Nestlé et McDo veulent réduire leurs émissions de GES, mais leurs fournisseurs «cachent» les leurs

Plus de 85% des grands producteurs de viande et de produits laitiers ne déclarent pas toutes leurs émissions ou n'ont pas d'objectif de réduction, selon un nouveau rapport.
Difficile de connaître le véritable bilan carbone de vos croquettes de poulet préférées.
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Les piètres efforts des producteurs de viande, de poisson et de produits laitiers pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) nuisent aux engagements climatiques de grandes compagnies comme Nestlé et McDonald’s, avertit un important réseau d’investisseurs.

Le réseau international d’investisseurs FAIRR (Farm Animal Investment Risk and Return) représente des actifs de 25 trillions de dollars et évalue depuis trois ans les pratiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) de 60 grands producteurs de protéines animales cotés en bourse par l’entremise de son indice Coller-FAIRR.

Dans son plus récent rapport, publié mercredi, le groupe révèle que plus des trois quarts des producteurs de protéines animales (78%) ne déclarent pas toutes leurs émissions de GES ou refusent d’établir des cibles complètes afin de les réduire. Cette proportion grimpe à 86% si on ne regarde que les producteurs de viande et de produits laitiers, en excluant les pisciculteurs. Le tiers des producteurs (35%) ont même vu leurs émissions de GES augmenter par rapport à l’année dernière.

Par exemple, alors que McDonald’s s’est engagé à réduire de 31% les émissions au sein de sa chaîne d’approvisionnement d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2015 et que Nestlé s’est engagé à devenir carboneutre d’ici 2050, ces engagements sont «gravement compromis» par l’inaction de certains fournisseurs auprès desquels ils s’approvisionnent en protéines animales, estime FAIRR. Plusieurs autres grandes entreprises comme Walmart, la chaîne d’hypermarchés française Carrefour et les enseignes britanniques Tesco et Marks & Spencer font aussi affaire avec des fournisseurs considérés à «haut risque» par le groupe d’investisseurs. Le service de boîtes repas Hello Fresh est aussi épinglé par le rapport, alors que l’un de ses fournisseurs (Cal-Maine Foods) affiche un très mauvais bilan sur le plan des émissions de GES.

«Si l’agriculture animale mondiale était un pays, elle serait le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre», a déclaré par voie de communiqué Jeremy Coller, fondateur du réseau FAIRR et directeur des investissements chez Coller Capital. «L’agriculture industrielle mine à la fois les ambitions climatiques des grandes marques et la viabilité des Accords de Paris.»

Les 5 investissements les plus risqués en 2020, selon FAIRR

  1. Fucheng, Chine
  2. Sunner, Chine
  3. Venky’s, Inde
  4. Muyuan, Chine
  5. Grupo Bafar, Mexique

Dans une déclaration écrite au HuffPost Québec, McDonald’s s’est dite fière du travail qu’elle effectue auprès de ses fournisseurs pour «réussir à généraliser l’adoption de pratiques plus durables».

«Nous collaborons étroitement avec nos fournisseurs les plus importants pour les catégories de produits où nous pouvons avoir le plus grand impact et encourageons activement ces fournisseurs à adopter des cibles, à mesurer et à déclarer leurs émissions, en plus de poser des gestes pour les réduire», écrit la compagnie.

«Nous savons que nous n’arriverons pas à transformer l’industrie seuls, et nous encourageons toutes les compagnies à travailler activement pour trouver des solutions.»

Nestlé n’a pas répondu aux questions du HuffPost.

Prévenir d’autres pandémies

Le rapport note par ailleurs que 44 des 60 sociétés évaluées «n’en font pas assez pour éviter l’éclosion et la propagation d’une future pandémie zoonotique», c’est-à-dire d’une maladie transmise à l’homme par l’animal, comme c’est la cas pour la COVID-19, notamment en raison de leur gestion des antibiotiques.

«La résistance généralisée aux antibiotiques a été citée par l’Organisation mondiale de la santé comme l’une des prochaines grandes menaces mondiales à la santé humaine», mentionne FAIRR.

Malgré ces données inquiétantes, FAIRR souligne néanmoins quelques signes encourageants, notamment le fait que sept géants de l’industrie se sont à ce jour dotés d’objectifs de réduction des GES homologués par l’initiative Science Based Targets, chapeautée par les Nations unies.

Le réseau note aussi que davantage de producteurs s’intéressent aux «protéines alternatives», comme la «viande» végétale de type Beyond Meat.

Une entreprise canadienne sur le podium

C’est le géant norvégien de la pisciculture Mowi qui se classe le mieux dans l’indice Coller-FAIRR 2020, mais une entreprise canadienne, Maple Leaf Foods, tire aussi très bien son épingle du jeu.

Top 5 de l’indice Coller-FAIRR 2020

  1. Mowi, Norvège (risque faible)
  2. Maple Leaf Foods, Canada (risque faible)
  3. Bakkafrost, Îles Féroé (risque faible)
  4. Marfrig, Brésil (risque moyen)
  5. Tyson, États-Unis (risque moyen)

Maple Leaf Foods, qui vend notamment des viandes emballées, se classe au deuxième rang du classement total, qui prend en compte 10 critères dont les émissions de GES, la déforestation, l’usage d’antibiotiques, les conditions de travail et l’investissement dans des protéines alternatives. Son objectif ambitieux pour augmenter ses ventes de protéines végétales à 3 milliards de dollars l’a fait bondir au classement, malgré de piètres performance au niveau du respect des droits de la personne et en matière de prévention de la déforestation.

La compagnie canadienne Maple Leaf figure au deuxième rang du classement de l'indice Coller-FAIRR, malgré un très mauvais bilan en matière de respect des droits de la personne.
La compagnie canadienne Maple Leaf figure au deuxième rang du classement de l'indice Coller-FAIRR, malgré un très mauvais bilan en matière de respect des droits de la personne.

L’indice Coller-FAIRR, créé par la fondation du multimillionnaire et philanthrope britannique Jeremy Coller, vise à guider les investisseurs qui souhaitent placer leur argent de façon responsable, une pratique qui gagne en popularité.

Selon un sondage réalisé en janvier par la firme BMO Gestion mondiale d’actifs, une division de la Banque de Montréal, 78% des investisseurs à revenu et à valeur nette élevés ont déclaré un «penchant favorable» pour les placements aux normes ESG. Les deux tiers des répondants (68%) estimaient aussi que les entreprises devraient être tenues responsables de la bonne gestion et des pratiques commerciales durables.

Les mauvaises pratiques de ces producteurs cotés en bourse pourraient donc finir par leur coûter cher.

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