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10/07/2019 11:12 EDT

Je suis hypocondriaque et voici ce que ça veut (vraiment) dire

Je m'inquiétais au point de me rendre malade. Je faisais de l'anxiété, je perdais du poids - et aussi mes cheveux - sans compter les attaques de panique régulières.

J’étais convaincue que si ma mère n’avait pas été aussi bien informée des symptômes de diabète, elle n’aurait pas emmené ma soeur chez le médecin. 

J’avais 13 ans quand ma petite sœur a commencé à perdre du poids de façon spectaculaire. Soudain, elle dormait pendant des jours, avait sans cesse besoin d’uriner et ne se sentait jamais désaltérée, même après avoir bu trois ou quatre verres d’eau.

Ses symptômes ont augmenté brutalement - en moins d’une semaine - puis on lui a finalement diagnostiqué un diabète de type 1. À tout juste 11 ans, son taux de sucre dans le sang était presque mortel. Elle pouvait à peine marcher. On l’a mise dans une ambulance avec un masque à oxygène et transportée à l’hôpital, où elle a passé plusieurs jours aux soins intensifs. 

Face aux symptômes, ma mère a instinctivement pensé que c’était plus qu’un problème d’estomac ou une maladie passagère. En fait, elle avait effectué une recherche sur les symptômes et avait conclu que ma sœur était atteinte de diabète avant même qu’elle ne soit diagnostiquée. Elle avait été capable d’orienter les médecins vers ce qu’il fallait. 

Cet épisode m’a frappée et poussée à devenir hypervigilante à propos de ma propre santé. J’étais convaincue que si ma mère n’avait pas été aussi bien informée des symptômes du diabète, elle n’aurait pas emmené ma soeur chez le médecin, elle n’aurait peut-être pas reçu le diagnostic et donc les soins dont elle avait si désespérément besoin.

Traumatisme 

Deux ans après le diagnostic de ma sœur - j’avais alors 14 ans - sa glycémie a chuté et nous nous sommes réveillés une nuit alors qu’elle faisait une crise. On a appelé une ambulance et mes parents ont traité l’hypoglycémie tout en essayant de rester calmes dans une situation aussi alarmante. Je me souviens avoir eu à passer des examens à l’école plus tard dans la journée, et de me sentir au bout du rouleau, et peu performante. 

Même si j’étais relativement jeune quand tout cela s’est passé, le traumatisme causé par les graves problèmes de santé de ma sœur s’est manifesté sous forme d’hypocondrie plusieurs années plus tard.

À 15 ans, j’ai pensé de manière irrationnelle que j’avais un genre de maladie cardiaque, sans preuve à l’appui de cette affirmation. À l’âge de 18 ans, lorsque j’ai commencé l’Université, je me suis rendu compte que j’étais inquiète à l’idée de commencer à prendre de nouvelles pilules contraceptives. J’étais constamment préoccupée par ce qu’elles faisaient à mon corps et je restais focalisée sur leurs éventuels effets secondaires. 

J’étais encore plus préoccupée par ma santé parce que je vivais loin de chez moi. 

L’année suivante, à 19 ans, ma santé est devenue le centre de mon anxiété. J’étais persuadée que quelque chose n’allait vraiment pas chez moi, et ce, absolument tout le temps, même si cela semblait irrationnel pour tout mon entourage. 

Presque tous les symptômes que je lisais sur internet trouvaient un écho en moi et j’étais sans arrêt en train de m’auto-analyser afin de vérifier telle douleur ou telle grosseur suspecte.

Je m’inquiétais au point de me rendre malade. Je faisais de l’anxiété, je perdais du poids - et aussi mes cheveux - sans compter les attaques de panique régulières. Je devenais alors convaincue que ces inquiétudes étaient plus graves que je le pensais. J’ai fait d’innombrables tests sanguins, sans que rien ne soit vraiment confirmé, mis à part le fait que je présentais des symptômes de stress.

Puis vient la honte

Plus que tout, j’ai eu honte de me laisser absorber par de telles pensées irrationnelles dans ma vie quotidienne. Cela n’a fait qu’amplifier mon inquiétude et je n’aurais pu l’admettre à personne. Je me sentais incontrôlable, j’avais de la misère à manger, j’avais de la misère à dormir et j’avais de la misère à me concentrer pendant les cours. 

J’ai même dû complètement éviter les publications sur les réseaux sociaux en rapport avec les maladies, car elles me rendaient si anxieuse que j’étais convaincue que je commencerais à développer spontanément les mêmes symptômes.

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Mon hypocondrie provoquait des palpitations et des douleurs cardiaques.

Finalement, mes inquiétudes sont devenues trop lourdes à supporter.

Au début de ma deuxième année, mon hypocondrie provoquait des palpitations et des douleurs cardiaques, comme quand une amie m’a dit que son père était décédé des suites d’une maladie de coeur non détectée. Convaincue que moi aussi, je pourrais mourir d’une maladie non détectée similaire, je suis allée voir ma médecin à l’Université, qui m’a dit que j’expérimentais probablement ces symptômes à cause de mon stress.

Malgré cela, elle a déclaré qu’il n’y avait aucun inconvénient à passer un examen par électrocardiogramme pour l’exclure complètement et me rassurer. De manière prévisible, il n’y avait aucun problème avec mon cœur en tant que tel, à part le fait que mon rythme cardiaque était ridiculement rapide en raison de la nécessité de confronter physiquement l’une de mes angoisses. 

Après d’autres tests, cela a été confirmé et j’ai été dirigé vers le centre de santé et de bien-être de mon université. 

Cependant, je n’étais pas encore prête à admettre à quel point mon hypocondrie commençait à s’aggraver et qu’il pourrait s’agir désormais d’un problème de santé mentale.

Plus tard dans l’année, je devais ajuster mon stérilet: j’ai toujours eu de mauvaises règles et j’ai essayé plusieurs pilules contraceptives, ce qui me rendait généralement très anxieuse et, au final, allongeait mes règles. 

Juste avant le rendez-vous, je me souviens d’avoir reçu une vidéo sur à quoi s’attendre et des risques (peu importants) qui peuvent être associés à cet ajustement, en plus d’avoir entendu de la bouche d’amies que ça pouvait être douloureux. Cela m’a rendu si stressée qu’ils ont été incapables d’insérer le stérilet la première fois. Mais la deuxième fois, j’ai réussi à maîtriser mon anxiété pour une insertion réussie et moins douloureuse. J’étais vraiment fière de moi. 

Et si quelque chose clochait? 

Quelques semaines plus tard, j’étais convaincue d’uriner plus fréquemment et d’avoir de plus en plus soif. J’en suis arrivée à une conclusion: comme ma sœur, je devais aussi souffrir de diabète. Je suis donc retournée à la clinique, où je me suis effondrée en larmes après avoir appris qu’il n’y avait pas d’eau infectée ni de corps cétoniques dans mon urine.

J’avais constamment besoin d’obtenir des réponses ou qu’on me dise que rien ne clochait chez moi. Et bien sûr, si je n’avais pas de maladie finalement, ça ne changeait rien. J’avais besoin d’affronter mon hypocondrie, qui commençait à devenir incontrôlable. Et dès que mes inquiétudes avaient été apaisées, je n’arrêtais pas d’en développer d’autres.   

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Les médecins que j’ai vus étaient désireux de tout mettre en œuvre pour me rassurer. 

Les médecins que j’ai vus étaient désireux de tout mettre en œuvre pour me rassurer, l’hypocondrie étant une condition assez commune. Ce que je n’avais pas prévu, c’est avec quelle facilité les gens de mon entourage faisaient peu de cas de mes inquiétudes; inquiétudes qui ont dégénéré au point où elles absorbaient toutes mes pensées. 

Je voyais bien que les gens pensaient que j’étais stupidement irrationnelle et qu’ils étaient devenus impatients voire indifférents au poids de mes angoisses sur ma santé mentale.

Les personnes autour de moi sous-estimaient souvent à quel point j’étais anxieuse et à quel point mes inquiétudes pour la santé étaient enracinées. Je faisais des attaques de panique même après avoir été rassurée sur le plan médical. 

J’ai eu beaucoup de chance que mon petit ami, tout au long de ma première et de ma deuxième année d’université, ait pu comprendre mon hypocondrie. Il avait eu quelques crises de panique à cause d’inquiétudes de santé lui aussi, alors quand je lui en ai parlé, il m’a extrêmement bien soutenu. Quand j’étais anxieuse, il était vraiment doué pour me rassurer sans minimiser ce que je ressentais. 

Cependant, après les examens de deuxième année, et après mon expérience avec le stérilet, mon hypocondrie et mon anxiété générale ont atteint un point critique et je luttais vraiment au quotidien. J’avais trop honte d’aller chez le médecin, j’avais vraiment le mal du pays, je ne pouvais plus du tout me concentrer sur mes études et j’imaginais peut-être devoir remettre à plus tard mes examens.

C’est là que tout ça a commencé à exercer beaucoup de tension sur ma relation qui s’est finalement terminée. Stressé par ses propres examens, mon petit ami s’est senti dépassé et ne m’a pas démontré le même niveau de soutien et de compréhension que par le passé. Je me suis sentie vraiment coupable d’alourdir les autres pendant la période des examens.

Capable de mieux gérer le stress

J’ai alors voulu me prouver que je pouvais encore me débrouiller seule. Je ne voulais pas admettre que j’avais besoin d’aide. Heureusement, mon père, étant hypnothérapeute, était vraiment facile d’approche et en mesure de m’apprendre certains mécanismes qui aident. 

J’ai maintenant presque 20 ans et je passe à ma troisième et dernière année d’université. Bien que je sois toujours aux prises avec de l’hypocondrie et de l’anxiété, je suis désormais mieux capable de la gérer.

En fin de compte, j’ai réalisé qu’il n’y avait rien d’honteux à être hypocondriaque et que beaucoup de gens pouvaient comprendre cette condition. J’ai appris l’importance de remettre en question mes pensées irrationnelles en les exprimant. Comme pour la plupart des problèmes de santé mentale, le fait d’avoir des conversations honnêtes sur ce que je ressentais allégeait mon fardeau alors que vouloir supprimer mes inquiétudes ne faisait qu’aggraver la situation et me rendait honteuse. 

Cependant, avec le recul, j’aurais dû envisager de consulter un professionnel de la santé mentale et je crois que si mes problèmes s’aggravaient une nouvelle fois, c’est ce que je ferais. 

Parler à ma famille, en particulier, a vraiment été utile. Mes parents comprennent exactement d’où provient mon hypocondrie. J’ai également appris des techniques de respiration et de relaxation, et je suis parvenue à comprendre mes symptômes de santé de manière isolée, plutôt que de laisser mon anxiété grossir jusqu’à croire que je suis atteinte d’une maladie grave. 

Je peux maintenant résister à l’envie de Googler immédiatement un symptôme, mais plus important encore, j’ai appris à prendre conscience de ces symptômes sans les intérioriser.

En discutant activement avec les autres et en m’entourant de personnes compréhensives et patientes, j’ai réalisé qu’il est plus que normal de demander de l’aide lorsque vous en avez besoin. 

Quand un problème de santé mentale affecte votre vie quotidienne, vous ne devriez pas vous sentir coupable d’avoir accepté le soutien de personnes ou même de demander l’aide d’un professionnel de la santé mentale.

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.