«This Land Is Your Land», chantée par Jennifer Lopez, est critiquée pour son thème colonial

«Cette terre a été volée», ont plutôt fait valoir des critiques à la suite de l'investiture de Joe Biden.

La performance de Jennifer Lopez lors de l’inauguration du président américain Joe Biden, mercredi, a ravi ceux qui ont apprécié son aisance ainsi que la présence latine dans cet événement historique, mais a laissé un goût amer à de nombreux téléspectateurs autochtones.

J-Lo a chanté un medley de «This Land Is Your Land» et «America The Beautiful», avant de terminer par une référence à son propre succès «Let’s Get Loud». Chantant en anglais, elle a brièvement parlé en espagnol à mi-performance. Selon le Los Angeles Times, ses paroles se traduisaient par «une nation unie sous l’autorité de Dieu, indivisible, avec la liberté et la justice pour tous», c’est-à-dire la dernière ligne du serment d’allégeance des États-Unis.

La chanson principale, écrite par le chanteur folk Woody Guthrie en 1940, a entraîné un pic dans les recherches en ligne durant la cérémonie.

La chanson a été reprise d’innombrables fois au cours des décennies et avait d’ailleurs été revisitée l’année dernière par la représentante démocrate de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, dans un message empreint d’émotion dénonçant la haine raciste dirigée contre son collègue politique Ilhan Omar.

La version chantée par Lopez est bien connue pour ce passage:

«This land is your land,
This land is my land,
From California,
To the New York Island,
From the Redwood Forest to the Gulf Stream waters,
This land was made for you and me.»

En français:

«Cette terre est votre terre,
Cette terre est ma terre,
De la Californie,
À l’île de New York,
De la forêt de Redwood aux eaux du Gulf Stream,
Cette terre a été faite pour vous et moi.»

Sur Twitter, de nombreux Autochtones, y compris la chanteuse de gorge inuite Tanya Tagaq, lauréate d’un prix Juno, ont toutefois fait savoir à quel point ils détestaient la chanson.

«This Land Is Our Land» est la chanson que j’aime le moins.

«This Land Is Your Land» est l’exemple parfait de l’effacement des Autochtones.

L’investiture a commencé avec JLO qui chante une pièce célébrant les terres volées et le génocide autochtone.


Plusieurs mèmes ont également été utilisés...

Comme l’écrivait en 2019 le musicien abénaquis Mali Obomsawin, les paroles de «This Land Is Your Land» ne lui ont jamais bien plu, car elles représentent comment le patriotisme américain a effacé la présence autochtone.

«Dans le contexte américain, un État-nation construit par le colonialisme, l’hymne de protestation de Woody Guthrie illustre l’angle mort que les Américains ont à l’égard des Autochtones: le patriotisme américain nous efface, même s’il se présente sous la forme d’une chanson de protestation de gauche», écrivait Obomsawin à l’époque. «Pourquoi? Parce que cette terre ”était” notre terre. À travers un génocide, des traités rompus et un système juridique créé par et pour l’intérêt colonial, cette terre “est devenue” une terre américaine.»

«Parce que cette terre «était» notre terre. À travers un génocide, des traités rompus et un système juridique créé par et pour l'intérêt colonial, cette terre «est devenue» une terre américaine.»

- Mali Obomsawin


L’histoire politique de «This Land Is Your Land»

Bien qu’elle ait été utilisée ici pour le serment d’un démocrate - et souvent à de nombreuses fins commerciales grand public - l’origine de la chanson réside dans la critique sociale, en particulier contre les riches propriétaires. «This Land Is Your Land», dans sa forme originale, contenait des couplets faisant référence à l’inégalité des revenus.


Avant sa mort en 1967, Woody Guthrie a notamment inventé l’expression «This machine kills fascists» («Cette machine tue les fascistes») et écrit une chanson condamnant le père de Donald Trump, promoteur immobilier, l’accusant d’être un propriétaire anti-Noir.

On ignore si Guthrie était conscient de la critique envers les thèmes coloniaux dans «This Land Is Your Land», mais The Conversation note qu’il a déjà exprimé sa solidarité envers les peuples autochtones vivant aux États-Unis

Pete Seger a popularisé la chanson bien avant que Bruce Springsteen n’y fasse référence comme étant «la plus grande chanson jamais écrite sur les États-Unis». «Elle est au cœur de ce que notre pays était censé être», croyait-il. Seger chantait une version modifiée de l’hymne folklorique, avec des vers écrits par l’activiste autochtone Carolyn «Cappy» Israel. Comme ceci:

This land is your land,
But it once was my land,
Before we sold you Manhattan Island,
You pushed my Nation to the reservation,
This land was stole by you from me.

En français:

Cette terre est votre terre,
Mais c’était autrefois ma terre,
Avant que nous vous vendions l’île de Manhattan,
Vous avez poussé ma Nation dans la réserve,
Vous m’avez volé cette terre.

Dorian Lynskey, de BBC, affirme que ces critiques sont valides et que les paroles de la chanson peuvent et doivent être modifiées, en fonction de qui la chante et pourquoi.

Bien que probablement choisie dans une tentative d’inclusion le jour de l’investiture, la performance de Lopez n’a donc pas réussi à atteindre son objectif.

L’investiture de Biden devait-elle vraiment commencer par «This Land Is Your Land», une ode au vol de terres, au colonialisme et au génocide autochtone? (Peu importe à quel point Woody Guthrie était bien intentionné.) VOUS ÊTES SUR UNE TERRE AUTOCHTONE!

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.