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17/08/2019 08:00 EDT | Actualisé 19/08/2019 08:58 EDT

Avoir un deuxième enfant... ou apprendre à lâcher prise

Cette attitude décontractée qui avait ponctué ma deuxième grossesse, on dirait qu’elle s’était envolée, tout d’un coup, une fois mon bébé dans les bras.

Quand je suis tombée enceinte de ma deuxième fille, ma première avait un an et quelques mois. Une fois le choc de la nouvelle passé – genre: «oh mon dieu, je n’aurai tout simplement plus de vie» ou «ok, fait que je viens de recommencer à pouvoir boire pis c’est déjà fini?» ou «c’est officiel, je vais maintenant sonner comme une vraie maman de banlieue en parlant de MES enfants» –, j’ai réalisé que la deuxième grossesse était pas mal plus agréable que la première.

À part le fait que la bedaine apparaisse plus rapidement (salut à toi, ancien collègue qui a callé dans une réunion un «félicitations» enthousiaste en pointant mon début de bedaine de six semaines, alors que je tentais maladroitement de la dissimuler dans un chandail visiblement pas assez ample, paniquée), c’est quand même relax, une deuxième grossesse. Toutes les petites inquiétudes qui, pendant ma première grossesse, avaient pris des proportions assez démesurées, devant l’inconnu, laissaient leur place à des préoccupations plus légères, du type «vais-je manger ce sac de jujubes au complet?».

Je me souviens d’une fois pendant mon premier trimestre, à ma première grossesse, où j’avais marché longtemps et je me sentais fatiguée, en plus d’avoir mal à la tête. J’ai commencé par me dire que je n’avais sûrement pas bu assez d’eau, puis, ç’a muté en une angoisse de «oh mon dieu, je vais faire une fausse couche, pourquoi ai-je donc marché aussi longtemps, POURQUOI?!»

Ou alors, je me souviens de l’horreur, quand j’ai constaté en feuilletant le Mieux-vivre pour la première fois (cette fameuse bible), que le jambon était déconseillé pour les femmes enceintes, comme toutes les viandes froides, puisqu’elles pouvaient être contaminées à la listeria. QUOI? Plus de sandwiches au jambon? Mais c’est précisément ce que j’ai mangé juste avant de passer mon test de grossesse!

Est-ce que j’ai besoin de vous dire que, contrairement à la première fois, j’en ai mangé, des sandwiches au jambon, pendant que j’avais mon deuxième petit pain dans le four? Ok, j’ai pas mangé de tartare de saumon, on s’entend. Mais j’avais appris à relativiser. Ma bonne amie, qui était enceinte en même temps que moi (de son premier enfant), n’en revenait pas, d’ailleurs, comme on n’avait pas «la même grossesse», elle et moi. Quand elle me parlait de ses angoisses et me demandait si tel truc était normal, je tentais de la rassurer. Elle me trouvait tellement sereine! Et moi, je me reconnaissais beaucoup.

Même chose pour la chambre du bébé. Je ne sais pas pour vous, mais moi, plusieurs semaines avant l’arrivée prévue de mon premier bébé, sa chambre était toute prête. Toute belle. Toute Pinterest. Je m’étais étiré un muscle dans le dos en peinturant sa nouvelle commode pêche. Et j’avais lavé tous les vêtements que j’avais reçus en cadeau pour ensuite les ranger soigneusement dedans. 

Disons que la situation a été un tantinet différente dans le cas de ma deuxième grossesse. Le bureau qui devait devenir une chambre de bébé est resté pendant très longtemps un bureau. On a fini par descendre l’ordinateur en bas et remonter la bassinette, en plus d’une vieille armoire qu’on s’était fait donner. Une semaine avant d’accoucher, je me souviens être allée acheter des petits cadres pour décorer, un peu. Je me sentais mal.

«Réussir» son accouchement

Mais s’il y une chose pour laquelle je n’étais pas plus relax, c’est l’accouchement. Parce que cette fois-ci, je voulais le «réussir».

Je ne sais pas d’où ça vient, cette idée que quand on accouche par césarienne, on a comme échoué. Je me rappelle avoir lu des livres qui abordaient la question, pendant et après ma première grossesse: on y disait que les femmes qui ont accouché par césarienne ont souvent l’impression d’avoir failli à la tâche, l’impression de ne pas avoir vécu un «vrai» accouchement. Et je ne comprenais pas. Même après l’avoir vécu.

À mon premier accouchement, ma fille avait la tête un peu inclinée et ça ne passait juste pas. Donc après une heure et demi de poussées, de sueur et de chapelets de sacres, comme il n’y avait pas d’avancée, la médecin m’a annoncé qu’on devrait aller en césarienne. Je me souviens de son ton et de son regard compatissants; elle s’excusait presque. Elle appréhendait ma réaction. Mais j’ai répondu quelque chose du genre: «Oui, ok! Si c’est ça que ça prend pour qu’elle sorte, let’s go

Mais on dirait que pendant ma deuxième fournée, cette angoisse m’est apparue. J’avais la chance d’être suivie par une médecin qui participait à un projet de recherche sur les AVAC (accouchement vaginal après une césarienne). Je pouvais donc décider de tenter le coup si je voulais. Au début, je ne savais pas trop. Mais vers la fin de ma grossesse, je devais prendre une décision. Soit j’essayais l’AVAC, soit on planifiait une césarienne. J’étais terrorisée. J’avais envie d’essayer. Mais en même temps, j’avais peur que ça finisse de la même façon et d’avoir souffert pendant de longues heures pour rien. Cette fois-là, c’est mon amie enceinte que j’avais l’habitude de rassurer qui m’a apaisée à son tour. Elle m’a convaincue que peu importe la décision que je prendrais, ce serait la bonne. Et elle avait tellement raison!

Vous serez heureux d’apprendre (en tout cas, j’espère) que j’ai bel et bien «réussi» mon AVAC. 

Camille Laurin-Desjardins
Mon premier selfie avec ce petit être dont je venais de faire la connaissance, quelques heures plus tôt.

Sur le coup, ça m’a vraiment émue. J’ai eu l’impression d’accomplir l’exploit le plus important de ma vie (bon, ça reste un peu vrai, pareil). J’entends encore la doc – la même médecin empathique qu’à mon premier accouchement – me lancer d’un ton victorieux et encourageant: «Camille, ce bébé-là, il sort par en-bas!», me donnant le boost qu’il me fallait pour expulser ce petit être chevelu. 

Je n’en suis pas moins fière aujourd’hui, mais je réalise maintenant que même si j’avais choisi la césarienne planifiée, j’aurais pu «réussir» tout autant mon accouchement. Et je réalise surtout que se mettre de la pression pour quelque chose qu’on ne peut pas vraiment contrôler, au final, c’est inutile, voire ridicule. Parce qu’on s’entend qu’on va s’en mettre, de la pression sur les épaules, au cours de notre vie de parent. Fait qu’on peut-tu se donner une chance en partant?

Comment on tient ça, un bébé, donc?

N’empêche, cette attitude décontractée qui avait ponctué ma grossesse, on dirait qu’elle s’était envolée, tout d’un coup, une fois mon bébé dans les bras. Soudain, on dirait que je ne me rappelais pas comment on tenait ça, un bébé naissant. Il me semblait que ça faisait une éternité. Comment on lui donne son bain? COMMENT JE VAIS FAIRE POUR M’OCCUPER D’UN BÉBÉ ET D’UNE PETITE DE DEUX ANS EN MÊME TEMPS? 

Ma confiance en moi avait fondu. Par chance, je l’ai retrouvée dans les yeux du personnel soignant. C’étaient maintenant les infirmières qui, en apprenant qu’il s’agissait de notre deuxième bébé, adoptaient l’attitude relax qui m’avait quittée.

Je me souviens de celle qui m’a demandé si j’allais allaiter (avec une certaine intonation qui ne laissait pas beaucoup de place pour une réponse négative, on s’entend). 

– C’est votre premier bébé?

– Non, mon deuxième.

– Ah, ok! Parfait, alors!

*Bruit de voiture qui part en trombe*

Et elle a juste... quitté. Méchant contraste avec mon premier accouchement, où les infirmières débarquaient dans la chambre aux trois heures, allumaient la lumière et me regardaient essayer d’allaiter (même la nuit), la face à deux pouces de mes mamelons gercés.

Je ne vous dirai pas qu’avoir un bébé, c’est comme le vélo... parce que cette expression me gosse. Mais disons que c’est comme retrouver un bon ami, après de longues années d’absence.

 

Ou alors celle qui nous a demandé si on voulait qu’elle revienne plus tard pour nous montrer comment donner le bain. Quand on lui a dit que c’était notre deuxième, je ne suis même pas sûre qu’elle nous a laissés finir notre phrase avant de sprinter vers la sortie de la chambre, pour aller aider d’autres nouveaux parents. Un peu plus, et on nous laissait retourner à la maison la journée même! 

Et tranquillement, je me suis réappropriée cette confiance. Je me suis rappelée comment tenir cette petite tête entre mes mains. Comment me positionner pour allaiter. Comment ça sent bon aussi, une tête de nouveau-né. Je ne vous dirai pas qu’avoir un bébé, c’est comme le vélo... parce que cette expression me gosse. Mais disons que c’est comme retrouver un bon ami, après de longues années d’absence. Il y a peut-être un petit malaise au début, mais on revient vite à nos bonnes habitudes!

Alors à vous, parents qui attendez peut-être un deuxième enfant: sachez que ce n’est pas plus facile (surtout dans l’optique où la liste de choses à faire se dédouble). Mais c’est peut-être un peu plus «relax». Parce que vous aurez appris à vous faire confiance.

P.S.: Ma cocotte, si jamais tu lis ce texte un jour, sache que je t’aime tout autant que ta grande soeur, n’en doute jamais; même si ta chambre était plus petite, même si je t’ai donné une suce dès ta première journée de vie, même si j’ai peut-être moins de photos de tes premières fois dans mon téléphone et que ton «Journal de naissance» n’est pas vraiment rempli après la première page.

«Il était une fois une mère correcte» est une chronique qui témoigne des hauts et des bas de la vie de parent. Parce qu’avoir des enfants, ça veut dire raconter des histoires avant l’heure du dodo, mais ça nous place aussi dans des situations inconnues, absurdes ou de vulnérabilité... qui font de très bonnes histoires à raconter!