POLITIQUE
09/10/2020 09:07 EDT | Actualisé 09/10/2020 11:07 EDT

Affaires autochtones: Sylvie d'Amours limogée au profit d'Ian Lafrenière

L'ex-policier prendra la tête d'un ministère qui est sur la sellette depuis la mort de Joyce Echaquan.

Paul Chiasson/La Presse canadienne
Ian Lafrenière aura pour défi de rétablir les relations du gouvernement avec les dirigeants autochtones, encore plus tendues depuis la mort de Joyce Echaquan.

L’ex-policier et député caquiste de Vachon, Ian Lafrenière, remplacera Sylvie D’Amours aux Affaires autochtones.

M. Lafrenière fait déjà partie du groupe d’action contre le racisme du gouvernement, et préside la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs.

Le mini-remaniement de vendredi fera en sorte de réduire à 11 le nombre de femmes au sein du conseil des ministres, contre 16 hommes, incluant le premier ministre.

L’annonce en vidéo:


La veille, le premier ministre François Legault avait refusé de renouveler sa confiance envers Mme D’Amours.

Depuis la mort de Joyce Echaquan à l’Hôpital de Joliette sous les insultes du personnel soignant, les rapports déjà difficiles entre le gouvernement caquiste et les représentants autochtones se sont détériorés.

 

En conférence de presse jeudi au parlement, M. Legault s’est fait demander si Mme D’Amours était la meilleure personne pour occuper le poste de ministre des Affaires autochtones.

Plutôt que de répondre favorablement et lui exprimer la confiance qu’il lui accorde, il a répondu: “Je suis en train de regarder la situation.”

Le premier ministre a évoqué des motifs de son insatisfaction: “Je trouve que ça n’avance pas assez vite, les suites aux recommandations du rapport Viens” sur les relations avec les Autochtones.

Le 30 septembre dernier, jour du premier anniversaire du rapport Viens, la cheffe libérale Dominique Anglade avait réclamé la démission de Mme D’Amours, jugeant qu’elle n’était plus apte à occuper ses fonctions.

La ministre avait aussi fait l’objet de critiques plus tôt cette année pour son inaction lors du blocage des voies ferroviaires à Kahnawake et Listuguj. Le Parti québécois avait alors suggéré un remaniement ministériel.

Le 17 août dernier, lors de l’étude des crédits de son secrétariat, Mme D’Amours s’était par ailleurs plainte que des groupes autochtones se comportaient comme un “quatrième parti d’opposition”.

“C’est vraiment nous réduire au minimum”, avait réagi le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.

Le mini-remaniement de vendredi fera en sorte de réduire à 11 le nombre de femmes au sein du conseil des ministres, contre 16 hommes, incluant le premier ministre.

La sous-ministre aux Affaires autochtones, Marie-José Thomas, serait également éjectée de son poste.

Racisme systémique

La pression s’accentue sur le premier ministre Legault pour qu’il reconnaisse qu’il y a du racisme systémique au Québec.

Cette semaine, M. Legault a expliqué qu’il lui était impossible de le faire, puisqu’une grande partie de la population percevait dans le terme “racisme systémique” une “attaque” envers les Québécois.

“On a, d’un côté, un groupe de Québécois qui disent: “Il y a du racisme systémique”, mais il y a un groupe de Québécois qui disent: “Attention, moi, je vois ça comme étant une attaque contre le peuple québécois”. Donc, si on veut être capable de rassembler, non pas diviser les Québécois, mais rassembler, tout le monde dit: Il y a du racisme, tout le monde veut que ça arrête, posons des gestes”, a-t-il déclaré.

Cette analyse du premier ministre lui a attiré jeudi les moqueries du co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

“Le premier ministre aime souvent prendre des comparaisons de hockey, hein? Il le fait souvent. Je vais en faire une pour lui. C’est comme s’il nous disait: “Il y a des Québécois qui prennent pour les Nordiques, il y a des Québécois qui prennent pour les Canadiens, puis moi, je ne veux pas prendre position là-dedans, ça fait que je vais prendre pour les Canadiens”. C’est une logique qui ne tient juste pas la route.”

Par ailleurs vendredi, 470 professeurs d’université et professionnels de la santé ont publié une lettre ouverte dans laquelle ils exhortent M. Legault à reconnaître l’existence du racisme systémique.

“Quand un groupe de citoyens est marginalisé à répétition (...) par les institutions publiques en raison de sa race, comme le démontre le rapport (...) Viens, il s’agit bel et bien de racisme “systémique”″, peut-on y lire.