TÉMOIGNAGES
12/07/2019 10:45 EDT

J’ai 17 ans, je suis né sans main droite, et cela m’a rendu plus fort

Je suis né à Laval en 2001, à la naissance, mes parents ont découvert que ma main droite n’avait pas grandi. C’était congénital. J’ai donc compris très jeune que j’étais un peu différent des autres garçons.

Courtoisie
«Ç'a été très positif pour moi de pouvoir côtoyer et parler à des gens qui vivaient la même chose que moi.»

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

Très tôt, je me suis rendu compte que je n’avais qu’une main. À trois ou quatre ans, et je me souviens avoir demandé à ma mère: «Maman, pourquoi il me manque une main à moi?»

Mes parents m’ont tout de suite fait intégrer le Programme pour enfants amputés LES VAINQUEURS de l’Association des Amputés de guerre, ce qui m’a permis d’être très tôt en contact avec d’autres personnes amputées, soit des mêmes membres, soit de membres différents. 

Ç'a été très positif pour moi de pouvoir côtoyer et parler à des gens qui vivaient la même chose que moi.

Ça m’a beaucoup aidé à comprendre que c’était tout à fait possible pour moi d’avoir une vie normale. Je pouvais leur poser des questions sur le futur, me rassurer et voir comment eux ils avaient vécu leur vie et réussi à relever certains défis. 

De nombreuses interrogations

Quand j’étais au secondaire, je me demandais beaucoup comment allait être le cégep. J’avais beaucoup de questions: est-ce que le travail était difficile à faire avec une seule main? Est-ce que cela rendait les choses plus difficiles? Est-ce que les gens allaient accepter d’être amis avec moi? 

Ils me répondaient que tout était possible pour moi, que tout le monde allait m’accepter comme je suis, et que même si certaines tâches allaient être difficiles, les professeurs et les gens seraient gentils avec moi. Ça me rassurait. 

Et ils avaient raison! Tout s’est passé exactement comme ça. 

Bien sûr, au début, au secondaire on me regardait beaucoup, mais ça s’est arrêté assez vite.

C’est normal qu’on regarde, pour les jeunes, c’est de l’inconnu, certains n’ont jamais vu ça, ils ne savent même pas que ça existe, que c’est possible. 

Aujourd’hui, j’étudie au Cégep Montmorency et c’est différent, les gens ont souvent plus conscience que ça existe, ils sont plus habitués. Et tout se passe très bien pour moi. J’ai réussi à me faire beaucoup d’amis, et les cours ne sont pas si difficiles, même les labos techniques. Plus tard, j’aimerais peut-être devenir technicien informatique, mais je ne suis pas sûr encore. 

Devenir un modèle positif 

Cet été, l’Association des Amputés de guerre m’a engagé pour relever un défi: je vais me rendre dans divers camps de jour de la région de Montréal pour expliquer aux enfants qu’il faut qu’ils jouent prudemment afin d’éviter les dangers. Un autre jeune de 17 ans, Saoud Messaoudi, amputé de la jambe gauche viendra rencontrer les jeunes aussi. 

On va leur parler de notre expérience, leur expliquer ce que c’est qu’être amputé. Près de 2000 jeunes seront sensibilisés. Si cette tournée des camps de jour permet d’éviter un seul accident, alors nous aurons accompli notre mandat!

Courtoisie
Philippe et Saoud vont se rendre dans des camps de jour de la région de Montréal pour parler de leur expérience aux enfants. 
Être amputé m’a apporté beaucoup d’assurance. Je sais aujourd’hui que même si je rencontre des barrières dans ma vie, je vais pouvoir les surmonter.

Et si j’avais un message à passer, ce serait celui-ci: dans la vie, parfois, les choses ne se passent pas comme on voudrait, mais il faut continuer à avancer, parce qu’il y a toujours un chemin, une façon d’aller bien. 

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Céline Gobert. 

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