POLITIQUE
25/06/2019 14:00 EDT

Ce n'est pas la fin du Parti libéral du Québec, dit Jean Charest

L'ancien premier ministre du Québec écarte tout retour en politique.

Adrian Wyld/La Presse canadienne

QUÉBEC — Le Parti libéral du Québec (PLQ) ne fait pas face à une longue traversée du désert, foi de Jean Charest, qui exclut tout retour en politique active.

L’ex-premier ministre libéral a accepté de parler des défis du PLQ, entre deux voyages outre-mer, en entrevue à La Presse canadienne diffusée mardi.

Il prétend que le parti ne peut échapper au travail «de fond», mais qu’il est loin de sombrer dans l’obsolescence, au contraire. 

«À la vitesse où vont les choses, tout devient possible, lance-t-il. Aujourd’hui, les modèles en termes de temps ne valent plus. Les choses se font à une autre vitesse, on vit vraiment à une autre vitesse. Ce serait être naïf un peu pour penser qu’un sondage qui annonce des choses aujourd’hui va être la réalité dans quatre ans d’ici, honnêtement.»

 

Le PLQ a encaissé la pire défaite de son histoire aux dernières élections, perdant la plupart des comtés francophones qu’il détenait, à quelques exceptions près. Le dernier sondage Forum Research, réalisé à la mi-juin, a tourné le fer dans la plaie: les libéraux, qui forment l’opposition officielle avec 29 députés, auraient moins d’appuis que Québec solidaire (QS).

Le coup de sonde mené auprès de 1471 personnes suggère que si des élections avaient eu lieu en juin, la CAQ aurait recueilli 46 pour cent de la faveur populaire, comparativement à 19 pour cent pour QS, 16 pour cent au PLQ et 13 pour cent au Parti québécois (PQ).

«Si vous saviez le nombre de fois qu’on a annoncé que j’étais politiquement mort moi, et que les sondages annonçaient la fin des haricots. Pourtant...» laisse planer Jean Charest au bout du fil.

Retroussez-vous les manches, dit-il

Par son intervention, M. Charest choisit de livrer, en quelque sorte, un message d’espoir aux troupes.

Puisant dans son expérience personnelle, il encourage les militants libéraux à ne pas perdre de vue leur «mission», qui est d’élire un chef, de reconstruire le parti et de se doter d’un nouveau programme, ce qu’il a dû faire, à la tête du PLQ de 1998 à 2003, alors que le parti rongeait son frein dans l’opposition.

Il a soigneusement évité de se prononcer sur la course à la chefferie, pas encore officiellement commencée, mais qui n’attire pas foule.

Il exhorte les libéraux à continuer à incarner les valeurs libérales, encore «très d’actualité», à savoir les libertés individuelles, le développement économique, l’identification au Québec, la justice sociale, le respect de la société civile, la vie politique à l’enseigne de la démocratie, l’appartenance canadienne et l’équité intergénérationnelle.

«Le point de repère pour le parti qui est encore très d’actualité, c’est le document qu’avait écrit Claude Ryan à ma demande, en 2002, sur les valeurs libérales. Là-dessus, les valeurs libérales n’ont pas changé», tranche-t-il.

Il y a autre chose qui n’a pas changé: «C’est le travail de fond que doit refaire un parti politique pour se reconstruire, et ça c’est exactement ce que la population québécoise a donné comme devoir au PLQ, et c’est à eux de le faire.»

Il rappelle qu’en 1993, sur la scène fédérale, il avait dû reconstruire le Parti progressiste conservateur, pratiquement disparu avec seulement deux députés.

«Je l’ai fait moi, écoutez, j’ai été chef d’un parti de deux, en 1993, je sais ce que c’est. On se retrousse les manches et on repart, a-t-il poursuivi en entrevue. Entre 1998 et 2003, c’est ce que j’ai fait sans relâche. J’ai fait plusieurs tournées du Québec. Là-dessus, il n’y a pas de raccourcis.»

Sollicité?

La «résilience» du PLQ, son habileté à se reconstruire, serait «pour le plus grand bien de tout le monde», dit-il. «Le Québec a besoin que le Parti libéral du Québec puisse se renouveler.»

Il s’esclaffe lorsqu’on lui demande s’il a été lui-même sollicité par les membres pour redevenir chef du PLQ. L’ancien premier ministre du Québec de 2003 à 2012 est aujourd’hui conseiller stratégique au cabinet McCarthy Tétrault. 

«Non, de toute façon, ils auraient de la misère à me rejoindre! Ce n’est pas comme si j’étais souvent au Québec ces jours-ci. Je viens de passer un mois en France, (...) je repars demain pour le Moyen-Orient.

«Le parti a tout ce qu’il faut de relève pour se reconstruire. Ma vie est ailleurs, moi je suis très heureux dans ce que je fais.»

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