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Infection urinaire chez la femme: comment la traiter et la prévenir?

Près d’une femme sur deux aura au moins une infection urinaire au cours de sa vie.

Connaissez-vous la cystite? Non, ce n’est pas seulement un gag de François Pérusse, c’est un vrai problème de santé. En fait, c’est le nom fancy qu’on utilise pour désigner une infection urinaire. Certaines femmes en font à répétition, alors que d’autres n’en ont jamais fait. Par quoi est-ce causé et comment prévenir cette désagréable infection? Et pourquoi touche-t-elle davantage les femmes?

Le HuffPost Québec s’est entretenu avec la gynécologue Isabelle Boucoiran, professeure adjointe clinique au département d’obstétrique-gynécologie de la faculté de médecine de l’Université de Montréal, pour faire le point sur la cystite.

Qu’est-ce que c’est?

La cystite est une infection urinaire, c’est-à-dire une inflammation de la vessie, causée la plupart du temps par une bactérie. Les principaux symptômes sont une sensation de brûlure au moment d’uriner, des douleurs internes juste au dessus du pubis (et même dans la région lombaire) et le besoin d’uriner souvent mais ne pas en être capable. Certaines femmes peuvent également avoir du sang dans leur urine.

Pourquoi la cystite est-elle plus fréquente chez les femmes?

C’est d’abord une question d’anatomie. Chez les femmes, l’urètre (le canal qui relie la vessie au méat urinaire) est plus court, ce qui permet aux microbes de remonter plus facilement jusqu’à la vessie. Aussi, des bactéries provenant de l’anus peuvent aisément se propager jusqu’au méat, puisque l’espace entre les deux est plutôt petit. On dit que près d’une femme sur deux aura au moins une infection urinaire au cours de sa vie.

Comment la traiter?

Le traitement recommandé est de prendre des antibiotiques. Il est donc conseillé de consulter votre médecin. Il arrive qu’une cystite se résorbe toute seule, en buvant beaucoup d’eau par exemple, mais c’est peu fréquent. On vous souhaite donc d’avoir un médecin de famille que vous pourrez voir rapidement. Toutefois, si vous avez déjà eu une prescription pour une autre infection urinaire au courant de la dernière année, le pharmacien peut vous la renouveler.

Il existe aussi en pharmacie certains «traitements de soulagement», pour aider à atténuer les symptômes douloureux en attendant de voir un médecin. Toutefois, Dre Boucoiran ne recommande pas ce genre de traitement. D’abord, leur efficacité n’a pas été prouvée: boire beaucoup d’eau pourrait avoir le même résultat.

La gynécologue ajoute même que ce genre de traitement, une poudre qu’on dissout dans l’eau et qui augmente le pH de l’urine, peut favoriser la prolifération de certaines bactéries (comme le E. Coli, le germe le plus fréquemment impliqué dans les cystites).

Cela peut aussi diminuer «l’activité de certains antibiotiques, comme le nitrofurantoin, un des antibiotiques de première ligne pour les cystites».

À éviter, donc, selon Dre Boucoiran.

C’est important de traiter la cystite rapidement?

Absolument, puisqu’une cystite non traitée peut se transformer en une pyélonéphrite, c’est-à-dire une infection du rein. La douleur devient alors plus diffuse, jusque dans les lombaires, et cela amène de la fièvre. Cela nécessite aussi de faire une échographie du rein et de prendre des antibiotiques plus longtemps, voire d’être hospitalisée.

Mais pourquoi certaines femmes en font, et d’autres non?

«La cause directe, on ne la connaît pas, précise Dr Boucoiran. Ce n’est jamais simple en médecine!»

Certaines femmes auraient une anatomie particulière qui pourrait favoriser les infections à répétition, mais c’est très rare, ajoute la gynécologue.

«Ça fluctue aussi avec la vie sexuelle des femmes. Ça arrive souvent au début de la vie sexuelle d’une jeune femme par exemple, elle fait plusieurs cystites à répétition, et après, ça va en diminuant.»

Les femmes enceintes, ménopausées, diabétiques ou souffrant d’une maladie qui affaiblit le système immunitaire sont également plus à risque de faire une cystite.

Comment la prévenir?

Principalement en s’essuyant de l’avant vers l’arrière quand on va à la toilette, et en allant uriner après un rapport sexuel. Cela limite les occasions de propager des bactéries. Également, aller uriner fréquemment et éviter de se retenir trop longtemps sont des bonnes manières de prévenir les infections, tout comme bien s’hydrater.

Et le jus de canneberges... c’est une légende urbaine?

Non! En fait, c’est vrai que ça peut aider à prévenir les infections urinaires, ainsi qu’à s’en débarrasser. C’est que la canneberge peut aider à diminuer l’adhésion des bactéries à la paroi de la vessie. Mais attention: privilégiez le vrai jus de canneberges, qui est plus difficile à trouver que le vulgaire cocktail!

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