POLITIQUE
13/02/2020 10:23 EST | Actualisé 14/02/2020 08:21 EST

Guy Nantel se lance dans la course à la direction du Parti québécois

Il devient le quatrième candidat à se lancer dans la course.

“Un clown dans un parti de clowns...”

Tout en affirmant que la blague a perdu toute originalité à force d’être répétée, l’humoriste Guy Nantel ne s’est pas empêché de l’envoyer lui-même avec le sourire en annonçant, jeudi à la permanence du Parti québécois (PQ), qu’il se lance dans la course à la direction de la formation politique souverainiste.

Car quoi qu’on en dise, sa vocation d’humoriste demeure l’éléphant dans la pièce lorsqu’il est question pour lui de devenir chef du PQ, éventuellement premier ministre et, ultimement, président d’une république à naître s’il parvient à ses fins.

Et Guy Nantel le sait pertinemment, d’où sa volonté d’aborder le sujet sans détour avant même de prendre place sur la ligne de départ.

“Si pour les gens c’est une fin de non-recevoir le fait que j’aie oeuvré dans le milieu de l’humour et que peu importe ce que je dis comme argument, le fait que ça sorte de la bouche d’un ancien humoriste, pour eux, c’est irrecevable, ce sera leur choix et c’est ben correct comme ça. Mais je ne peux pas changer mon passé”, explique-t-il en entrevue à la suite de son annonce officielle.

Il invoque à cet effet la carrière d’animateur de télé du président de l’Assemblée nationale, François Paradis, ou celle de professeur de théâtre de Justin Trudeau, ajoutant: “alors, je ne vois pas pourquoi les humoristes auraient une espèce de marche supplémentaire à monter”.

Un calcul politique

L’humour du candidat de 51 ans fait dans le sociopolitique depuis toujours et il ne s’est jamais caché d’être souverainiste. Mais même s’il reconnaît qu’il a une certaine influence lorsqu’il monte sur les planches, il se croit en mesure d’en faire davantage sur une autre scène.

“Un humoriste, oui, ça sensibilise, mais ça ne peut pas changer les choses comme un politicien peut changer, faire évoluer une société. Je pense sincèrement avoir ma pertinence dans ce débat-là pour faire évoluer les choses pour la souveraineté.”

Ryan Remiorz/La Presse canadienne
Guy Nantel a indiqué qu'il allait déplacer ou annuler son spectacle du 19 juin, jour de l'annonce des résultats du vote pour élire le chef du PQ.

L’homme n’est certainement pas dénué d’instinct politique et ses propos laissent entendre qu’il a très bien flairé l’humeur de l’électorat.

“Je ne suis pas un politicien conventionnel. J’ai des forces que d’autres n’ont pas: une capacité de communiquer directement avec le public, avec le peuple, d’être proche du monde, de savoir vulgariser.

“Les gens en ont un peu assez - pas juste ici au Québec, mais en Occident - de l’espèce de carrière conventionnelle qui fait en sorte que tout le monde prend à peu près le même chemin”, fait-il valoir, rappelant au passage que la politique n’est pas réservée à “une caste élitiste de gens d’affaires, d’avocats ou de médecins”.

Souverainiste pressé

Sa plus grande préoccupation à court terme est de redonner du tonus au Parti québécois qui, selon lui, “a besoin d’être restructuré, a besoin d’être assumé, a besoin certainement d’être décomplexé et a besoin d’être uni également”.

Et s’il devait prendre la tête du parti, il n’y aurait aucune ambiguïté quant à ses intentions, lui qui promet “un référendum dans les deux premières années, donc dans la première moitié d’un premier mandat”.

Sa vision du Québec s’articule autour d’un “grand projet collectif” devant amener les Québécois à “adhérer à une nouvelle constitution qui (...) affirmera haut et fort la pérennité de la langue française en Amérique du Nord”. Les valeurs autour desquelles il entend rassembler sont l’égalité hommes-femmes, l’intégration des personnes issues des communautés culturelles, la protection des minorités sexuelles et la protection “indiscutablement” de l’environnement.

La piqûre de la politique semble l’avoir déjà affecté. S’il estimait, au départ, qu’une défaite à la chefferie signalerait tout simplement un retour à sa vocation d’artiste, il n’en est plus tout à fait certain.

“Mon idée n’est pas encore faite. (...) Plus j’avance dans le processus, plus je trouve ça intéressant la politique”, avoue-t-il, ajoutant s’être entretenu avec d’autres candidats à la direction de la possibilité de se présenter sous la bannière péquiste dans une élection générale.

Une campagne propre?

Il devra évidemment déclarer forfait pour le spectacle du 19 juin, puisqu’il s’agit du moment où le Parti québécois tiendra son rassemblement pour dévoiler l’identité du chef élu, mais il n’a l’intention de mettre sa carrière d’humoriste en veilleuse qu’une fois élu chef.

Il a dit espérer “une campagne propre qui sera axée essentiellement sur des débats d’idées”, mais a laissé entendre qu’il avait été la cible de certaines tactiques déloyales en donnant pour la première fois sa propre version des présumés “accommodements” qu’il aurait demandés en lien avec d’éventuels conflits d’horaire entre les activités de campagne et sa tournée.

“Au départ, je n’ai rien demandé à personne. Il y a eu des pressions, probablement d’équipes d’autres candidats qui, au début, voulaient faire en sorte que tous mes spectacles de 2020 soient annulés, donc pour me compliquer un peu la vie. Ensuite, ça, ça n’a pas fonctionné alors ils ont voulu faire en sorte que toutes mes dépenses de spectacle soient comptabilisées comme des dépenses électorales. Mais nous, on avait la lettre du Directeur général des élections qui disait: non, M. Nantel a le droit de faire ses spectacles et ça ne fait pas partie, c’est son gagne-pain comme n’importe qui.”

Quatre candidats annoncés

Guy Nantel fera face au député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, à l’avocat Paul St-Pierre Plamondon, ainsi qu’à l’historien Frédéric Bastien, qui ont déjà annoncé qu’ils sont sur les rangs pour succéder à Jean-François Lisée.

La période officielle de mise en candidature aura lieu du 2 mars au 9 avril.

Rappelons qu’en vertu de nouvelles règles, non seulement les membres du parti pourront voter pour élire le nouveau chef, mais aussi des sympathisants, en échange d’une contribution de 5 $.

Chaque candidat doit verser un dépôt non remboursable de 10 000 $ pour obtenir un bulletin de candidature, puis doit effectuer un autre versement de 15 000 $ au plus tard le 9 avril.

L’aspirant doit aussi recueillir 2000 signatures de membres, dans un minimum de neuf régions et 50 circonscriptions, à raison d’un minimum de 10 signatures par circonscription.

Les débats auront lieu entre le 15 avril et le 20 mai, mais les dates n’ont pas encore été arrêtées.

Le dévoilement du nouveau chef, le 19 juin, se fera lors d’un rassemblement dans la capitale nationale ou dans Chaudière-Appalaches.

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