TÉMOIGNAGES
05/07/2019 10:00 EDT | Actualisé 06/07/2019 08:59 EDT

Je n’ai jamais été aussi malheureuse que quand j’étais mince

Une grosse est jugée par la société, son médecin, a du mal à s’habiller dans les grandes chaînes de vêtements. Quand t’es grosse et que tu refuses les avances d’un gars, il te répond : «tu devrais te considérer chanceuse que je t’aborde!» Le body positive, c’est refuser tout ça!

Courtoisie
Sonia a toujours été plus ronde que les autres, même quand elle était enfant.

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

Je m’appelle Sonia Tremblay et je me bats tous les jours pour l’inclusion des corps marginalisés dans la société. 

Un corps marginalisé, c’est un corps qui ne correspond pas aux normes et aux standards de beauté de la société. Par exemple, les femmes noires, les handicapés physiques, ou les gros sont des corps marginalisés. 

Le plus grand tabou, ce sont les gros. Aujourd’hui encore, les grandes chaînes de magasin n’offrent pas - ou très très peu- d’espace aux tailles 16 et plus. Ou alors les vêtements sont présentés au dernier étage, dans le sous-sol ou au fond du magasin!  

À Montréal, il n’y a qu’un Forever 21 qui vende des vêtements grande taille. J’ai du mal à trouver chez H&M aussi.

Ces enseignes ont encore peur que les personnes de l’extérieur les associent avec des personnes grosses. Alors qu’elles vendent plein de ce type de vêtements en ligne…  

Pas à ma place

J’ai toujours été plus ronde que les autres, même quand j’étais enfant. Et j’ai longtemps été mal à l’aise avec ça car je n’avais aucun modèle. 

Je ne me sentais pas incluse, pas à ma place. Dans les années 1980, il n’y avait aucune grosse à la télévision, dans les magazines, et quand t’es ado t’as besoin de modèles. Aujourd’hui, ça avance, mais ça demeure très petit dans le tsunami des standards! 

Courtoisie
Avant tout, Sonia Tremblay prône l’amour et l’acceptation de soi.

C’est donc pour les petites filles et les ados d’aujourd’hui que je prend la parole et que je leur dis: tu peux être grosse et être bien dans ta peau, et heureuse dans la vie!

Je fais une taille 16-18, XXL si vous voulez. Ça m’est déjà arrivé de refuser les avances d’un gars et qu’il me réponde, pour se venger, que j’étais grosse et que je devrais me considérer chanceuse qu’il me regarde. 

Quand t’es gros, tout le monde rapporte toujours ça à ton poids.

Il y a deux mois, je me suis tirée un muscle dans les côtes à l’entraînement (je soulève des poids). Quand j’ai vu ma médecin, et que je lui ai expliqué, elle m’a rétorqué: «ah, vous faites de l’aquaforme?». Puis: «vous voulez dire des cours de zumba?». À aucun moment, elle n’a même pensé que je puisse m’entraîner, purement et simplement. 

Une tonne de préjugés

Les préjugés de société sont omniprésents envers les gros. Les gens pensent qu’on est paresseux, en mauvaise santé, qu’on n’a aucune volonté dans la vie, qu’on coûte cher à la société, qu’on n’a pas de vie sexuelle. Moi, je n’ai aucun problème de santé! Et je vous rassure, ma vie sexuelle va très bien! 

Aujourd’hui, je milite pour l’inclusion de tous les corps dans la société québécoise. Cet aspect du body positive est plus politisé. Comment ça se fait que les handicapés manquent encore de rampes d’accès? Pourquoi les personnes racisées ont du mal à trouver un emploi? 

Courtoisie
Sonia Tremblay veut que chaque femme se sente confiante et en pleine possession de ses choix. 

Avant tout, je prône l’amour et l’acceptation de soi. On ne se le cachera pas: la meilleure façon de s’intégrer à la société, c’est encore de commencer par s’aimer soi-même. 

Visibilité!

Il faut que les gros soient plus visibles dans l’espace médiatique. Si le mouvement est né en 1996 en Californie, on commence à peine à en parler au Québec. Il faut clarifier les choses, le body positive, ça ne va pas dire: soyons tous gros! Ça veut plutôt dire: soyons exactement comme on a envie d’être, et soyons heureux comme ça. 

Après une rupture difficile, j’ai perdu du poids de façon massive, 100 livres en deux ans. Je suis restée deux ou trois ans mince. Et je n’ai jamais été aussi malheureuse que quand j’étais mince. Vous savez pourquoi? Je le faisais pour de mauvaises raisons! 

Ça a été la période la plus noire de ma vie. Jusqu’alors, j’avais pensé que je serais plus heureuse dans la vie, si j’étais mince. 

Une fois mince, toutes mes fausses croyances sont tombées. Et plus j’étais heureuse, plus je reprenais du poids!

C’est ça mon corps, c’est ça mon métabolisme. Quand j’étais mince, je ne me reconnaissais plus, je n’étais plus moi-même. Pire, j’avais l’impression d’être moins belle, plus terne, d’avoir perdu tout ce qui me rendait spéciale, charismatique. Je ressemblais à toutes les autres filles. 

Le bon côté d’Instagram

Les gens blâment beaucoup les réseaux sociaux, mais grâce à eux les filles d’aujourd’hui trouvent des modèles à qui s’identifier, des ressources, et une visibilité. Mon but est de les aider le plus possible. 

Courtoisie
Sonia veut aider les jeunes femmes à s'aimer comme elles sont. 

Je reçois encore tellement de messages. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu’on me confie. L’autre jour, une femme de 35 ans m’a fièrement annoncé que cet été, pour la première fois, elle allait porter des camisoles et pas des manches longues, parce que je lui avais donné confiance en elle. 

Une autre fille m’a dit qu’elle avait fait l’amour avec son chum la lumière allumée pour la première fois après cinq ans de relation.

J’ai un message à passer aux lectrices: peu importe ce que vous décidez de faire avec votre corps, c’est votre choix. 

Ne faites rien en fonction des standards ou pour plaire aux personnes autour de vous. Faites les choses pour vous, parce que c’est ce que vous voulez.

Et soyez heureuses. 

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Céline Gobert. 

Pour suivre la page Instagram de Sonia, c’est ici