TÉMOIGNAGES
26/08/2020 15:53 EDT

Vous craignez l'hiver à venir? Voici comment j'ai survécu à l'isolement dans le nord du pays.

J'en ai tiré de précieuses leçons pour le maintien d'une bonne santé mentale et physique.

Lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé, je me suis soudainement retrouvée seule à la maison avec un bébé de 11 mois. Mon mari, pilote, transportait du matériel médical à l’étranger. Les sorties, les cours de musique, les visites des grands-parents et tous les autres soutiens communautaires sur lesquels je comptais ont disparu en une fin de semaine.

Avec le déconfinement des différentes provinces, beaucoup ont pesé anxieusement le pour et le contre face à une reprise de la vie telle que nous la connaissions - organiser de petites réunions familiales, s’aventurer en plein air, peut-être même aller sur la terrasse d’une restaurant. Mais avec l’automne qui arrive, il est difficile d’accepter le fait que ce moment de répit estival touche à sa fin.

L’hiver approche à grands pas, et ça pourrait être encore plus difficile à vivre que les premiers mois de confinement.

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- 40 degrés à Yellowknife

Mon mari et moi avons commencé notre carrière à Yellowknife, aux Territoires du Nord-Ouest, où les températures hivernales atteignent régulièrement -40 degrés Celsius. Il est arrivé le premier, pilotant des avions pour une compagnie aérienne locale. Je l’ai rejoint quelques mois plus tard pour écrire dans le journal local. Nous partagions un appartement miteux et nous avons renoué avec notre passion pour les jeux vidéo. Nous avons vite appris que les habitants de Yellowknife mesurent le temps en hivers, et non en années, lorsqu’ils vous demandent depuis combien de temps vous vivez en ville, parce que la saison peut être très dure.

Le ciel est sombre pendant près de 24 heures, s’éclaircissant en un rose crépusculaire à midi. La température ambiante peut être si froide que les problèmes de voiture sur une route isolée peuvent vous tuer si vous n’êtes pas préparé. La saison peut beaucoup vous isoler, mais seulement si vous la laissez faire.

Les habitants de Yellowknife savent trouver de la joie au coeur des difficultés. Les aurores boréales illuminent le ciel illuminé d’étoiles. Les sports d’hiver et les loisirs abondent. Les salons chauffés au bois sont les endroits les plus agréables sur Terre pour savourer un bon livre et un bon verre de vin.

Au cours des trois hivers que j’ai passés à Yellowknife, j’ai tiré de précieuses leçons pour le maintien d’une bonne santé mentale et physique, qui m’ont été étonnamment utiles pendant la pandémie actuelle, et qui pourront l’être lorsque les jours raccourciront et que la neige commencera à tomber.

La communauté est importante, même derrière des portes closes

Les villes du Nord savent comment agir comme une communauté. Au cours de notre premier hiver, nos amis, collègues et voisins ont constamment veillé sur nous, mon conjoint et moi. Ils savaient que c’était une nouvelle expérience pour nous, surtout que nous venions de Vancouver, et ils savaient que c’était difficile pour la plupart des nouveaux résidents.

Sortir, quoi qu’il arrive

Pour de nombreux habitants là-bas, les températures glaciales font de l’hiver un temps fort. Dès que le lac Frame situé au centre de la ville est bien gelé, les skieurs de fond empruntent le lac glacé pour aller travailler par temps clair. Personnellement, j’ai adoré patiner sur l’une des patinoires extérieures de la ville. Venant de la région tempérée de Vancouver, c’était non seulement amusant et facile, mais aussi une expérience tout à fait nouvelle.

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Trouver la beauté dans les moments de la vie quotidienne peut aider à alimenter l'optimisme et à rompre la monotonie.

Les petites joies font la différence

Lorsqu’un ami m’a envoyé un texto à minuit pour me dire que l’aurore boréale était en plein déploiement, j’ai enfilé mon manteau et je suis sortie sans hésiter. De beaux moments comme celui-ci me rappelaient que les difficultés et la solitude n’étaient qu’une partie de cette période mémorable. À l’intérieur, je profitais d’un moment de détente sur le canapé avec mon chat, mon thé préféré et un bon livre ou un nouveau film. Ensemble, mon mari et moi changions régulièrement les photos dans nos cadres pour nous sentir connectés aux gens et aux endroits que nous ne verrions pas pendant un certain temps.

Réfléchissez bien aux conflits

Si nous avions reçu un masque N95 chaque fois que mon mari et moi avons constaté que nos disputes étaient reliées au bon vieux stress, nous aurions pu combler à nous seuls les besoins en équipement du Canada ce printemps. Il était vraiment facile de nous renvoyer de l’un à l’autre la tension accumulée ç la suite d’une dure journée de travail ou face à l’ennui de la vie isolée. Éventuellement, lorsque nous avons remarqué que le problème était simplement une accumulation de tensions, nous avons appris à trouver un autre exutoire, comme le yoga, la cuisine, l’artisanat ou l’écriture.

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L'heure de pointe du soir sur le lac glacé Great Slave.

N’évitez pas de passer du temps seul

Mon travail impliquait des délais serrés, et quand les choses ne se passaient pas comme je l’avais prévu, le stress montait. J’ai appris à prendre du temps à part des autres - généralement une heure en rentrant chez moi pour écouter un balado et faire quelque chose de créatif. Cela m’a permis de faire un bilan mental, d’observer ce que je ressentais et de revenir à la vie avec plus de patience et de joie.

Y aller à fond

On m’a dit un jour que la première salle de cinéma de Yellowknife était un simple bâtiment en bois avec des chaises pliantes et un projecteur. Les cinéphiles faisaient éclater le maïs à la maison et l’apportaient dans la salle dans des sacs poubelles pour le partager. Mon mari et moi en avons pris note pour nos soupers, films ou sorties hivernales. Pour célébrer la sortie d’un nouveau jeu vidéo très attendu, nous avons préparé des gâteries pour une semaine entière. Le vendredi à 17 heures précises, nous avons entamé ce week-end complet à manger nos collations en pyjamas.

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Vous passerez une grande partie de votre temps à l'intérieur, alors occupez-vous de manière productive, en allant au-delà de l'objectif de passer le temps.

Trouvez des passe-temps enrichissants

Les gens passent l’hiver à Yellowknife à apprendre et à partager de nouvelles compétences. Il s’agissait toujours de faire quelque chose avec le temps dont on dispose plutôt que de gaspiller le temps perdu. Les artistes amateurs créaient, promouvaient et vendaient leurs œuvres (qu’elles soient une réussite ou non). Les talents musicaux locaux étaient aussi connus que les grands artistes à la radio. J’ai appris à faire des aliments marinés et j’ai découvert que je suis nulle en broderie.

Manger de façon créative

Lorsque je suis arrivée à Yellowknife en 2012, la capitale n’avait pas d’accès routier à longueur d’année au reste du Canada. Les allées des épiceries étaient vides, parce qu’il y avait trop de glace dans les rivières pour le transport des marchandises, mais pas assez pour supporter une route de glace. Cette limite alimentaire a inspiré la créativité dans notre cuisine. Mon mari et moi aimons le pesto, mais le basilic ne se transporte pas bien et les pignons de pin étaient chers. Nous avons fait quelques expériences et nous avons découvert qu’on peut faire un excellent pesto avec des légumes verts comme les épinards ou la roquette, et des noix comme les noisettes, les noix de cajou ou les amandes.

Depuis, mon mari et moi sommes retournés dans le sud de la Colombie-Britannique et nous parlons souvent de notre séjour dans la région subarctique. Ces derniers temps, mes pensées ont été empreintes de gratitude pour la myriade de façons dont Yellowknife m’a façonnée et qui ont fait que je suis devenue qui je suis aujourd’hui. Me dire que j’ai réussi à relever des défis aussi uniques m’a aidée à tenir bon dans une période troublante.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost Canada, a été traduit de l’anglais.