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22/08/2019 11:16 EDT

Je suis asexuelle, et j’ai décidé de l’assumer

Les asexuels (ou les «as») comme moi ne ressentent qu’une attirance sexuelle limitée, voire nulle.

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Marisa ne ressent aucune attirance sexuelle envers quiconque.

Le dating n’a jamais été mon fort. Je ne sais pas bien me maquiller, je ne vais pas au restaurant, et j’ai rarement assez d’argent à dépenser en soupers et en cocktails. Et encore, je ne parle pas de mon obsession pour les multiples façons dont une date pourrait mal se passer. Je me plais à toujours imaginer les pires scénarios - notamment comment tout va tourner au vinaigre dès que j’aurais fait LA confession que je suis asexuelle. 

Les asexuels (ou les «as») comme moi ne ressentent qu’une attirance sexuelle limitée, voire nulle. Ils veulent quand même des relations et sont capables d’être attirés esthétiquement, admirant les autres de la même manière qu’un amateur d’art apprécierait une statue. 

Dans mon cas, je veux tenir des mains, faire des câlins, murmurer des secrets, et vivre tous les «marchons-main-dans-la-main-sur-la-plage» et les «regarde-les-lumières-de-Noël». Mais je n’ai aucun intérêt envers tout ce qui implique un P dans un V, un cunnilingus ou une fellation. Aucun intérêt du tout. 

Je ne suis même pas une amatrice de baisers, c’est bien trop de salive et de dents à mon goût. Je me sens ainsi depuis aussi loin que je me souvienne. Quand j’ai reçu le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) à l’école, je voulais dire à l’infirmière: «Je n’en ai pas besoin.» 

J’ai daté une bonne brochette d’hommes, mais aucune relation n’a connu de belles envolées. Je m’inquiétais toujours qu’il manque quelque chose à l’autre, ou je présumais dès le début qu’on allait droit dans le mur. Et peut-être parce que c’est que je craignais, c’est exactement ce qui se passait. Mon asexualité me foutait en l’air. 

C’est ma seconde année à l’université, et je suis en train de m’inscrire sur un site de dating. Je ne me souviens plus lequel, mais ce n’est pas vraiment pertinent, car je n’ai jamais trouvé de site de dating fait pour moi. Il y a bien des sites de dating pour «as», mais les options sont limitées par le peu de gens qui les utilisent. 

Lors de mon inscription, j’ai frappé un mur après l’autre, que des drapeaux rouges que j’ai choisi d’ignorer. Le premier: «Par qui êtes-vous intéressée?». Devais-je mettre par les hommes, les femmes, ou les deux? «Par personne» n’est pas une option.

On ne me demande pas vraiment: «Qui voulez-vous dater?» mais bien «Par qui êtes-vous sexuellement attirée?» 

Depuis le secondaire, j’ai ressenti de l’attirance romantique pour plusieurs personnes, y compris pour mon amie M., qui restait souvent dans mon lit pour dormir près de moi. Il y a quelques années, j’ai ressenti la même chose pour une fille dans mon programme à l’école, que je faisais exprès d’éviter, sachant pertinemment que ça ne marcherait pas. 

C’est ma troisième année d’université et je suis intéressée par un gars qui s’appelle Z. Il est drôle, mignon, sympa, et je ne ressens absolument rien de sexuel à son égard. J’ai bien un sentiment logé dans ma poitrine, qui s’exprime le mieux par mon sourire et par mes réactions plus lentes quand je suis près de lui. Je le dis à mon amie J, qui sait que je suis une «as», et elle me demande: «Est-ce que tu coucherais avec lui?»

Je lui réponds: «Je ne sais pas, peut-être bien», et j’aimerais que ce «peut-être bien» soit la vérité. Mais rien qu’imaginer ce scénario me donne envie de fuir. 

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«Dater en tant qu'asexuelle est difficile.»

Je me suis forcée à m’imaginer coucher avec les gens que je veux dater. Au mieux, je peux penser à des personnes fictionnelles en train de coucher ensemble – la pensée ne me rend pas inconfortable, mais ce n’est pas comme si elle m’excitait non plus. Je pense simplement: «Ah, voilà, c’est ce qu’ils font. Et bien, c’est cool pour eux, j’imagine.»

Plus tard, toujours à l’université, je suis encore asexuelle, et encore incertaine de comment le dating fonctionne. Je fréquente un nouveau mec, L. Lui aussi est drôle, il a des yeux joueurs et un sourire constant. Mais un jour, il a commencé à me sexter. Pas d’images envoyées, rien de cru, mais quelques lignes dans le genre de: «Tu portes quoi en ce moment?»

Je réponds avec des memes, il essaie de les rendre sexuels. Je ne lui dis pas d’arrêter, je continue d’éviter tout ça. Finalement, j’arrête complètement de répondre. Après ça, on ne s’est plus tant fréquentés. 

J’aurais pu lui dire «Hey, je suis une «as», et si on évitait ce genre de trucs, d’accord?» Mais je savais que je ne pouvais pas vraiment dire ça. La seconde où j’aurais envoyé ce message, j’aurais éliminé la possibilité d’aller en date avec lui, la possibilité qu’on aille d’ailleurs n’importe où ensemble. 

Encore une fois, taire l’information m’a conduite au même point. 

Parfois, je crois que j’utilise mon asexualité comme une excuse expliquant pourquoi je ne peux pas dater une personne, pourquoi une relation ne marche pas.

«Dater» en tant que personne «as» est difficile. Chaque «date» débute avec un mensonge par omission et conduit tout droit à une vérité inconfortable, qui provoque le malaise.

Il faut savoir quand et comment faire son «coming out». Il faut établir clairement ses limites avec l’autre personne, avant même d’apprendre à la connaître. Il faut espérer qu’ils ne mentent pas quand ils disent «c’est ok», et que vous, vous n’êtes pas en train de mentir aussi sur votre propre niveau de confort quand vous osez des expériences. 

Les gens se quittent pour des raisons mineures, par exemple si l’autre est plutôt une personne-chat ou une personne-chien (la bonne réponse est une personne-chien). Alors demander à quelqu’un de laisser tomber quelque chose d’aussi important semble cruel. Comme si je faisais quelque chose de mal. 

C’est le secondaire, et j’ai juste daté une fois un garçon. Il me reconduit devant la maison de mes parents. Juste avant qu’il s’en aille, je l’ai embrassé – non pas parce que je le voulais, mais parce que c’est ce que les films m’avaient appris: «c’est ça qui vient ensuite». 

C’est un terrible baiser, terrible. Non pas parce que je ne suis pas douée pour embrasser (du moins, je le suppose), mais parce que ça confirme combien je n’aime pas embrasser, combien je ne veux rien après cette étape. Je suis partagée entre deux sentiments: un genre d’engourdissement, et l’envie d’en finir avec ce baiser. 

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«Si les gens s’embrassent quand ils datent, comment pouvais-je bien dater qui que ce soit?»

Le lendemain, il me dit qu’il m’aime. Je lui dis merci. 

Je lui explique que je l’apprécie, que je veux qu’on soit amis. 

Même maintenant, je me rends compte que je ne voulais pas juste être amie avec ce garçon. Je voulais arrêter de l’embrasser, mais je voulais aussi continuer à le dater. Mais il n’y a aucune bonne façon de dire ça, car, dans ma tête, quand les gens s’embrassent, ils datent. Et si les gens s’embrassent quand ils datent, comment pouvais-je bien dater qui que ce soit? 

Je n’ai jamais daté une autre personne asexuelle. Ce n’est pas que je sois contre l’idée, c’est juste qu’on est une espèce rare, et qu’on n’a pas encore développé un code universel (genre un clignement d’oeil frénétique) pour se reconnaître.

Et évidemment, ce n’est pas parce que quelqu’un est asexuel que cela veut dire qu’il sera nécessairement un bon match avec moi. Et si cette personne aime plus les chats que les chiens? Et si elle a voté pour Trump?

Je viens de terminer mon diplôme, et je ne suis toujours pas plus avancée sur cette question de dating. Mais sérieusement, qui l’est vraiment? En tant que personne asexuelle, je peux peut-être avoir plus de «et si?» qui me viennent en tête, mais le jeu du «et si?» fait partie intégrante des relations. Et s’il y a bien une chose que j’ai comprise après tant de dates ratées, c’est que les relations ne peuvent pas aller de l’avant si on demeure à l’étape du «et si?». 

Je ne peux pas avoir peur de leur demander. 

En ce moment, je planche sur un nouveau profil à mettre sur un site de dating. Je ne sais pas encore ce que je vais répondre à la question de ce qui «m’intéresse», mais je sais que ma bio va mentionner ce que j’aime: les livres, les burritos, les jeux vidéo; et aussi ce que je déteste: les oignons, fumer, la musique country; et aussi qui je suis: autrice. Personne-chien. Asexuelle. 

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.