TÉMOIGNAGES
30/08/2019 13:03 EDT

J’ai fait un burn-out et ça a failli me tuer

«Pour un titre valorisant, pour une job payante, je vendais un peu mon âme au diable.»

Francesco Carta fotografo via Getty Images

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

J’ai longtemps eu un problème: je voulais être aimée à tout prix. 

En fait, sans m’en rendre compte, ma personnalité était encombrée par un gros égo. Ça faisait plusieurs années que mon burn-out se préparait mais l’être humain est résistant. 

J’étais perdue dans un personnage que je m’étais créé, je faisais beaucoup de mauvais choix, surtout au niveau professionnel, aucun emploi ne me faisait vibrer. Il faut dire que je ne me posais jamais les questions essentielles: qui est vraiment Ève? Quels sont ses rêves? 

Je prenais des décisions en fonction de ce qui est valorisé en société ou avec pour seule motivation de ne pas être rejetée.

Je me conformais aux demandes des autres, je disais oui à tout, je ne mettais aucune limite, j’étais un vrai caméléon qui se fond dans la masse. 

Je me souviens particulièrement d’un moment où je me suis retrouvée dans une entreprise à vendre de l’acier. Moi qui n’étais pas du tout techno, je me retrouvais avec un écouteur sur la tête et trois écrans d’ordinateur devant moi à vendre un produit qui ne m’excitait pas du tout! Et ça, juste parce que je pensais que c’était ce que je devais faire. C’était une job stressante. J’ai réalisé à quel point j’étais perdue. J’étais assise dans la mauvaise chaise. 

Puis, j’ai travaillé dix ans dans le domaine du vêtement et du commerce de détails, des meubles et de la décoration intérieure. J’étais vraiment malheureuse, partout où j’allais j’emmenais mon problème, j’étais irritée, frustrée, déçue. 

Rien ne correspondait à ce que je voulais, mais je ne savais pas ce que je voulais, c’était ça le vrai problème. C’est ça qu’il se passe quand on fait des choix en fonction de nos peurs, qu’il s’agisse du type d’emploi ou de la question du salaire.

J’étais complètement désalignée avec moi-même. J’étais ma pire ennemie.  Évidemment, une telle attitude fatigue, je revenais du travail en pleurant, j’étais vidée.

Pour un titre valorisant, pour une job payante, je vendais un peu mon âme au diable. Finalement, ma vie semblait ne plus avoir de sens. Je m’éteignais.

Je n’étais pas en mesure d’aller à ma rencontre, j’ai même eu des idées très noires, car je n’en voulais pas de cette vie-là, mais j’étais comme piégée dans une roue infernale. C’est comme si j’avais des saboteurs internes, je passais d’un emploi à un autre, j’étais très instable. 

Le choc 

Le burn-out m’a frappée, et j’ai frappé un mur, au décès de ma mère.

L’hôpital m’a appelée le lundi pour me dire que maman était en fin de vie, qu’elle désirait l’assistance à mourir. Je ne m’y attendais pas, j’étais en conflit avec elle et je n’avais pas été la voir. J’étais entêtée, prise dans mon égo. Je m’attendais à ce qu’elle sorte de l’hôpital. Ça m’a bouleversée. 

Le week-end précédent, j’étais prête à aller la voir, j’avais réalisé que j’étais davantage dans un conflit avec moi-même qu’avec elle. 

Je me souviens de m’être rendue à son chevet, elle était tellement gelée par la médication, mais elle m’a regardée, les yeux un peu perdus. Je me souviendrai toujours de ce regard. Pour moi c’était une rencontre d’âme à âme, un moment de connexion et de pardon. 

J’appelle ça un «coup de grâce», car je dirais que ma mère m’a ouvert les yeux, elle m’a redonné la vie une seconde fois. Sa mort a été un vrai «wake-up call». C’est pour ça que mon livre va s’appeler «Renaître par amour: de la souffrance à l’émergence». 

Je crois que le milieu dysfonctionnel d’où je viens m’a peut-être prédisposée à tomber dans ces pièges-là. En ce qui me concerne, j’ai été élevée par une mère seule, dans la pauvreté de Montréal-Nord, mon père était violent, alcoolique. Ça explique peut-être pourquoi je veux à tout prix être aimée. 

Il faut dire aussi que la société valorise la compétition, la performance, alors il devient facile de tomber dans le piège de vouloir prouver aux autres qu’on est telle ou telle personne.

Mais, en réalité, on cherche la reconnaissance à tout prix car on est incapable de se la donner soi-même. 

M’man m’a montré que mon coeur était fermé, manipulé par mon égo qui me jugeait, non seulement moi mais aussi les autres. L’égo, il compare, il critique, il est dans le désamour. 

La mort ferme les yeux des mourants, mais elle ouvre ceux des vivants. Sa mort m’a ouvert le coeur aussi. Quand tu te retrouves comme ça devant un lit d’hôpital sur lequel il y a ta mère et que tu te dis: «mon Dieu, tant de résistances, tant de fermeture, tant de jugement et de souffrances inutiles!» Soudain, c’est comme si plus rien n’avait de sens. Puis, tu refais le fil de ta vie. «Tu te dis: pourquoi? Au nom de quoi on se sépare comme cela? Comment en arrive-t-on là?» 

Aujourd’hui, avec ce texte, je veux montrer que oui, il est possible de s’en sortir. 

Beaucoup d’outils, de ressources existent 

D’abord, il faut prendre conscience de la dureté de son égo. Il est important de faire la distinction entre le discours mental et le discours du coeur. C’est ainsi qu’on cherche davantage à comprendre l’autre, à se lier plutôt qu’à se diviser.

C’est ainsi qu’on se reconnecte avec qui on est vraiment, en délaissant le personnage, l’image qu’on s’est créé: celle qui veut bien paraître, performer, répondre aux exigences.  

Ensuite, je pense qu’il est important d’apprendre à s’apaiser, sentir que ce que l’on fait est cohérent, c’est-à-dire que nos gestes sont alignés avec nos valeurs profondes, qu’on sent que nos choix font sens, qu’ils sont bons pour nous, qu’on ne les fait pas parce que c’est ça que l’on croit «devoir faire». 

Bien sûr, il y a aussi plusieurs outils simples: la respiration, la méditation, la marche, le sport, les loisirs, les mandalas, l’écriture. Il faut aller chercher ce qui vibre avec nous, et intégrer ce rituel dans nos vies au quotidien.  

Pour ma part, je prône une chose prioritaire : aller nourrir sa joie d’être. Les plaisirs oui, mais également le sens à sa vie.  

En burn-out cette perte de sens est caractéristique, les gens ne savent plus qui ils sont, ni vers quoi ils s’en vont.

Désormais, tout ce que je crée est aligné avec mes valeurs profondes.  

Les bénéfices dans mon quotidien sont positifs, énormes. Dès que je pose le pied hors du lit je souris, je sens une énergie nouvelle, un goût de la vie, et ce, malgré les défis, les problèmes. 

Ma créativité bat son plein, et tout semble advenir naturellement: les belles rencontres, les relations nourrissantes.  

Aux lecteurs, je voudrais terminer en disant une chose: on a toujours le choix. Quand la vie nous met des pierres sur notre route, on a le choix d’en faire un mur, ou bien… un pont!

Le livre d’Ève Gauthier sortira le 18 septembre prochain au Québec. Il sortira également en Europe en janvier 2020 (Suisse, France, Belgique), aux Éditions Le Dauphin Blanc. 

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Céline Gobert.