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«Jeune dame»: Pierre Dufour rabroué pour avoir manqué de respect à Émilise Lessard-Therrien

Gabriel Nadeau-Dubois a vertement dénoncé le choix de mots du ministre caquiste.

Le ministre Pierre Dufour a été rappelé à l’ordre au Salon bleu pour avoir appelé la députée solidaire Émilise Therrien-Lessard «jeune dame», jeudi.

Ces propos à l’endroit de l’une des plus jeunes élues provinciales contreviennent au règlement de l’Assemblée nationale. L’article 35.1 du règlement indique que «le député qui a la parole ne peut désigner le président ou un député autrement que par son titre».

Or, ce manquement du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs n’a pas été immédiatement relevé par le président de l’Assemblée, François Paradis. C’est le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, qui s’est levé quelques minutes plus tard pour demander au président de réprimander M. Dufour.

«Ce n’est pas acceptable, M. le Président, en 2020, qu’on s’adresse à l’une des plus jeunes députées femmes de cette législature et de l’histoire de cette institution en la qualifiant de “jeune dame”», a-t-il déclaré.

«En 2020, c’est pas juste une attitude de mononcle: c’est inacceptable.»

- Gabriel Nadeau-Dubois

Pour illustrer la teneur sexiste du propos, il a argué que le député de Rosemont, Vincent Marissal, âgé de 54 ans, ne se serait jamais fait répondre en disant «vieux monsieur».

«Si vous êtes jeune et si vous êtes une femme, on vous a sans doute déjà servi un “jeune dame” pour vous remettre à votre place, a-t-il ajouté un peu plus tard par l’entremise de son compte Facebook. En 2020, c’est pas juste une attitude de mononcle: c’est inacceptable.»

Manque de décorum

M. Dufour n’a pas été le seul à manquer au décorum lors de l’échange portant sur la lenteur de Québec à approuver certains projets d’aires protégées, notamment au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Accusant le ministre de «manquer de vision», Mme Lessard-Therrien a ironisé en se demandant s’il faudrait renommerM. Dufour ministre «des Forestières» ou «de la Forêt contre la Faune et contre les Parcs».

Or, comme l’a rapidement souligné le président de l’Assemblée, «on ne joue pas avec les titres», en vertu de l’article 35.1 du règlement.

«Je vous redemande de travailler avec toute l’expérience que vous avez, avec des propos qui n’attaquent pas les titres ou la légitimité du travail qui est fait», a averti M. Paradis.

Lorsque Gabriel Nadeau-Dubois lui a souligné qu’il avait soulevé le manquement de la députée solidaire, mais pas celui du ministre, le président s’est justifié en expliquant qu’il «échappe» à l’occasion certains des propos tenus par les élus.

Tout en convenant que le commentaire «n’était pas à la hauteur», le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette a quant à lui défendu le ministre en assurant qu’il avait dit ça «de bonne foi» et «sans arrière-pensée».

«Vous me permettrez de dire au leader du deuxième groupe d’opposition que s’il souhaite me qualifier de jeune homme encore, je vais accepter son compliment», a ajouté M. Jolin-Barrette.

Pierre Dufour n’a pas commenté l’échange. En fin de journée jeudi, il a par ailleurs annoncé qu’il devait se placer en isolement pendant 14 jours après qu’une personne de son entourage eût contracté la COVID-19.

«Gouvernement de mon’oncles»

Ce n’est pas la première fois que des élus caquistes se font reprocher des commentaires jugés sexistes ou âgistes.

L’été dernier, le premier ministre François Legault avait reçu son lot de critiques en appelant la ministre Sonia LeBel «mon trésor» pendant un remaniement ministériel.

«Au trésor, mon trésor!» avait-il lancé à la nouvelle présidente du Conseil du Trésor en riant.

Le mois dernier, la porte-parole libérale en matière de condition féminine, Isabelle Melançon, avait qualifié la CAQ de «gouvernement de mon’oncles» et de «boy’s club» où les hommes ont des privilèges que leurs homologues féminines n’ont pas.

Elle dénonçait notamment la décision du premier ministre de maintenir en poste le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, blâmé pour des manquements à l’éthique, tandis que plusieurs femmes ministres ont été rétrogradées pour des offenses moindres, selon elle.

«Si Pierre Fitzgibbon avait été une femme, il y aurait eu un remaniement», avait-elle soutenu.

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