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11/11/2019 16:10 EST | Actualisé 11/11/2019 16:26 EST

Je n’aurais jamais imaginé être grand-mère à 35 ans. Voici comment ma vie a changé.

Pendant des années, je me suis sentie comme une mauvaise grand-mère, tiraillée entre ce sentiment d’être obligée de prendre soin de mes petits-enfants et mon propre désir de voyager.

LaylaBird via Getty Images

«C’est un bébé avec un bébé!» a dit ma mère à la caissière, en blaguant, quand j’avais 18 ans. Nous étions à la recherche de vêtements de maternité pour moi, et en y repensant, on peut dire que j’étais un bébé. Mais à l’époque, je pensais que j’avais un plan.

J’ai rencontré Larry à l’âge de 16 ans et occupé mon premier emploi dans un restaurant. J’étais hôtesse et il travaillait dans la cuisine. Il avait 20 ans, il était gentil et vivait en appartement avec des amis. Nous avons commencé à sortir ensemble puis avons décidé de nous marier un an plus tard. Ma mère voulait que nous vivions ensemble d’abord étant donné que nous étions très jeunes. Mais mon père était vieux jeux et a insisté pour qu’on se marie. Larry et moi voulions nous marier aussi. Mon père est venu au tribunal signer pour moi puisque j’avais 17 ans et que j’étais encore mineure.

Tout s’est passé tellement vite. Six mois après mon mariage, j’ai découvert que j’étais enceinte. Même si elle n’étais pas prévue, la grossesse semblait être une suite logique: se marier, avoir des enfants. Quand je l’ai dit à Larry, il était aussi excité que moi. C’est ce que n’importe qui ferait.

À 18 ans, j’ai eu ma fille Chrissy, puis trois ans plus tard, à 21 ans, j’ai eu ma deuxième fille, Tara. J’avais décidé que si j’avais mes enfants jeune, je serais assez jeune pour les apprécier à mesure qu’ils vieillissent. Donc, pour mon 21e anniversaire, au lieu de sortir et de me saouler comme la plupart des gens, j’ai bu un daiquiri à la fraise sans alcool lors de ma fête surprise.

Parce que nous étions jeunes, je pensais que mes enfants, mon mari et moi verrions et ferions plus de choses ensemble. Et nous l’avons fait. Nous avons emmené les filles camper et pêcher et avons créé des projets d’artisanat ensemble. Malgré tout, il y a eu des sacrifices. Tandis que mes amis sortaient ensemble, entraient à l’université et allaient dans les bars, veillaient tard et prenaient des risques, j’étais seule dans un appartement où régnait un bébé souffrant de coliques et je pleurais, en pleine dépression post-partum, tandis que mon mari travaillait 80 heures par semaine comme gérant de restaurant.

Mais c’était mon choix et j’ai vraiment adoré ma maternité. Même si ça a été difficile de m’engager aussi rapidement sur cette voie, je n’ai jamais regretté d’avoir mes enfants plus jeune. Ils sont encore la meilleure chose qui me soit arrivée.

À quoi cela ressemblerait d’être célibataire pour la première fois depuis mon adolescence?

Après notre mariage, alors que Larry était - et est toujours - un excellent père, il travaillait fort et était rarement à la maison. Nous avons divorcé quand notre plus jeune fille avait deux ans et sommes restés amis, en passant des vacances ensemble, collaborant pour la garde partagée et veillant à faire ce qui était le mieux pour nos filles.

Je me suis remariée et ça a duré 10 ans, puis mon deuxième divorce a eu lieu lorsque les filles étaient adolescente. Je me suis donc préparée pour le nid vide de plusieurs façons. Au début, c’était effrayant: à quoi cela ressemblerait d’être célibataire pour la première fois depuis mon adolescence?

Puis j’ai commencé à espérer la liberté qui m’attendait. Ma mère m’a donné envie de voyager. J’étais enthousiaste à l’idée de pouvoir voyager aux États-Unis en train, comme je l’avais toujours voulu. J’étais prête à me recentrer sur moi-même. Je voulais explorer. Je voulais me libérer un peu. J’étais tellement déterminée à être une bonne mère et une bonne femme lorsque mes enfants grandissaient, mais j’attendais encore l’opportunité de pouvoir découvrir qui j’étais.

J’avais le désir de pouvoir rattraper ces années d’indépendance manquées alors que j’étais encore jeune et en bonne santé.

À la fin de ma vingtaine, j’ai obtenu mon diplôme du secondaire et je suis allée à l’université. C’était la première fois que je réalisais que j’étais intelligente. J’ai été affectée par le TDAH toute ma vie, mais je ne le savais pas au secondaire, alors que je sautais des cours et que je me mettais dans l’embarras. Je n’ai pas réalisé mon potentiel avant d’avoir commencé à suivre des cours à l’université. Je suis tombée amoureuse de la littérature, de la composition et de tous les cours qui impliquaient la lecture ou l’écriture. J’ai commencé à écrire pour des publications locales et j’ai décidé de produire mon propre magazine tout en étudiant le journalisme à l’Université du Kansas.

L’adolescence de mes filles a donc été une période occupée, mais néanmoins riche en apprentissages pour moi aussi. J’attendais avec impatience de pouvoir me plonger dans une exploration de moi-même lorsque mes enfants seraient partis de leur propre chef. J’avais le désir de pouvoir rattraper ces années d’indépendance manquées alors que j’étais encore jeune et en bonne santé.

Ce qui n’était pas dans mes plans était de devenir grand-mère si tôt.

Quand j’avais 35 ans, ma fille de 16 ans, Chrissy, est tombée enceinte. J’étais dévastée pour elle - je ne voulais pas qu’elle mette sa vie sur pause comme je l’avais fait. Je lui ai conseillé de débuter l’université directement.

Elle a dû abandonner son rêve pour plutôt avoir un enfant tellement jeune - un sacrifice que je connaissais trop bien.

Chrissy était douée; elle suivait un programme spécial en japonais. Nous l’imaginions aller à l’université, puis se trouver un emploi comme traductrice en entreprise. Tout cela a changé avec un bébé sur le chemin. Son école permettait aux étudiantes enceintes de poursuivre leurs études et d’amener plus tard le bébé avec elles à l’école. Mais elle a dû abandonner le programme de langue pour faire du bénévolat à la garderie de l’école. Elle a dû abandonner son rêve pour plutôt avoir un enfant tellement jeune - un sacrifice que je connaissais trop bien.

Chrissy a passé sa dernière année à porter des livres, un bébé et un sac à langer à l’école.

Son fils, Jason, est né quand j’avais 35 ans. «Je ne suis pas assez vieille pour être une grand-mère!», c’est que je répétais à qui voulait l’entendre.

Ma réticence à être grand-mère a créé beaucoup de frictions entre Chrissy et moi. Il y avait un conflit évident entre nous car elle voulait que je joue un rôle plus présent dans l’éducation de ses enfants, et ça a entraîné chez moi un sentiment de culpabilité. Je savais qu’elle voulait que je l’aide à élever son fils, la conseille sur l’alimentation de nuit, l’entraînement à la propreté et la façon d’élever une famille. Mais ce n’était pas moi.

Pendant des années, je me suis sentie comme une mauvaise grand-mère, tiraillée entre ce sentiment d’être obligée de prendre soin de mes petits-enfants et mon propre désir de voyager.Je n’étais pas ce que devrait être une grand-mère. Je ne ressemblais pas à une grand-mère à cause de mon âge. Je n’ai pas agi de la sorte à cause de la façon dont j’ai été élevée.

Je me souviens que ma mère était aussi une grand-mère réticente. Elle a dit: «Je ne veux rien avoir à faire avec eux tant qu’ils ne sont pas en âge de voyager.» Et elle a tenu parole. Bien qu’elle n’ait jamais gardé mes enfants - et je n’avais jamais pensé lui demander parce que je savais que ce n’était pas dans sa personnalité-, quand elles étaient en âge de voyager, elle les emmenait avec elle, aimant leur compagnie. Mes filles la considéraient plus comme une amie que comme une grand-mère.

J’ai réalisé que j’étais devenue ma mère.

Pourtant, alors que maman possédait sans vergogne son esprit audacieux, je me sentais coupable. J’ai repris une discussion particulièrement difficile avec le thérapeute que je voyais, en déclarant que je ne devais pas être une bonne grand-mère parce que je n’avais pas ça en moi. Il a simplement dit: «Vous n’êtes juste pas ce genre de grand-mère.»

Ses mots ne m’ont pas fait réagir au début, mais j’ai commencé à penser à ma mère. Le seul modèle que j’avais pour ma vie de grand-mère n’était pas votre grand-mère typique. (Je n’ai pas eu une grande relation avec ma propre grand-mère en grandissant.) Pourquoi était-il acceptable que ma mère brise le moule, mais pas moi? Je savais que j’aimais mes enfants et leurs enfants, donc je devais trouver ce qui fonctionnait pour nous tous.

J’ai encore du mal à atteindre l’équilibre entre explorer et voyager pour moi tout en restant connectée avec eux.

Chrissy a eu deux autres enfants, Katelyn et Brooke, à 23 et 25 ans. Tara a eu ses deux garçons, Danny et Andrew, à 24 et 26 ans. Alors, à 47 ans, en un clin d’œil, j’étais la grand-mère de cinq enfants. Ce que j’ai réalisé, c’est que c’est correct que toute ma vie ne tourne pas autour de mes petits-enfants. En raison des paroles de mon thérapeute, j’ai accepté qui je suis et comment je suis et j’ai appris à croire que mes petits-enfants et moi-même connecterions ensemble de manière authentique. Et je pense que d’autres femmes peuvent faire la même chose.

Je suis maintenant dans la cinquantaine et je ne me sens toujours pas comme une grand-mère. Maintenant que mes petits-enfants sont plus âgés, nous construisons nos propres relations. J’ai encore du mal à atteindre l’équilibre entre explorer et voyager pour moi tout en restant connectée avec eux. Ce mois-ci, j’ai trois voyages en quatre semaines. Deux de mes petits-enfants vont célébrer leur anniversaire pendant ce temps, probablement pendant mon absence. Je me sens mal, mais j’ai aussi l’impression que mon choix ne veut pas dire que j’aime moins mes petits-enfants.

Je ne suis pas la grand-mère, comme dans les films, qui a mis sa vie en suspens pour aider à élever ses petits-enfants.

Comme ma mère avant moi, je suis devenue grand-mère à ma manière. La cuisine, l’artisanat et d’autres activités que j’aimais faire avec mes filles sont maintenant consacrées à mes petits-enfants. Ils sont assez grands pour ne pas avoir besoin de gardienne (la plupart du temps) alors nous développons notre propre façon d’être ensemble.

Je ne suis pas la grand-mère, comme dans les films, qui a mis sa vie en suspens pour aider à élever ses petits-enfants. Je suis le genre de grand-mère qui vit sa vie au maximum tout en aimant ses petits-enfants quand elle est avec eux. Je vis bien avec ça. J’espère que mes petits-enfants se souviendront de leur enfance et se rappelleront surtout de moi comme d’une amie, parce que je suis beaucoup trop jeune pour être une grand-mère.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.