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Partie de rien, elle fait de RÉSILIENCE «flash tes lumières COVID19» un succès fou

Annie Côté, une héroïne en temps de COVID, a lancé ce groupe Facebook qui apporte aide et soutien psychologique à désormais 322 000 membres!
Des nuits blanches, elle en a vécu d’innombrables, à réconforter des familles ayant perdu un être cher, ou à contacter les services d’urgence pour une personne en détresse.   
Des nuits blanches, elle en a vécu d’innombrables, à réconforter des familles ayant perdu un être cher, ou à contacter les services d’urgence pour une personne en détresse.   

C’est dans les moments les plus sombres que des êtres humains arrivent à s’élever pour devenir des héros. C’est le cas d’Annie Côté, de Saint-Michel de Napierville, en Montérégie. Depuis son cellulaire, la quarantenaire gère le groupe Facebook RÉSILIENCE «flash tes lumières COVID19», et un réseau affilié de 10 sous-groupes, comprenant désormais 322 000 membres. Elle est épaulée au quotidien par ses 15 «anges», comme elle les surnomme, des modérateurs, tous bénévoles.

Paramédic pendant 20 ans, elle quitte le métier il y a un peu plus de 5 ans, à la suite d’un trouble de stress post-traumatique. En mars dernier, alors que le gouvernement annonce le premier confinement, son moral est en berne.

«J’étais comme tout le monde, un peu découragée par tout ce qu’il se passait», se souvient-elle. Annie décide alors de s’occuper l’esprit et d’apprendre à utiliser Facebook. Celle qui naviguait sur le réseau social seulement pour communiquer avec sa famille, se lance le 17 mars 2020 dans la création d’un groupe.

«J’avais du mal à fonctionner sur mon cellulaire, j’utilisais à peine Word sur mon ordinateur et je ne savais même pas ce qu’était un modérateur», s’exclame Annie.

Annie Côté a lancé et gère le groupe Facebook RÉSILIENCE «flash tes lumières COVID19».
Annie Côté a lancé et gère le groupe Facebook RÉSILIENCE «flash tes lumières COVID19».

Un nom rassembleur

Le nom, elle le trouve en regardant à la télévision les Italiens chanter pour encourager le personnel médical. Elle veut rassembler et repense à l’émission de l’humoriste Jean-Marc Parent, L’Heure JMP. «Flash tes lumières»! Le nom s’impose de lui-même. Et si le groupe n’a été créé que pour rejoindre quelques amis, il connaît en quelques heures une croissance exponentielle totalement inattendue.

«Je ne savais pas comment gérer ça. Ça montait, ça montait, je ne savais pas quoi faire, j’étais complètement dépassée! J’ai appelé une personne du village voisin pour m’aider. Pendant les trois premières semaines, je ne faisais pas de modération, je discutais avec les gens. Et puis j’ai appris…»

Sur les conseils d’un proche, Annie ajoute COVID19 au nom du groupe pour un meilleur référencement. Très vite, le ton est donné. Annie veut un groupe de «licornes et de câlinours», un groupe positif. «Les gens avaient besoin de s’encourager». C’était le temps des arcs-en-ciel aux fenêtres et des «Ça va bien aller»! Pas de politique, de théories du complot ou d’agressivité, au risque de rejoindre les plus de 10 000 membres de sa «ville des bannis».

Mais très vite, les premiers décès sont signalés, et le recours au groupe va bien au-delà du flashage des lumières. On y partage les avis de décès, la peur, la douleur. On y cherche du soutien et du réconfort. Un gros câlin virtuel, un peu d’humanité à l’ère de la distanciation sociale. Annie ajoute le terme «Résilience» au nom du groupe. Le Québec comprend que la pandémie ne sera pas qu’une histoire de quelques semaines.

Des nuits blanches

Depuis presque un an, le groupe permet à Annie de prendre un peu le pouls de la province. «En ce moment, les gens sont fatigués. Lors de la première vague, ils étaient en état de choc, mais solidaires. Au printemps, ça a commencé à s’effriter, mais depuis septembre, on observe du découragement, de la dépression. Les gens sont écoeurés». Parmi les membres du groupe, elle déplore huit suicides, six en 2020, et deux depuis le début de l’année.

Des nuits blanches au bout du fil, elle en a vécu d’innombrables, à réconforter des familles ayant perdu un être cher, ou à contacter les services d’urgence pour les envoyer chez une personne en détresse.

Les idées noires, la tristesse inhabituelle provenant d’un membre, Annie les décèle avec son équipe de modérateurs, âgés de 17 à 60 ans et provenant des quatre coins du Québec. Ensemble, ils dirigent les membres en difficultés vers les lignes d’aide, et font des suivis pour s’assurer qu’ils ont été pris en charge. Ils constatent d’ailleurs le manque de ressources en santé mentale.

Annie se souvient de la disparition et des décès des petites Norah et Romy l’été dernier. Plusieurs membres de leur famille étaient dans le groupe, dont leur maman.

«Ça m’a beaucoup marquée, confie-t-elle. J’ai passé quatre jours sans dormir.» Avec son équipe de modérateurs, ils exercent une veille à toutes les heures, jour et nuit, dans l’espoir d’un signe du père dans le groupe. Mais rien.

««Je suis juste Annie, je ne pensais pas que je pouvais faire ça, mais ça a vraiment aidé une famille et pour moi ça n’a pas de prix.»»

- Annie Côté

Avec beaucoup d’émotion dans la voix, Annie partage aussi cette nuit passée au téléphone avec une dame en phase terminale. «La dame était en fin de vie, elle était très faible. Elle ne voulait pas mourir seule, alors je suis restée au téléphone avec elle jusqu’à ce que sa fille arrive.».

«Toutes mes expériences de vie, bonnes ou mauvaises, ont fait en sorte que j’étais capable de gérer ça», explique Annie, pour qui ce groupe est devenu «une mission de vie».

Elle se souvient aussi de l’appel à l’aide d’un homme dans le groupe: son oncle était mourant, aux soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec. Il n’avait pas reçu de visite depuis 47 jours. Annie veut aider cette famille. Elle écrit au bureau du premier ministre et, contre toute attente, reçoit une réponse. «Ils ont fait sortir le monsieur de l’hôpital, il a pu aller mourir chez lui avec sa famille», raconte-t-elle, émue.

«Je suis juste Annie, je ne pensais pas que je pouvais faire ça, mais ça a vraiment aidé une famille et pour moi ça n’a pas de prix. J’espère un jour pouvoir aller mettre une fleur sur sa pierre tombale à Québec.»

«Une mission de vie»

Du bout de son cellulaire, celle qui a «mal aux pouces» car son ordinateur est trop vieux pour supporter tout le travail de modération, ne tire aucun revenu de la gestion du groupe. Annie touche une pension de 10 000$ par année reliée à sa blessure professionnelle, et est en recherche d’emploi.

««Les gens, ils prennent sur internet, ils prennent sur Facebook, mais ils ne donnent pas tant. C’est correct. Je suis heureuse de ce que je fais, je ne calcule pas ce que je donne pour avoir du retour».»

- Annie Côté

Son équipe de modérateurs a lancé une campagne de sociofinancement afin de récolter des fonds pour qu’elle puisse adopter un chien d’assistance. Ils n’ont récolté que 400$, mais Annie n’est pas amère. «Les gens, ils prennent sur internet, ils prennent sur Facebook, mais ils ne donnent pas tant. C’est correct. Je suis heureuse de ce que je fais, je ne calcule pas ce que je donne pour avoir du retour».

Elle y trouve cependant du soutien, notamment depuis que la COVID a frappé à sa porte début janvier, touchant gravement son mari, lui aussi paramédic.

Au sein de son équipe, elle a aussi trouvé une nouvelle famille. «Pour moi, avant, c’était futile le virtuel, mais les gens avec lesquels je travaille sont les plus vrais que je n’ai jamais connus». Elle a trouvé aussi un exutoire au mal qui la ronge depuis la fin de l’exercice de son emploi. Quant à sa famille, «ils ont vu que je revivais»; même si sa fille de 12 ans n’a pas toujours trouvé évident de partager sa mère avec une bonne partie du Québec. Elle en retire aujourd’hui de la fierté!

Vous et votre famille avez aussi vécu une aventure incroyable, inspirante ou difficile avec la COVID-19? La pandémie a changé votre vie pour le mieux? Contactez-nous à nouvelles@huffpost.com pour en témoigner.

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