POLITIQUE
13/11/2019 17:48 EST

Investissement de Québec dans les dirigeables: on ignore s'il y a des clients

Investissement Québec allongera environ 30 millions $ dans Flying Whales, qui souhaite mettre au point des dirigeables capables de transporter de lourdes charges à des endroits peu accessibles.

THE CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot
Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon (photo d'archives)

Québec a une fois de plus dû défendre sa décision d’injecter près de 30 millions $ dans une compagnie française qui n’a pas encore de clients et qui souhaite développer des ballons dirigeables qui ne volent pas encore.

Mais même si la somme n’est pas «banale», le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon a estimé, mercredi, que le risque était «minime» par rapport aux retombées potentielles — comme l’implantation d’une usine de fabrication dans la province qui aurait l’exclusivité de la production en Amérique du Nord, ce qui se traduirait par la création de plusieurs centaines d’emplois.

«Le potentiel, il est énorme, dans une grappe industrielle (l’aéronautique) où on veut attirer du talent», a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse, accompagné du président-directeur général de Flying Whales, Sébastien Bougon, et du président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset.

Si tout se déroule comme prévu, on parle d’environ 400 nouveaux emplois à plus de 100 000 $ par année, a souligné M. Fitzgibbon.

Investissement Québec (IQ) allongera environ 30 millions $ dans Flying Whales, qui souhaite mettre au point des dirigeables capables de transporter de lourdes charges, comme de la machinerie, à des endroits peu accessibles.

Fondée en 2012, la société est établie en Nouvelle-Aquitaine, dans le sud-ouest de la France, où elle compte ouvrir sa première usine, en 2022.

Alors que Québec saute dans l’aventure en mettant sur la table des dizaines de millions de dollars, MM. Bougon et Rousset n’ont pas été en mesure de dire clairement, lorsqu’interrogés, si Flying Whales avait déjà convaincu des clients.

«Non, il n’y a pas de client, a précisé le ministre de l’Économie. Nous ne sommes pas encore rendus au point d’avoir signé des contrats. Mais à ce moment-ci, nous sommes assez confortables pour dire qu’il y a un marché potentiel.»

Une première tranche de 22 millions $ ira dans Flying Whales et une deuxième de 8 millions $ dans une nouvelle filiale québécoise, Les dirigeables Flying Whales Québec, qui effectuera de la recherche et du développement. Le Québec pourrait également accueillir la société responsable de l’exploitation des dirigeables en Amérique du Nord.

Dès l’an prochain, les activités de recherche et développement devraient débuter au Québec, ce qui devrait engendrer la création d’une «centaine d’emplois». Selon M. Fitzgibbon, cela démontre qu’il y aura des retombées très rapidement.

Craintes chinoises?

Le gouvernement Legault s’était déjà retrouvé sur la défensive en octobre lorsqu’il avait été révélé que Flying Whales comptait parmi ses actionnaires une société chinoise visée par des soupçons d’espionnage industriel.

D’après divers reportages aux États-Unis, Aviation Industry Corporation of China (AVIC) inquiète en raison de ses tentatives pour acquérir des participations minoritaires dans des compagnies aérospatiales au sud de la frontière, notamment.

En point de presse, M. Bougon est revenu sur ces inquiétudes en affirmant qu’il fallait «apprendre à vivre avec le deuxième marché du monde, peut-être (le) premier dans le futur».

Interrogé, il a tenté de se montrer rassurant en expliquant que toute la propriété intellectuelle qui émanera du Québec appartiendra à la filiale québécoise du partenariat, qui pourra notamment la vendre à la société mère.

«Donc, elle n’a pas besoin de transférer la propriété intellectuelle», a-t-il dit, sans toutefois fermer la porte à une éventuelle implication plus large de la part du partenaire chinois.

Toutefois, à l’heure actuelle, le dirigeant de Flying Whales a rappelé que l’implication de la société chinoise se limitait à un investissement financier et qu’il ne s’agissait pas d’une coentreprise où elle était impliquée dans les activités.

M. Bougon a souligné qu’AVIC avait également eu des discussions avec Lockheed Martin à propos des ballons dirigeables, mais qu’elles ne s’étaient pas concrétisées en raison de la présence de l’américaine dans le secteur militaire.

C’est au Salon du Bourget, qui se tenait en France en juin dernier, qu’une entente de principe avait été conclue avec Flying Whales. À l’origine, l’annonce prévoyait la conclusion d’un partenariat au 30 septembre. Un décret avait été publié pour autoriser l’investissement au début du mois d’octobre.

À VOIR AUSSI: David Johnston suggère d’ajouter des débats des chefs à deux ou trois