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Ensaf Haidar, la conjointe de Raïf Badawi, veut représenter le Bloc québécois à Sherbrooke

«Je sens que je suis parmi les miens, ici. Et je veux servir la région.»
Hensaf Haidar en 2018.
Hensaf Haidar en 2018.

OTTAWA – Ensaf Haidar, la conjointe de Raïf Badawi, cherche à devenir candidate aux prochaines élections fédérales.

Mme Haidar a choisi le Bloc québécois comme véhicule politique.

Elle qui habite Sherbrooke depuis qu’elle s’est réfugiée au Canada avec ses trois enfants devra d’abord gagner sa place lors d’une assemblée d’investiture. Le candidat bloquiste défait en 2019 a déjà manifesté son intérêt pour tenter de nouveau sa chance.

Mme Haidar a récolté quelques appuis dans le mouvement souverainiste à Sherbrooke et la députée bloquiste de la région voit d’un bon oeil son entrée dans la vie politique.

En entrevue cette semaine, la principale intéressée a tenté d’expliquer pourquoi elle veut être candidate bloquiste et, si les militants puis les électeurs la choisissent, députée à Ottawa.

«J’aime le Québec, a-t-elle confié. Le Québec m’a aidée beaucoup. Il m’a soutenue beaucoup.»

Depuis des années, des vigiles se tiennent tous les vendredis à Sherbrooke pour réclamer la libération de son conjoint.

Raïf Badawi est en prison depuis neuf ans. Les autorités saoudiennes lui reprochent ses écrits qui prônaient des valeurs libérales.

L’adhésion rapide des Sherbrookois à sa cause a conquis Mme Haidar.

«Je sens que je suis parmi les miens, ici. Et je veux servir la région», a-t-elle offert.

Elle professe sa gratitude au Bloc québécois qui, encore récemment, a initié l’adoption unanime aux Communes d’une motion réclamant que le gouvernement offre la citoyenneté canadienne à Raïf Badawi.

Et le discours bloquiste lui convient tout à fait.

«Moi, je vois le Québec comme un pays. Parce que quand je suis sortie, quand j’ai voyagé à Ottawa ou en Ontario, je trouve que c’était comme sortir du pays. Le Québec est assez grand pour être un pays. Il a sa culture. Il a sa langue», plaide-t-elle.

Si elle devait se retrouver sur les banquettes de l’opposition à Ottawa, elle ne croit pas que cela nuirait à ses efforts pour son mari, «au contraire». Elle estime qu’elle pourrait ainsi lutter «directement» et «plus fort» pour «la liberté de Raïf», pour la cause de «tous les prisonniers d’opinion» en Arabie saoudite ou ailleurs.

Elle veut aussi parler de laïcité.

En novembre dernier, au procès de la contestation de la loi québécoise sur la laïcité de l’État, Mme Haidar a été présentée comme témoin par le Mouvement laïque québécois.

L’avocat qui a exposé les arguments du groupe offre son appui à Mme Haidar. Il faut dire qu’en 2018, lorsque Guillaume Rousseau s’est présenté candidat péquiste à Sherbrooke, Mme Haidar, dans une première sortie politique partisane, l’avait endossé.

«Vu qu’elle vient de l’étranger, c’est aussi une belle preuve que le Bloc est capable d’aller chercher des Québécois de partout, de différentes origines», s’est félicité M. Rousseau, en entrevue téléphonique.

Sans endosser la candidate à l’investiture, parce qu’il est «un peu trop tôt», Andréanne Larouche, députée bloquiste de Shefford, tient un discours semblable.

«C’est vraiment intéressant de voir que Mme Haidar s’est reconnue (dans) le Bloc québécois», a dit la députée, en entrevue téléphonique jeudi.

Et son français?

Le français de Mme Haidar est quelque peu laborieux. Invitée à expliquer, en arabe, comment elle pourra s’en sortir dans un lieu de débat, entre parlementaires, elle a dit n’avoir aucune crainte.

«Quand on me parle, je comprends tout», a-t-elle assuré. Elle compte sur le fait que les élus préparent leurs discours à l’avance.

«C’est sûr que c’est comme ça que ça se passera pour moi; je ne vais pas parler sans préparation», a-t-elle supposé.

D’après la députée Larouche, la qualité du français de Mme Haidar ne sera pas «prise en considération» par les électeurs de Sherbrooke.

«Je n’ai absolument aucune inquiétude que (...) un français parlé qui n’est pas parfait chez Ensaf fasse en sorte que les gens ne se reconnaissent pas en elle», a assuré Étienne-Alexis Boucher, militant souverainiste de longue date.

«Elle est nôtre. Qu’elle parle bien ou non français, les gens se reconnaissent en elle, ils l’ont adoptée», a insisté au bout du fil celui qui a été député péquiste de 2008 à 2012.

Assemblée d’investiture en vue

Rien ne garantit à Mme Haidar qu’elle portera les couleurs bloquistes à la prochaine campagne électorale.

Claude Forgues, arrivé troisième à l’élection de 2019, à 2020 voix de la gagnante libérale, veut tenter l’aventure une fois de plus. Lorsqu’il a été contacté par La Presse Canadienne, jeudi, il semblait bien décidé et se croyait encore seul en piste.

Il devra donc y avoir une assemblée d’investiture - virtuelle, pandémie oblige - si les instances du parti donnent le feu vert à Mme Haidar et M. Forgues.

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