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10/10/2019 11:51 EDT | Actualisé 10/10/2019 12:00 EDT

Et si je ne sais toujours pas si je veux des enfants et qu'il est finalement «trop tard»?

Plus j’en discute avec les femmes autour de moi, plus je réalise que je ne suis pas seule face à ce questionnement.

d3sign via Getty Images

Il y a quelques années, je rendais visite à ma meilleure amie à Seattle. J’étais entre deux emplois, je ne fréquentais personne et je constatais que chaque femme sur Facebook et dans le monde réel semblait être engagée, enceinte ou en train de vivre une brillante étape de sa vie professionnelle. Moi, pendant ce temps, j’étais bien excitée lorsque j’ai découvert que le commerce du coin a commencé à vendre une nouvelle saveur de Doritos.

Heureusement, mon amie a deux jeunes enfants hilarants: au lieu de me focaliser sur des gars sans intérêt et le vide imminent de mon calendrier de travail inexistant, je me suis retrouvée à lire Gruffalo, à regarder Frozen et à classer les saveurs de friandises glacées. Sur le chemin du retour à l’aéroport, j’ai avoué à mon amie qu’il ne semblait y avoir rien qui m’attendait à Londres.

«Excuse-moi?» Elle est restée bouche bée. «Tu peux te réveiller et faire ce que tu veux. Tu as la possibilité de lire. En silence. Par toi-même. À tout moment! Tu peux dormir, boire un thé en toute tranquillité! Je suis jalouse.»

Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus à l’aise sur tous les fronts, mais toujours hésitante en ce qui concerne la question des enfants - principalement à cause de cette conversation. On prend la liberté pour acquis jusqu’à ce qu’on réalise que c’est terminé. Et j’aime vraiment lire en silence et prendre une tasse de thé quand je le veux. 

Ce n’est pas aussi simple que d’élaborer un plan quinquennal et de le suivre: il y a trop de facteurs inconnus.

J’ai récemment découvert qu’il y a un terme pour ça: «ambivalence maternelle». La Dre Peggy Drexler, une psychologue chercheuse basée à New York, a exploré la baisse du taux de natalité dans le monde à mesure que l’ambivalence maternelle augmente.

Et je me demande: si à 35 ans, je ressens toujours la même chose que maintenant? Quand est-il «trop tard» et que se passe-t-il si je ne le sais toujours pas? Après tout, ce n’est pas aussi simple que d’élaborer un plan quinquennal et de le suivre: il y a trop de facteurs inconnus.

Beaucoup de femmes (y compris moi-même) retardent la question des enfants parce que la trentaine arrive dès le moment où leur carrière décolle. Soit vous avez les ressources émotionnelles et financières pour investir dans un changement de carrière, soit vous atteignez des niveaux plus élevés et des défis professionnels plus stimulants. Se retirer au moment d’être sur sa lancée est incroyablement injuste.

Par contre, nous n’avons peut-être pas autant de choix qu’on ne pourrait le penser. À la naissance, la plupart des filles ont environ 2 millions d’ovules. À l’adolescence, ce nombre descend à environ 400 000, et à 37 ans, il en reste environ 25 000». Génial.

Mais il y a la fécondation in vitro (FIV), non? Selon le NHS, entre 2014 et 2016, le pourcentage de traitements par FIV ayant abouti à une naissance vivante était de 29% pour les femmes de moins de 35 ans et de 23% pour les femmes de 35 à 37 ans. 

Ce sont des perspectives déprimantes si, comme moi, vous vous accrochez aux plus optimistes: vous croyez que le monde est votre huître et que vous avez tout votre temps. Mais il est intéressant d’explorer la réalité inconfortable quant aux limites de fécondité: si les récits sociaux ont changé, la biologie, elle, non.

Les enfants coûtent cher et, comme nous l'a si récemment rappelé le Prince Harry, en avoir trop est la pire chose à faire pour l'environnement.

Avec les traitements de fertilité, je ne m’attendais jamais à avoir accès à une cigogne magique. Mais je pensais pouvoir m’acheter un peu plus de possibilités pour envisager la décision la plus irréversible de ma vie.

Mon ambivalence signifie que j’hésite entre vouloir mettre un frein à ma carrière avant de tomber enceinte; et vouloir travailler aussi dur et aussi vite que possible pour atteindre un certain «niveau» avant d’avoir un enfant. Plus je parle avec des femmes, plus je réalise que je ne suis pas seule.

Peu de gens veulent tout donner au travail et mesurer leur valeur par leur titre. Peu peuvent se permettre d’être des mères à la maison à temps plein. Pratiquement aucune de mes connaissances ne veut abandonner tous ses amis et sa vie à l’extérieur de la maison. La plupart des femmes auxquelles je peux penser veulent trouver un équilibre.

Cet équilibre devient plus réalisable avec des postes de travail flexibles et à distance, du travail à temps partiel de qualité et l’élimination progressive du présentéisme qui sévit sur certains lieux de travail (où la productivité est jugée en fonction du temps passé à votre bureau). Nous ne vivons pas dans un monde où c’est la norme sur le marché du travail, mais j’espère que c’est ce vers quoi on s’en va.

Les femmes de notre génération sont entrées dans la vie adulte entre deux grandes récessions, avec moins de stabilité sur le plan économique et avec une plus grand conscience écologique que les générations d’avant. Les enfants coûtent cher et, comme nous l’a si récemment rappelé le Prince Harry, en avoir trop est la pire chose à faire pour l’environnement. 

Collectivement, nous admettons que les femmes d’aujourd’hui ont des options et que celles-ci suscitent une hésitation naturelle.

De plus en plus de femmes, y compris Alexandria Ocasio-Cortez, s’interrogent sur la procréation à l’ère du changement climatique. Ici, au Royaume-Uni, il existe un mouvement appelé «Birthstrike», composé de femmes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants en raison des changements climatiques.

Dans ce contexte, je pense que la génération des milléniaux remplace l’idée selon laquelle le mariage et la maternité sont les marqueurs qui importent. Je pense que nous avons déjà normalisé l’ambivalence maternelle, car collectivement, nous admettons que les femmes d’aujourd’hui ont des options et que celles-ci suscitent une hésitation naturelle.

L’ambivalence n’est pas le problème, c’est simplement le symptôme d’une dualité. Il y aura probablement toujours une dualité en moi et ça ira. En ce moment, il y a une partie de moi qui adore les bébés. Il y a une autre partie de moi qui est terrifiée; pas seulement de la naissance, mais de tout ce qui vient après.

C’est mon attitude envers l’ambivalence que j’ai dû changer. Je me souviens de cette conversation dans la voiture avec mon amie à Seattle et de nombreuses autres conversations avec de nombreux parents qui sont assez honnêtes pour dire qu’ils sont épuisés.

De nos jours, un barbecue le week-end signifie souvent qu’il y aura une poignée de bambins dangereusement mignons, souriants et rieurs. «Faisons un enfant maintenant!», pleurent mes ovaires. Mais le sommeil. Les week-ends spontanés. La tasse de thé. Le temps.

Ne sois pas exigeante, tu ne peux pas tout avoir, c’est ce que je me répète. Je suis certaine qu’un jour, je regarderai derrière de la manière et je serai fascinée par la manière dont j’ai réussi à compliquer quelque chose d’assez simple.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.