BIEN-ÊTRE
16/07/2019 16:15 EDT

Crier et secouer les enfants atteindraient leur cerveau

Il vaudrait mieux laisser tomber la fessée.

Cavan Images via Getty Images

Crier après un enfant, lui donner une fessée, le gifler ou le secouer sur une base régulière pourrait altérer ses circuits cérébraux de la peur, prévient une étude menée par des chercheurs de l’Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine.

À l’adolescence, les enfants qui ont subi de telles «pratiques parentales coercitives» pourront peiner à différencier ce qui est épeurant de ce qui ne l’est pas et avoir de la difficulté à identifier leurs émotions, a expliqué la première auteure de l’étude, la chercheuse postdoctorale Valérie Alejandra La Buissonnière-Ariza.

Ce type de pratiques parentales provoque des changements dans le fonctionnement de leur cerveau, notamment en ce qui concerne la peur et l’anxiété, a-t-elle ajouté dans un communiqué.

On note aussi un impact sur le comportement des enfants jusqu’à leur adolescence.

«L’étude ne portait pas sur des comportements qui vont avoir lieu une fois de temps en temps, a dit Mme La Buissonnière-Ariza. Ça arrive à tout le monde d’élever la voix. On parle vraiment des gens qui vont utiliser ça comme façon de punir leur enfant de façon régulière.»

Des examens IRM fonctionnels du cerveau des jeunes pendant une tâche de conditionnement de la peur ont montré des différences marquées dans la façon dont celui-ci traitait la peur.

Les 84 sujets pour qui les chercheurs ont obtenu des données valides au niveau de l’imagerie participaient à deux études longitudinales québécoises accessibles par l’intermédiaire du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant et l’Institut de la statistique du Québec. La moitié d’entre eux étaient victimes de pratiques parentales coercitives.

«Indépendamment de l’anxiété, les jeunes qui subissaient des pratiques parentales coercitives élevées avaient une moins bonne différenciation des signaux de peur vs sécurité au niveau de l’amygdale, une structure qui est responsable du traitement de la peur, a expliqué Mme La Buissonnière-Ariza. On voit qu’ils ont de la difficulté à différencier ce qui est menaçant de ce qui n’est pas menaçant.»

En d’autres mots, a-t-elle ajouté, les jeunes sans coercition étaient à même de bien différencier le stimulus effrayant du stimulus rassurant, tandis que les jeunes qui avaient été victimes de pratiques parentales coercitives traitaient les deux stimuli de la même façon.

Les chercheurs ont aussi trouvé des différences au niveau de la communication entre l’amygdale et l’insula, une région du cerveau qui est entre autres impliquée dans le traitement des sensations viscérales, comme l’anxiété.

«Une réduction de la communication entre ces régions a été observée par exemple chez les gens qui souffrent de troubles dépressifs ou de troubles anxieux, a dit la chercheuse. Il y aurait une moins bonne conscience émotionnelle chez ces enfants-là, ils seraient moins conscients de ce qu’ils éprouvent. Ils vont ressentir quelque chose, mais ils ne savent pas c’est quoi, ils ne peuvent pas le mettre en mots.»

Aucun jeune n’a été suivi au-delà de l’âge de 16 ans. Mme La Buissonnière-Ariza admet qu’il serait pertinent de pousser les recherches encore plus loin.

«Les pathologies psychiatriques se développent souvent au début de l’âge adulte, au début de la vingtaine, a-t-elle dit. Ce serait très intéressant de les retester dans cinq ans.»

En attendant, elle lance un appel à la prudence aux parents.

«Cette recherche démontre que les pratiques parentales coercitives ne sont peut-être pas aussi inoffensives ou bénignes qu’on le pense, a-t-elle prévenu. On ne peut pas établir de lien de causalité ou savoir ce qui va se passer plus tard, mais on voit clairement que c’est associé à des modifications dans le cerveau.

«Ce ne sont pas des pratiques qu’il faut prendre à la légère. On va souvent minimiser ce genre de pratiques là, et encore une fois on ne parle pas de gens qui vont perdre patience de temps en temps parce que leur enfant est insupportable. Si c’est votre façon de faire avec votre enfant, même si ce n’est pas facile, il faudrait aller s’informer sur les autres techniques disciplinaires qui pourraient mieux fonctionner.»

Cette étude a été supervisée par le professeur Franco Lepore, de l’Université de Montréal, et la docteure Françoise Maheu du CHU Sainte-Justine, qui a reçu une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada pour ce projet. Les conclusions sont publiées par le journal médical Biological Psychology.

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