POLITIQUE
12/06/2019 13:05 EDT | Actualisé 12/06/2019 15:27 EDT

Jason Kenney veut combattre «l'ingérence» d'Ottawa aux côtés du Québec

Il croit trouver en François Legault un partenaire, considérant les combats de la province pour protéger ses pouvoirs.

Justin Tang/La Presse canadienne
Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney

MONTRÉAL — Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, veut s’allier au Québec pour se battre contre «l’ingérence» d’Ottawa dans les champs de compétence provinciale.

Il croit trouver en François Legault un partenaire, considérant les combats de la province pour protéger ses pouvoirs.

Le conservateur a même exprimé le souhait de faire revivre, en quelque sorte, «l’Alliance historique» entre le Québec et l’Alberta, alors incarnée par René Lévesque et l’ancien premier ministre de l’Alberta Peter Lougheed.

M. Kenney a d’ailleurs l’intention d’en parler au premier ministre caquiste mercredi après-midi lorsqu’il le rencontrera à Québec.

Il promet aussi de faire de ce projet d’alliance un thème lors de ses prochaines visites au Québec, a-t-il indiqué.

M. Kenney a tenu ces propos en point de presse, mercredi, en marge d’une allocution prononcée — en bonne partie en français — sur «l’avenir énergétique», à la Conférence de Montréal du Forum économique des Amériques.

 Il avait évidemment en tête le projet de loi C-69 qui resserre les évaluations environnementales des grands projets d’exploitation de ressources énergétiques. M. Kenney l’a déjà non seulement qualifié d’inconstitutionnel, mais il juge qu’il risque aussi de mettre en péril l’unité du pays.

Mercredi matin, M. Kenney s’est réjoui de l’ouverture de M. Legault au projet d’un gazoduc en sol québécois et aussi du souhait de son homologue québécois de moins dépendre de la péréquation canadienne.

Acheter de l’Ouest

Notant la quantité de pétrole toujours consommée par les Québécois, l’Albertain croit qu’ils devraient se le procurer au pays, et non l’importer de l’étranger.

Les Québécois consomment 60 000 barils de pétrole par jour, a souligné le premier ministre albertain à plus d’une reprise mercredi matin à Montréal.

Et le pétrole produit en Alberta est le moins polluant au monde, a-t-il soutenu, en plus de venir d’un endroit qui respecte les droits de la personne, contrairement aux pays de l’OPEC (Organisation des pays exportateurs de pétrole).

Il espère aussi que les Québécois comprennent «la frustration des Albertains».

L’Alberta est empêchée par les politiques canadiennes de remettre de l’argent dans les coffres du Canada — de l’argent qui a pourtant bien profité au Québec au cours des années, dit-il.

Le premier ministre a ainsi repris l’un de ses vieux arguments qu’il remâche depuis des années: le Québec reçoit des versements de péréquation grâce aux autres provinces canadiennes, dont l’Alberta qui y contribue avec son industrie pétrolière.

L’opposition demande à Legault de ne pas plier

Pair ailleurs, l’opposition demande au premier ministre François Legault de ne pas plier devant son homologue de l’Alberta, Jason Kenney, qu’il reçoit à Québec mercredi.

M. Legault est favorable à l’idée d’un pipe-line de gaz naturel de l’Ouest qui traverserait le Québec. Or Jason Kenney cherche justement des débouchés pour les hydrocarbures de sa province.

Outre un tête-à-tête au bureau du premier ministre en fin d’après-midi, M. Legault recevra M. Kenney à souper à son appartement de fonction dans le Vieux-Québec.

“On a un désaccord sur l’oléoduc de pétrole, a commenté M. Legault en mêlée de presse en matinée. Il doit comprendre qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour un oléoduc de pétrole. On aura l’occasion ce soir de souper tous les deux tout seuls à mon appartement, donc on aura l’occasion de faire le point.”

Il a toutefois refusé de confirmer qu’il apparaîtra au côté de son visiteur pour une conférence de presse commune après leur entretien au bureau du Conseil exécutif.

À la période de questions, la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé, a soupçonné le gouvernement d’être sous l’influence du lobby du pétrole. Les versements de péréquation au Québec ne doivent pas non plus servir à acheter son consentement, a-t-elle insisté.

“La fierté, ce n’est pas de courber l’échine quand Jason Kenney tente de nous faire sentir coupables. Le Québec ne devrait pas avoir honte de vouloir autre chose que leur énergie sale. Est-ce que le premier ministre va se tenir debout ou est-ce qu’il va plier devant le chantage paternaliste de M. Kenney?”

En mêlée de presse, le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé, a affirmé que c’est au Québec de trancher, même si le fédéral, par l’Office national de l’énergie (ONÉ), est responsable du dossier du transport d’hydrocarbures interprovincial.

“Le Québec est libre de ses choix, et si les Québécois décident qu’il n’y aura pas de pipeline qui passera sur leur territoire, ce ne sera certainement pas l’Alberta.”

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