill Wilson ne sont pas très proches aujourd’hui, mais cette semaine encore, le père a écrit dans les médias sociaux que sa fille chercherait à «remplacer le discrédité (Justin) Trudeau à titre de chef libéral» après sa défaite aux prochaines élections.

La principale intéressée rejette catégoriquement cette lecture des événements. «C’est quand même extraordinaire que tant de gens trouvent inconcevable qu’il n’y ait pas eu d’intentions cachées (...) que je ne faisais que mon travail — et ce faisant, en sachant que c’était la bonne chose à faire, que cela nous mène à cette situation», explique Mme Wilson-Raybould.

«Très à l’aise»

À la fin du mois de février, l’ancienne ministre déclarait au Comité de la justice des Communes qu’elle avait fait l’objet de pressions «constantes et soutenues» — y compris des «menaces voilées» — de la part du cabinet du premier ministre, du bureau du Conseil privé et du cabinet du ministre des Finances, afin qu’elle intervienne personnellement auprès du Service des poursuites pénales. Le gouvernement Trudeau voulait éviter à SNC-Lavalin un procès pour corruption, en concluant un accord de poursuite suspendue, comme le permet la loi.

La Cour du Québec a finalement conclu mercredi que SNC-Lavalin devrait subir un procès criminel pour fraude et corruption en lien avec de présumés pots-de-vin versés pour obtenir des contrats en Libye entre 2001 et 2011. Mme Wilson-Raybould n’a pas voulu commenter cette décision, mercredi, laissant le processus judiciaire suivre son cours «comme il se doit». 

«Je suis très confortable et confiante dans l’approche que j’ai adoptée en tant que procureure générale avec SNC — et en général de mon rôle au cours des quelque trois années à ce poste», a-t-elle déclaré. «J’ai très bien compris ce rôle.»

Jackie Dives / Reuters

Mme Wilson-Raybould a également déclaré qu’elle ne regrettait pas les gestes qu’elle avait posés, mais elle aurait souhaité que les choses ne traînent pas aussi longtemps — elle voulait que le premier ministre Trudeau reconnaisse rapidement ses torts et qu’il promette que cela ne se reproduirait plus jamais.

M. Trudeau a plutôt maintenu que lui-même ou son personnel n’avait pas agi de manière abusive, avant de reconnaître que le lien de confiance entre son bureau et l’ancienne ministre s’était rompu. Expulsée du caucus libéral, Mme Wilson-Raybould a annoncé cette semaine qu’elle se présenterait comme indépendante lors des prochaines élections générales.

La députée de Vancouver Granville a reconnu mercredi qu’il ne serait pas facile de gagner contre des candidats soutenus par l’argent et l’organisation des partis, mais elle soutient que les contributions et les bénévoles sont déjà au rendez-vous.