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29/08/2020 11:36 EDT | Actualisé 29/08/2020 11:39 EDT

Jacob Blake: les policiers de Kenosha donnent leur version des faits

La déclaration faite par l'avocat de l’Association de la police professionnelle de Kenosha entre plus en détail que tout ce qui a été publié par le Département de la Justice du Wisconsin.

ASSOCIATED PRESS Photo/Russell Contreras
Des véhicules sont garés le vendredi 28 août 2020 à Kenosha, au Wisconsin, où Jacob Blake, un homme noir, a été abattu par la police le 23 août.

MADISON, Wis. — Vendredi, le syndicat de la police de Kenosha a présenté le compte rendu le plus détaillé à ce jour sur la version des policiers concernant les événements qui ont poussé un officier à tirer sept fois dans le dos de Jacob Blake. Selon ce récit, la victime avait un couteau et s’était battue avec les policiers, empoignant l’un d’entre eux par le coup.

La déclaration de Brendan Matthews, avocat de l’Association de la police professionnelle de Kenosha, entre plus en détail que tout ce qui a été publié par le Département de la Justice du Wisconsin, qui est responsable de l’enquête.

Les coups de feu tirés dimanche sur Jacob Blake, un homme noir, ont attiré l’attention de tout le pays sur le Wisconsin et ont déclenché une série de manifestations parfois pacifiques et parfois violentes.

Dans l’une de ces manifestations, deux personnes ont été tuées par un jeune civil armé mardi. Jacob Blake est paralysé depuis la fusillade, selon sa famille, et il se rétablit dans un hôpital de Milwaukee.

Une vidéo enregistrée par un téléphone portable montre le policier de Kenosha, Rusten Sheskey, et un collègue qui suivent Jacob Blake avec leur arme à feu alors que celui-ci se dirige vers un véhicule garé devant une maison.

Selon Brendan Matthews, les agents avaient été envoyés à cet endroit en raison d’une plainte selon laquelle Jacob Blake tentait de voler les clés et le véhicule de la personne plaignante. Brendan Matthews a déclaré que les agents, avant leur arrivée, savaient qu’un mandat d’arrêt avait été émis contre Jacob Blake pour agression sexuelle, dans une autre histoire.

Selon la version alléguée par Brendan Matthews, Jacob Blake aurait été armé d’un couteau, mais les policiers ne l’auraient pas vu en arrivant sur les lieux.

«Les agents l’ont vu pour la première fois tenir le couteau alors qu’ils se trouvaient du côté passager du véhicule», a-t-il soutenu.

Le témoin qui a enregistré la fusillade, Raysean White, 22 ans, a déclaré avoir vu Jacob Blake se bagarrer avec trois officiers et les avoir entendus crier: «Lâchez le couteau! Lâchez le couteau!», avant que des coups de feu soient tirés. Il a affirmé qu’il n’avait pas vu de couteau entre les mains de Jacob Blake. Les enquêteurs de l’État ont seulement mentionné que les agents avaient vu un couteau sur le plancher de la voiture. Ils n’ont pas indiqué si Jacob Blake avait menacé qui que ce soit.

Brendan Matthews a déclaré que les agents avaient demandé à plusieurs reprises à Jacob Blake de laisser tomber le couteau, mais qu’il n’était pas coopératif. Il a déclaré que les agents avaient utilisé un pistolet à impulsion électrique sur Jacob Blake, mais que cela ne l’avait pas neutralisé.

«Blake s’est battu avec force contre les officiers, y compris en empoignant l’un d’entre eux par le coup», a déclaré Brendan Matthews. Une deuxième décharge électrique ne l’a pas non plus neutralisé, a-t-il déclaré.

Alors que Jacob Blake ouvrait la portière du côté conducteur, Rusten Sheskey a agrippé sa camisole puis il a ouvert le feu. Les trois enfants de Jacob Blake se trouvaient sur la banquette arrière. 

«Sur la base de l’incapacité d’obtenir le contrôle de la situation après avoir utilisé des moyens verbaux, physiques et moins mortels, les agents ont sorti leur arme à feu», a poursuivi Brendan Matthews dans sa version du côté policier. «Monsieur Blake a continué à ignorer les ordres des officiers, même avec la menace de la force meurtrière.»

Le département de la Justice du Wisconsin n’a fait aucun commentaire, dans l’immédiat, sur la version des événements du syndicat. Un avocat de la famille de Jacob Blake n’a pas immédiatement répondu aux courriels de l’Associated Press.

Le département de la Justice n’a publié presque aucune information sur l’officier Sheskey et les deux autres policiers, Vincent Arenas et Brittany Meronek.

Un rapport annuel du département de police de Kenosha indique que Rusten Sheskey a été embauché en tant qu’officier en 2013.

Dans une interview accordée au Kenosha News en août 2019, Rusten Sheskey a déclaré qu’il avait toujours voulu entrer dans les forces de l’ordre, notant que son grand-père avait servi la ville en tant que policier pendant 33 ans.

«Ce que j’aime le plus, c’est que vous avez affaire à des gens qui vivent peut-être le pire jour de leur vie et que vous pouvez essayer de les aider autant que vous le pouvez et rendre cette journée un peu meilleure», avait déclaré l’officier Sheskey au journal. «Et que, pour la plupart, les gens nous font confiance pour les aider. Et c’est une énorme responsabilité, et j’aime vraiment essayer d’aider les gens. Nous ne pourrons peut-être pas régler une situation, ou la rendre meilleure, mais nous pouvons peut-être leur faciliter la tâche pendant ces moments.»

Rusten Sheskey, qui semble avoir la peau blanche, si l’on se fie aux photographies et aux vidéos, a été transféré à la patrouille à vélo en 2017, selon l’interview de Kenosha News.

Il faisait partie d’un groupe d’agents nommés dans une action en justice fédérale déposée l’année dernière par un homme de la prison du comté de Kenosha, Lathan Steven Ward, qui a accusé les agents d’avoir endommagé sa porte alors qu’ils la démolissaient pour exécuter un mandat, en août 2018. Il a également accusé les policiers de profilage racial, lui causant douleur et honte. Le juge J.P. Stadtmueller avait rejeté l’affaire, jugeant que les allégations de Lathan Steven Ward n’étaient pas suffisantes pour justifier un procès.

Avant que Rusten Sheskey ne rejoigne le département de police de Kenosha, il a travaillé pour le département de police du campus de l’Université du Wisconsin-Parkside à Kenosha de l’automne 2009 au printemps 2013. Il a occupé diverses fonctions, notamment répartiteur, responsable de l’application des règlements de stationnement et officier de police.

Les enquêteurs n’ont pas dit combien de plaintes ont pu être déposées contre Rusten Sheskey, ou encore si ses supérieurs l’ont déjà sanctionné ou s’il a mérité des éloges.

Vincent Arenas fait partie du département de police de Kenosha depuis février 2019 et a précédemment servi dans la police du Capitole des États-Unis de juin 2017 à janvier 2019, ont déclaré les autorités. Vincent Arenas a également servi dans les Marines de 2012 à 2017 et n’a effectué aucun déploiement de combats, a déclaré le Corps des Marines.

Brittany Meronek a rejoint la police de Kenosha en janvier. Elle a reçu un diplôme technique de l’académie de police judiciaire du Gateway Technical College en mai, selon les dossiers scolaires.

L’Associated Press a déposé une demande en vertu de la loi sur les dossiers ouverts du Wisconsin auprès du Département de la justice de l’État et du Département de police de Kenosha pour consulter les dossiers de service des agents. Les agences gouvernementales mettent généralement des semaines ou des mois à remettre les documents en réponse à de telles demandes.

Rusten Sheskey et Brittany Meronek n’ont pas répondu aux courriels envoyés à des adresses qui semblaient être les leurs et Vincent Arenas n’a pas répondu à un message téléphonique laissé à un numéro de téléphone qui semblait être le sien. Les membres des agents n’ont pas répondu aux demandes d’information. Personne n’a répondu à la porte jeudi chez Rusten Sheskey.

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