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10/01/2020 14:09 EST | Actualisé 10/01/2020 14:14 EST

Je n’avais pas été préparée aux impacts du cancer sur mon sentiment de féminité

Outre la perte de cheveux, personne ne dit comment le cancer peut dévaster la confiance en votre corps et vous priver de votre féminité.

Courtoisie/Annette Klimczak
Annette Klimczak

C’est lors de mon examen médical annuel que les médecins ont vu pour la première fois quelque chose sous mon bras.

«Nous ne sommes pas certains de ce que c’est», ont-ils dit. «Nous voulons que vous fassiez un scan.»

Près de Noël 2015, ils m’ont rappelée. Cette fois, pour me donner la pire nouvelle qu’on pouvait m’annoncer: «C’est un cancer». Mais ce n’était pas seulement un cancer, c’était un cancer du sein triple négatif - l’un des pires cancers qu’il est possible contracter.

Le problème avec le cancer du sein triple négatif est qu’il est très agressif et qu’il croît très rapidement. Les taux de récidive sont plus élevés que les autres cancers et il était aussi considéré comme une condamnation à mort. Cependant, parce que nous l’avons découvert tôt et que mon cancer semblait super agressif, mes médecins m’ont donné le plan de traitement le plus fort possible, toujours dans le but de guérir.

Je suis une personne analytique et rationnelle, et j’ai donc fait beaucoup de recherches sur la façon dont nous mourons - ce qui arrive au corps, qui survit et qui ne survit pas. Et j’ai décidé que je n’allais pas simplement laisser le cancer vivre en moi.

Dès le début, c’était clair que je voulais continuer à travailler. Je dirigeais une équipe répartie à travers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. J’ai trouvé très difficile de montrer n’importe quelle faiblesse étant une femme dans le milieu informatique, qui est très dominé par les hommes. J’avais peur d’être perçue comme inadéquate, ou pire encore, que ma maladie mette en danger mon travail. 

Mon traitement contre le cancer a vraiment ébranlé ma confiance et m’a dépouillée d’une chose à laquelle je ne m’attendais pas: ma féminité.

Par contre, j’ai trouvé que les gens étaient plus doux, gentils et bienveillants que ce à quoi je m’attendais. Je ne voulais pas que quelqu’un se sente désolé pour moi ou prenne des dispositions spéciales pour moi. Je voulais juste être moi et être reconnue pour ce que je pouvais faire et pour la valeur que je pouvais ajouter, pas pour ce que je ne pouvais pas faire maintenant.

Heureusement, j’ai bien répondu à la chimiothérapie. Je sais que de nombreux autres patients triples négatifs ne répondent pas à la chimiothérapie et malheureusement le résultat peut être très incertain. Lorsque vous êtes traité, il est très difficile de penser que certaines personnes y survivent et que d’autres non.

Physiquement, par contre, j’ai eu du mal. Mon traitement contre le cancer a vraiment ébranlé ma confiance et m’a dépouillée d’une chose à laquelle je ne m’attendais pas: ma féminité.

En tant que femme, la façon dont le traitement du cancer a changé mon corps a été dévastatrice. La peau s’amincit sensiblement, vous faisant vieillir. Soudainement, vous prenez un peu de poids à votre taille, ce qui ne vous était jamais arrivé auparavant (et vous ne comprenez pas pourquoi vous ne pouvez pas vous en débarrasser si facilement).

On ne réalise vraiment pas à quel point nos cheveux nous gardent au chaud jusqu’à ce qu’on les perde, mais aussi parce que ça rend extrêmement vulnérable - les gens savent immédiatement que vous êtes très malade.

Étrangement, j’ai eu du mal à porter des chaussures à talons hauts. Il s’avère que la chimiothérapie endommage les nerfs du corps causant une faiblesse musculaire, ce qui interfère avec la capacité à fonctionner normalement et confortablement, donc ça fait mal de porter des chaussures hautes.

J’ai perdu mes cheveux, ce qui m’a rendue très insécure. Mes longs cheveux noirs étaient et sont une de mes particularités et c’était vraiment, vraiment effrayant de les perdre. Premièrement, parce qu’on ne réalise vraiment pas à quel point nos cheveux nous gardent au chaud jusqu’à ce qu’on les perde, mais aussi parce que ça rend extrêmement vulnérable - les gens savent immédiatement que vous êtes très malade. 

Lorsque vous êtes malade, vous voulez pouvoir avoir du contrôle, mais quand il y a un signe extérieur, il est difficile de contrôler la perception que les gens ont de vous. Aussi, je ne voulais pas envisager les perruques. Et même une fois que mes cheveux ont commencé à repousser dans un style de lutin, les gens me disaient «J’aime tes cheveux» (et je me suis toujours dit, «sérieusement?»).

Mais l’effet secondaire le plus dévastateur est celui dont on ne parle pas souvent: mon traitement a entraîné une ménopause précoce induite chimiquement. Je ne savais pas que ça allait se produire, et tout d’un coup je m’y suis fait prendre - autour du deuxième mois de chimiothérapie.

On vous dit que ça peut arriver, mais on ne vous dit pas vraiment ce qui va se passer. Vous avez des bouffées de chaleur comme jamais auparavant. Vous devez vous habiller en multicouches parce que vous devez vous rafraîchir aussi vite que possible dès que vous avez chaud. Vous devez avoir de l’eau glacée avec vous tout le temps, sinon, sérieusement, vous ne pouvez pas fonctionner. Vous avez une peau grasse et vous ne pouvez pas dormir. Puis, il y a le choc de ne plus fonctionner en tant que femme.

Et vous savez quoi? Personne ne vous dit vraiment comment gérer les symptômes et s’il s’agit de la chimiothérapie ou de la ménopause. Vous devez leur dire: «Eh bien, écoutez, maintenant j’ai ce problème, qu’est-ce que c’est?»

Et donc, pour les personnes atteintes d’un cancer, je veux vous dire deux choses.

Écoutez d’abord votre corps. Il est très stressant de suivre un traitement contre le cancer. Il est donc plus important que jamais de bien dormir, de bien manger, de marcher et de respirer profondément entre autres.

Deuxièmement, soyez gentil - envers vous-même et envers ceux qui vous entourent. Soyez présent avec vos proches, vos enfants, vos amis et vos collègues. Avant, quand j’étais vraiment occupée par le travail, mon petit garçon venait me parler, me racontait des histoires et tout le temps je pensais à dix autres choses que je devais faire. J’étais avec lui, mais je n’étais pas présente.

Maintenant, je mets tout ce que je fais de côté et je l’écoute vraiment. J’en suis reconnaissante parce qu’il n’y a rien de mieux que l’enthousiasme, le positivisme et l’éclat d’un enfant.

Courtoisie/Annette Klimczak
Annette Klimczak et ses enfants

Avant mon cancer, je n’étais jamais tombée malade. Je n’avais jamais connu ce que c’était que de perdre sa santé. Et il y a beaucoup de gens qui perdent leur santé mais qui continuent de vivre, essayent de travailler dur et de garder leur famille unie.

Mon expérience m’a appris qu’il nous incombe à tous d’être attentifs aux autres personnes qui nous entourent. J’ai réalisé que j’étais plusieurs choses à la fois: je ne suis pas seulement «Annette, vice-présidente», mais je suis aussi Annette la mère, Annette la femme vulnérable, Annette l’amie. Il est important de se rappeler que tout le monde autour de nous a aussi de multiples facettes dans sa vie.

Depuis que j’ai surmonté un cancer du sein triple négatif, je me sens plus forte, mentalement et physiquement. Les bouffées de chaleur ne sont pas aussi fréquentes, mais je dois écouter mon corps et me calmer un peu parfois lorsque je ne dors pas ou que je suis très stressée. Mais je suis contente.

Je suis même de retour dans mes talons hauts.

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost États-Unis, a été traduit de l’anglais.