TÉMOIGNAGES
11/07/2019 13:50 EDT | Actualisé 12/07/2019 14:56 EDT

Je suis l’homme le plus fort au Canada et, non, je ne suis pas stupide

Rien ne prédestinait Jean-François Caron à devenir et à rester l’homme le plus fort du Canada depuis 2011. Sauf peut-être une solide charpente naturelle et un drame familial qui l’a poussé à se dépasser…

À 37 ans, Jean-François Caron pèse 340 livres et est capable d’en soulever 1021, soit quelque 463 kilo. Il est l’homme le plus fort du Canada depuis huit ans consécutifs, et le cinquième homme le plus fort du monde.

Un exploit salué par plusieurs compétitions sportives, dont la compétition internationale Arnold Pro Strongman World Series qui se déroulait la fin de semaine passée à Warwick, et qu’il a remportée. Les athlètes y passent diverses épreuves: tir du camion, viking press, lancer de baril, joug (1050 lbs) ou lever de l’automobile (800 lbs et plus). Le grand gagnant empoche 10 000 dollars.  

Et évidemment, il n’est pas rare que Jean-François soit victime du cliché qui veut que les hommes avec du muscle n’aient pas de cervelle.

Bien qu’il estime qu’on ne peut pas vraiment en vouloir aux gens de penser comme cela, il espère bien pouvoir démentir de tels a priori

«C’est à nous de prouver que si t’es costaud, ça veut pas dire que t’es abruti! On en voit souvent des hommes qui ont du muscle et qui agissent si mal qu’ils ternissent l’image des hommes forts. Je sais de quoi je parle, j’ai travaillé des années dans les bars, je pourrais vous raconter des histoires tout l’après-midi! Personnellement, j’essaie de redorer cette image-là et d’agir de façon extrêmement positive.» 

De la ferme aux salles d’entraînement

En 15 ans, et grâce à un entraînement soutenu de 30 heures par semaine, Jean-François est passé de 240 à 340 livres. Le plus difficile pour lui est peut-être l’aspect nutritionnel, car il lui faut manger de six à huit repas par jour. 

«C’est de l’over-feeding, mais sans apport calorique suffisant, le poids baisse, et donc la force aussi», explique celui qui a également fait du ski alpin et du hockey. 

Louis Charland
Le plus fou? Rien ne le prédestinait à devenir un homme fort!

Prendre autant de masse musculaire implique aussi un autre défi: maintenir sa souplesse, qui a tendance à baisser avec la prise de muscle. Chaque jour, il répète la même routine sportive: soulever des poids, faire de la musculation, des exercices d’étirement, de mobilité, ou encore répéter les épreuves des compétitions auxquelles il participe. 

Le plus fou? Rien ne le prédestinait à devenir un homme fort!

C’est en fait à l’âge de 22 ans, alors qu’il vit sur une ferme laitière à Mont-Joli, qu’il découvre tout cet univers qui lui était jusqu’ici étranger.

«C’est arrivé par hasard, j’ai étudié en agriculture. Je travaillais sur la ferme familiale, je m’occupais de la nourriture pour bovins. Dans un entrepôt à côté, il y avait des gens qui s’entraînaient et, un jour, ils m’ont incité à venir m’entraîner. Je n’allais même pas au gym!» 

Ce que je dis aux gens c’est peu importe ce que tu aimes faire dans la vie, trouve-toi une passion et donne-toi à 100%. Automatiquement, tu vas aller bien dans ta vie. Moi j’ai hâte d’aller m’entraîner le matin, ce n’est pas un fardeau pour moi.Jean-François Caron

Après seulement trois semaines d’entraînement, il bat la plupart des gars du coin lors d’un championnat provincial. On est en 2004, et l’aventure commence pour lui. Une aventure qui a complètement changé sa vie. 

Aujourd’hui, il est propriétaire d’un gym à Québec, il a aussi acquis en avril dernier le Circuit professionnel des Hommes forts canadiens, en plus de donner des conférences de motivation. 

Faire tout ça pour sa mère

Ce sport a eu un impact immensément positif sur lui, confie celui qui a perdu sa mère très jeune. 

«Quand j’avais neuf ans, ma mère est décédée, ça a pas mal affecté ma jeunesse. J’aurais pu me tourner vers de mauvaises choses mais j’ai préféré le sport. Je l’ai fait pour la rendre fière, et encore aujourd’hui, elle me manque beaucoup.»

Louis Charland
«On devient extrêmement discipliné. C’est la base pour atteindre des niveaux aussi élevés.»

Finalement, au fil des ans, gagner du muscle et se mesurer à d’autres hommes forts lui ont non seulement permis de se dépasser et de repousser ses limites, mais lui ont en outre enseigné une valeur sûre pour réussir dans la vie: la discipline. 

«Quand on fait ce que je fais, et c’est vrai aussi pour tous les sports de haut niveau, on devient extrêmement discipliné. C’est la base pour atteindre des niveaux aussi élevés.»Jean-François Caron

En général, ajoute Jean-François, cette philosophie se répercute dans les autres sphères de la vie, en affaires par exemple, et cela mène au succès. 

«C’est mieux d’avoir de la discipline que de la motivation, car la motivation c’est éphémère, mais la discipline ça marche sur le long terme», conclut-il.