POLITIQUE
09/10/2020 14:25 EDT

Ian Lafrenière refuse à son tour de reconnaître le racisme systémique

Le nouveau ministre responsable des Affaires autochtones ne déroge pas de la ligne de parti.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Le député de Vachon Ian Lafrenière a été nommé ministre responsable des Affaires autochtones par François Legault vendredi.

Le nouveau ministre des Affaires autochtones refuse de reconnaître qu’il y a du racisme systémique au Québec.

“Je reconnais que présentement le terme “racisme systémique” ne fait pas l’unanimité”, a déclaré Ian Lafrenière, quelques minutes après sa nomination en point de presse avec François Legault.

Sous pression depuis le décès tragique de Joyce Echaquan, le premier ministre a annoncé vendredi qu’il dégommait Sylvie D’Amours de son poste de ministre des Affaires autochtones au profit de M. Lafrenière.

Il a dit vouloir donner un “nouvel élan à nos relations avec les 11 Nations autochtones” en montrant également la porte à la sous-ministre aux Affaires autochtones, Marie-José Thomas.

“On pense qu’une nouvelle équipe pourrait aider à relancer les discussions.”

Depuis la mort de Mme Echaquan à l’Hôpital de Joliette sous les insultes du personnel soignant, les rapports déjà difficiles entre le gouvernement caquiste et les représentants autochtones se sont détériorés.

Lors de son point de presse, M. Legault a répété à plusieurs reprises que la situation n’était “pas simple”. Il a dit cependant avoir confiance au “leadership” et à “l’humanité” de M. Lafrenière.

Ancien policier à la Ville de Montréal et député de Vachon, Ian Lafrenière a dit accepter son mandat avec “beaucoup d’humilité”.

Il a mis en relief sa capacité à travailler de façon “non partisane”, en citant notamment son rôle à titre de président de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs.

Sa nomination est vue “d’un bon oeil” par l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, qui relève là “une opportunité de renouveler des relations mises à mal au cours des derniers mois”.

“Un premier pas serait de reconnaître un concept de racisme systémique”, a quant à lui réagi le porte-parole libéral en matière d’affaires autochtones, Gregory Kelley.

D’ailleurs, dans une lettre ouverte publiée vendredi, 470 professeurs d’université et professionnels de la santé ont déclaré ne plus vouloir vivre “dans un Québec qui n’ose pas affronter ses démons”.

“Quand un groupe de citoyens est marginalisé à répétition (...) par les institutions publiques en raison de sa race, comme le démontre le rapport (...) Viens, il s’agit bel et bien de racisme “systémique”″, peut-on y lire.

De son côté, le Conseil de la Nation Atikamekw a dit espérer “faire avancer les choses”, en l’honneur de Joyce Echaquan.

“Pour les Autochtones victimes de discriminations systémiques, il faut maintenant entreprendre le changement, drastiquement”, a déclaré le Grand Chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Parité

“Ce changement à la tête du secrétariat aux Affaires autochtones illustre l’échec du premier ministre”, a affirmé pour sa part la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

“L’arrivée de M. Lafrenière ne doit pas être un prétexte pour que M. Legault puisse se défiler.”

Mme Massé a par ailleurs déploré que le mini-remaniement de vendredi réduise à 11 le nombre de femmes au sein du conseil des ministres, contre 16 hommes, incluant le premier ministre.

“Cette nouvelle nomination éloigne encore de plus en plus (...) M. Legault de la parité. Les femmes dans les personnes qui sont proches du premier ministre se font de plus en plus rares”, a-t-elle fait remarquer.

Visiblement préparé à affronter les questions sur la parité, avec des chiffres à l’appui, M. Legault s’est défendu en disant que son conseil des ministres restait tout de même dans la zone paritaire, avec 40 % de femmes.