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10/08/2020 09:43 EDT | Actualisé 10/08/2020 11:14 EDT

Le propriétaire de journaux qui critiquent Pékin arrêté à Hong Kong

Le richissime septuagénaire fait parti des neuf personnes interpellées lundi.

Le magnat hongkongais de la presse Jimmy Lai et une autre figure de proue du mouvement pour la démocratie, Agnes Chow, ont été arrêtés lundi au nom de la loi controversée sur la sécurité nationale imposée par Pékin, une nouvelle étape dans la reprise en main musclée de cette ex-colonie britannique.

Le richissime septuagénaire a été interpellé pour des soupçons de collusion avec des forces étrangères, une des infractions visées par la nouvelle législation sécuritaire entrée en vigueur fin juin, et de fraudes.

La Chine a officiellement salué cette arrestation.

“Ces agitateurs antichinois de concert avec des forces étrangères ont gravement mis en danger la sécurité nationale”, “Jimmy Lai est l’un de leurs représentants”, a déclaré dans un communiqué le bureau chinois chargé de suivre la situation à Hong Kong et à Macao. 

Agnes Chow a été appréhendée en application de cette même loi sur la sécurité nationale, a annoncé une source policière.

“Il est maintenant confirmé qu’Agnes Chow a été arrêtée pour ‘incitation à la sécession’ en vertu de la loi sur la sécurité nationale”, peut-on aussi lire sur le compte Facebook de cette militante connue.

Au total, selon cette source policière, dix personnes ont été interpellées lundi.

Parmi elles figurent également deux des fils de M. Lai et Wilson Li, qui affirme être un vidéaste freelance travaillant pour la chaîne de télévision britannique ITV News.

Une loi “liberticide”

Considérée comme une réponse de Pékin aux mois de manifestations en faveur de la démocratie qui avaient ébranlé Hong Kong en 2019, la législation récemment introduite donne aux autorités locales de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l’Etat : la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des forces extérieures. 

Nombre de militants pour la démocratie dénoncent un texte liberticide qui vient en finir selon eux avec le principe “Un pays, deux systèmes” ayant présidé à la rétrocession en 1997 et garantissant théoriquement jusqu’en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine.

Jimmy Lai est le patron de Next Digital, propriétaire de deux titres critiques du régime chinois, le quotidien Apple Daily et le magazine Next.

En fin de matinée, environ 200 policiers se sont présentés au siège du groupe, dans une zone industrielle du quartier de Lohas Park (sud-est).

Des journalistes d’Apple Daily ont diffusé en direct sur Facebook les images de cette perquisition: le rédacteur en chef du quotidien Law Wai-kwong y apparaît en train de demander leur mandat aux policiers.

Ces derniers ont ordonné aux journalistes de se lever et de s’aligner pour des vérifications d’identité, tandis que d’autres ont fouillé la salle de rédaction. 

Et M. Lai a été amené sur les lieux, menotté.

Chris Yeung, le président de l’Association des journalistes hongkongais, a qualifié cette opération de police de “choquante et terrifiante”.

“C’est sans précédent et c’était inimaginable il y a un mois ou deux”, a-t-il dit à l’AFP.

M. Law a, de son côté, adressé une note à ses journalistes dans laquelle il leur demande de rester à leur poste pour permettre la sortie de la prochaine édition du journal.

Le Club des correspondants étrangers à Hong Kong a estimé que cette descente de police marquait “une nouvelle phase sombre”. 

Chris Patten, l’ultime gouverneur britannique de ce territoire, a accusé les autorités de mener “l’assaut le plus scandaleux qui soit sur ce qui reste de la presse libre à Hong Kong”, tandis que l’Union européenne a dénoncé lundi le recours à la nouvelle loi sur la sécurité pour ”étouffer la liberté d’expression”.

Un héros pour beaucoup

Pour beaucoup de Hongkongais engagés dans la mouvance en faveur de la démocratie, M. Lai est l’unique magnat hongkongais qui tienne tête au pouvoir central.

Rares sont les habitants de l’ex-colonie britannique à s’attirer autant la haine de Pékin que cet homme aujourd’hui âgé de 71 ans, régulièrement qualifié de “traître” par les médias d’Etat chinois qui voient en lui l’instigateur de la contestation de 2019.

Les accusations de collusion avec une puissance étrangère ont redoublé l’an passé, quand il a rencontré le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et le vice-président Mike Pence.

Deux semaines avant que la loi sur la sécurité ne soit imposée à Hong Kong, M. Lai avait confié dans un entretien avec l’AFP qu’il était “prêt” à aller en prison.

Ce patron de presse est l’archétype du self-made man. Il débarqua clandestinement à Hong Kong avec sa famille à l’âge de 12 ans, à bord d’un bateau en provenance de Canton.

Il commença à travailler comme petite main dans une usine, puis, la trentaine approchant, apprit l’anglais et ouvrit sa propre entreprise de textile.

C’est la répression du soulèvement de Tiananmen à Pékin en 1989 qui a transformé sa vision politique et, en 1990, il fondait Next Media.

“Tant que je serai en vie, Next Media ne changera pas”, confiait à l’AFP il y a quelques années ce père de six enfants.

Dans son entretien fin juin avec l’AFP, il expliquait que la loi sur la sécurité allait “sonner le glas pour Hong Kong”.

Les autorités chinoises et hongkongaises avaient au contraire assuré qu’elle n’aurait aucun impact sur les libertés dans ce territoire semi-autonome.